Archive for the Category »Poésie «

À cheval sur la lune

Près d’une quarantaine de poèmes nous sont offerts dans cet ouvrage. Les textes sont composés d’une dizaine de vers composés d’une demi-douzaine de mots. Les sujets proposés concernent les éléments naturels comme le vent, les nuages ou le soleil, les animaux et ponctuellement la fée et la sorcière.

Le ton est frais et léger et certains poèmes peuvent être adaptés. Ainsi pour "À sa façon" on peut partir sur une onomatopée d’un autre cri animal et au lieu de faire lire le narrateur, on pourrait demander aux enfants de trouver un autre verbe produisant des formes courtes aux personnes du singulier  présent comme  "rire", "sortir " ou "aller" … Avec "Dans sa cage" on peut reconstruire sur le modèle d’un mot prolongé par une ou deux autres syllabes car Guy Chaty a utilisé conjointement "cage" et "marécage" ou sur l’exemple d’un changement d’un simple son car notre auteur a proposé "marrer" et "mirer".

Les jeux de mots s’allient aux images cocasses, tendres ou oniriques. Le graphisme, réalisé au stylo à bille et au pinceau pour obtenir un lavis, renforce le sens contenu dans le texte mais en y apportant pratiquement toujours une note humoristique et en tout cas toujours sensible.  

 

À cheval sur la lune de Guy Chaty et Raphaël Lerays.
Soc &  foc, 2012. 40 pages. 12 euros. À partir de 8 ans.
 

20 Poèmes au nez pointu

Cet ouvrage doit sa qualité en très grande partie à ses illustrations dynamiques et humoristiques, dans un style personnel basé sur le papier découpé qui fait des clins d’œil à certains illustrateurs des années 1930 des albums du Père Castor en particulier par le choix d’habits et d’accessoires (comme le bonnet d’âne).

Vingt poèmes très courts à l'humour léger et joyeux, pour parler avec fantaisie de l'homme (à travers divers individus dont le nom même peut susciter l’imaginaire) et des oiseaux, accompagnés d'illustrations aux couleurs vives. Les textes font  parfois réfléchir au sens et à l’origine d’expressions toutes faites comme "ça ne fait pas de mal", "un homme exemplaire", "être attaché" (ici à son parapluie)  ou "mettre une barrière entre soi et les autres". Dans "La presseuse", il imagine : " Une dame disait, Lun, Mar, Mercre, Jeu, Vendre, Mais elle disait samedi dimanche, Pour se reposer plus longtemps !". Les jeux sur les sonorités sont fréquents comme pour : "Ne vois point tu, Que le mien est pointu".

Prétextes à un enrichissement de la réflexion sur la langue, ces textes peuvent aussi servir d’appui à une création personnelle de l’enfant (texte et dessin) ou de l’élève de SEGPA. Ainsi Le Bonhomme à deux traits à qui c’était égal (=) de n’avoir que deux traits de caractère pourrait devenir La femme aux jolis traits qui est très admirée et qui se sent supérieure (>) à dix voisines (en énumérant les qualités qu’elle pense avoir et qu’elle leur dénie). Par ailleurs La femme aux navets qui en donne plus qu’elle n’en avait serait  L’idée juteuse de la femme qui pour faire sa soupe de légumes n’avait et on énumérerait les légumes absents à remplacer par des fruits pour faire une salade de fruits.

20 Poèmes au nez pointu de  David Dumortier et Anne-Lise Boutin. Sarbacane, 2012.
40 pages. 14, 90 euros. À partir de 8 ans.

Les Onomatopées

Cet ouvrage propose aux jeunes comme aux adultes de courts poèmes d’une demi-douzaine à une petite vingtaine de vers où autour d’une onomatopée, voire de plusieurs onomatopées ayant un point commun en terme sens ou structure. Ainsi nombre de mots composé par un doublement de syllabes (comme "papa" ou   "toutou") sont associés dans plusieurs poèmes. On peut voir également dans le même texte les mots "piailler" "piauler" et "gazouiller".

Si le jeu des sonorités n’est jamais absent, une touche humoristique manque rarement à l’appel. Dans les pages terminales est donnée une liste d’onomatopées qui n’ont pas trouvé leur place dans des poèmes ; en s’étant imprégné de l’esprit des créations de Jean-Michel Adde, il sera possible aux jeunes d’inventer leurs propres textes.

L’éditeur Voix littéraires offre là un outil aux enseignants qui souhaitent en savoir plus sur les onomatopées avec des points plutôt à leur adresse au début (comme l’orthographe des onomatopées) ou en fin (par exemple la définition des onomatopées utilisées). On peut regretter que sur quelques mots, les explications ne soient pas assez détaillées : comment deviner que "coquelicot" provient de "cocorico" ou que "gnognotte" est issu de "gnangnan" si on ne vous l’indique pas. Un ouvrage qui aurait bien sa place dans des CDI de collèges et dans les BCD des écoles élémentaires.     

Les Onomatopées de Jean-Michel Adde. Voix littéraires, 2012.
150 pages. 14 euros. À partir de 9 ans

Petit Jacques deviendra Prévert

Un livre joliment illustré de photos du « grand » Jacques Prévert, poète que tout le monde connaît.

Le récit : comment le petit Jacques est devenu le grand Prévert. Au début, sur les photos quand il est petit, il n'a pas de cigarette dans la bouche ; puis quand il est grand après il a toujours sur toutes les photos un mégot entre les lèvres. Entre les deux il a écrit plein de petits et de grands poèmes. Des chansons devenues célèbres aussi ; des films devenus célèbres également ; et puis il est mort le poète…

Une petite biographie qui permet de mieux comprendre le parcours de ce formidable personnage.

 

Petit Jacques deviendra Prévert de Carole Aurouet et Bruno Heitz.
Rue du monde, 2011. 44 pages. 9,70 euros. A partir de 8-9 ans.

 
 
 
 

Enfantaisie : poèmes à lire et à entendre

Enfantaisie propose des poèmes à entendre et à lire sélectionnés par deux anciens professeurs, connus l’un pour sa grande connaissance de la poésie et l’autre expert en littérature de jeunesse. Il s’agit de présenter une trentaine de poèmes allant de quatre à une bonne vingtaine de vers. Mis-à-part quelques poètes ayant écrit au XIXe siècle comme Lamartine, Rimbaud ou Théophile Gautier, les autres écrivains ont donné leur production au XXe siècle voire au début du troisième millénaire comme Gellu Naum ou Sabine Péglion. Quelques textes sont en prose comme Le martin-pêcheur de Jules Renard.

Les voix de quatre comédiens différents, en évitant la monotonie, permettent de soutenir l’intérêt de l’auditeur pour une écoute globale qui se situe dans la demi-heure. Un jeu de Marabout, bout de ficelle qui en fait se nomme une “kyrielle“ lie tous les textes entre eux. Ainsi le poème de Luc Bérimon qui se termine par le mot “vert“ enchaîne sur le poème Le Lézard de Desnos et  le chien de Gisèle Prassinos dans Qui va là ? précède Autre chien  de Guillevic, ensuite la queue de cet animal est associée à la queue d’une casserole  dans Chahut de Pierre della Faille.

Un calligramme original de Christine Ferry-Pyler sur une page entière sert de récréation entre chaque poème. Un joli moment en perspective pour l’enfant qui aura le plaisir de découvrir le lien ; en classe on a la perspective de voir chaque élève découvrir au moins un lien, vu le nombre de poèmes présents.

Un charmant florilège où nombre de textes ont une légère note comique. Il est bon de préciser que les textes sont tous présents dans un livret solidaire de la couverture de l’ensemble et que chacun d’entre eux a droit à une page entière, le poème est complété en face par un calligramme original. Nombre de modèles de poèmes pourront être repris sur un autre champ lexical, ainsi par exemple des insectes “verbalisés“ de Joëlle Brière dans Insectomania « Je te blatte, (…) je te grillonne,  (…)  je te scorpionne  » on pourra passer aisément aux mammifères avec par exemple «  je te vache, je te cochonne, je te singe … ».

 

Enfantaisie : poèmes à lire et à entendre de Bruno Doucey, Christian Poslaniec et Christine Ferry-Pyler.
Sous la lime, 2012. 75 pages. 22 €.  À l’écoute dès six ans.

Abécédaire en 26 chansonnettes

Lucienne Vernay (qui dans les années 50 avait enregistré une série de disques pour enfants) met en musique et interprète avec le groupe suisse des Quatre barbus en 1972 vingt-six comptines écrites par Boris Vian en 1959, une pour chaque lettre de l’alphabet. Le groupe Debout sur le zinc donne maintenant une nouvelle interprétation de cet abécédaire. Les lignes mélodiques sont simples et faciles à chanter pour les jeunes. Ces comptines malicieuses commencent par un vers avec un prénom débutant par la lettre proposée. Elles sont parfois bâties par référence à des formulettes du folklore enfantin. Ceux qui connaissent As-tu connu Pipo ? se réjouiront par exemple devant le texte K comme Kléber qui commence ainsi : "As-tu connu Kléber, Kléber, Avec son képi sur la tête ?"

Parallèlement à l’enregistrement, Tomi Ungerer, outre-Atlantique, publie un abécédaire en anglais (adapté ultérieurement en allemand). Pour illustrer les textes de Boris Vian, Tomi Ungerer réutilise pour une partie ses dessins et pour l’autre des images tirées de contes d’Andersen. L’ambiance graphique générale renvoie à l’album Les Trois Brigands. Des personnages ou objets sont représentés jouant avec les lettres ainsi le singe utilise le T pour des acrobaties, un canon tire un boulet qui devient le point du J, Guillaume Tell une pomme qui sert de point pour le I, l’autruche se plante la tête dans une branche du W …

Une partie documentaire en fin d’ouvrage s’adresse au lecteur adulte. Elle propose une documentation sur Boris Vian, sur Tomi Ungerer, sur Lucienne Vernay et sur les musiciens de Debout sur le zinc. Un ouvrage qui deviendra pour certains adultes un objet de collection, pour la classe prétexte à imitation en changeant le prénom et l’univers textuel lié à la lettre, et qui séduira les jeunes par la fantaisie de sa musique, de ses textes et de ses illustrations.

Abécédaire en 26 chansonnettes (livre-CD) de Boris Vian et Tomi Ungerer.

Formulette Production, 2011. 40 pages. 19,90 euros. De 7 à 12 ans.   

Le bord du monde

Il s'agit ici de la première traduction en français de l'ouvrage Where the sidewalk ends paru en 1974 aux USA. L'auteur, né en 1930, est connu outre-Atlantique tant par sa production de poèmes et d'illustrations en littérature de jeunesse que pour ses créations de chanson interprétées par des personnages aussi différents que Mick Jagger et Jerry Lewis. Des dessins originaux  et drôles accompagnent la majorité des poèmes proposés, ceux-ci sont en partie placés sous le signe du nonsense anglais.  

La forme s’inspire en partie de la poésie anglaise populaire traditionnelle sur des thèmes contemporains qui renvoient à des désirs inavoués (comme vendre sa sœur), l’imaginaire enfantin (par exemple les pirates), la fusion avec la nature (ainsi pour une maison dans un arbre), les loisirs (entre autre collectionner à l’infini), des sentiments divers, des contes ( à savoir Le Joueur de flûte de Hamelin ou Paul Bunyan le bucheron géant) …  Nombre de ces textes peuvent servir aisément de point de départ pour des créations par les jeunes.

A noter que la traduction de Françoise Morvan, elle-même poète pour les jeunes, est remarquable. 


Le bord du monde de Shel Silverstein. Editions MeMO, 2012.
190 pages. 18,20 euros. A partir de 8 ans

La Charade des animaux

Le titre de ce livre était pour la langue portugaise A Charada  da Bicharada ce qui permettait un jeu de mots "bicharada" signifiant "vermine". On ne comprend le contenu réel de cet album qu’en l’ouvrant ; il ne s’agit nullement de charades mais de mise en énigme par un texte poétique secondé d’une illustration où l’animal recherché apparaît dissimulé dans le décor. Si pour La Charade des animaux  l’on peut regretter le choix du titre, on ne peut que se réjouir grandement du contenu. Alice Vieira est parmi les auteurs de littérature lusophone de jeunesse les plus connus. Dominique Nédellec, bien rompue à la traduction de la langue portugaise, a rendue magistralement la langue poétique d’origine.  

Cet ouvrage stimule tant la sensibilité aux mots que la connaissance des caractéristiques des animaux et la discrimination visuelle. Il existe une belle articulation expressive des composants picturaux et verbaux. Des couleurs vives maintiennent l’intérêt et Madalena Matoso apporte un grand soin dans la variété des jeux visuels, l’animal caché pouvant se trouver à travers des silhouettes aux contours très fantaisistes. A noter qu'en 2008 A Charada  da Bicharada a permis à Madalena Matoso de recevoir au Portugal le Prix National de l'Illustration pour le livre. 


La Charade des animaux d’Alice Vieira et Madalena Matoso (traduction Dominique Nédellec).
Éditions de la Joie de lire, 2012. 36 pages. 15 euros. À partir de 7 ans. 

Tout bêtement

Tout bêtement est intéressant car la démarche a consisté à demander d’abord des illustrations à Carll Cneut (un Belge qui depuis dix ans a illustré de nombreux livres pour la jeunesse) puis de proposer à Jacques Roman (poète et comédien drômois qui vit à Lausanne) de composer des textes poétiques en rapport. Carll Cneut a proposé des dessins aux couleurs chatoyantes d’animaux anthropoïsés par des vêtements et des traits pour la tête qui leur fait transpirer divers sentiments.

Jacques Roman a imaginé alors des poésies qui partent d’une idée en rapport avec le vécu ou l’imaginaire des enfants comme monter sur un meuble , les expressions qui utilisent le verbe “tirer“ , une morale de fable ou un proverbe modifié. Ces jolis textes inspireront les élèves pour des créations similaires.

 

Tout bêtement de Jacques Roman et Carll Cneut.  La Joie de Lire, 2012.
64 pages. 18, 90 euros. À partir de 8 ans.