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Nora – Léa Mazé

On est-où avant d’être né ? Et pourquoi Mme Jeanne n’a jamais eu d’amoureux ? Maman m’a dit que tout le monde avait un amoureux ou une amoureuse quelque part et qu’un jour on le trouve. Si Mme Jeanne a toujours été seule, est-ce que c’est parce que son amoureux a oublié de naître ?

Été 1975. Nora est confiée à son oncle agriculteur pendant que ses parents préparent leur déménagement.  La petite fille, un peu sauvage, s’occupe comme elle peut et trouve refuge dans le tronc d’un arbre gigantesque. En escaladant les branches elle aperçoit la voisine, seule dans sa cour. Son oncle lui apprend que Mme Jeanne, 82 ans, est la vieille fille du coin. Pour Nora, il est temps de trouver à cette pauvre femme l’amoureux qui lui est forcément destiné…

La vie, l’amour, la mort, la sexualité, la solitude, tous ces thèmes sont abordés dans cet album. J’ai aimé que « Nora » soit un roman graphique intimiste qui sorte les jeunes lecteurs de leur zone de confort habituelle. J’ai aimé le fait que Léa Mazé installe son récit dans une certaine lenteur, qu’elle prenne le temps de dérouler des séquences muettes invitant à la méditation. J’ai aimé les réactions de l’oncle désarçonné par des questions existentielles auxquelles il n’est pas simple de répondre. J’ai aimé le point de vue à hauteur d’enfant, la naïveté et la logique du raisonnement de la fillette. J’ai aimé le dessin parfois proche du crayonné et la douceur du monochrome sépia. J’ai aimé refermer l’album en me disant que rien n’était gravé dans le marbre, qu’il y avait sans doute autant d’interprétations possibles que de lecteurs, que chacun pourrait y trouver son compte en fonction de son propre imaginaire.

En fait, je crois que j’ai tout aimé dans « Nora ».

Nora de Léa Mazé. Éditions de la Gouttière, 2015. 72 pages. 16 euros.

On nous a coupé les ailes

En 1914, alors que René est à peine adulte, la guerre éclate. Dans les tranchées, il se remémore son enfance, quand il rêvait de devenir aviateur, et, parallèlement, écrit des lettres à sa mère dans lesquelles il raconte son quotidien de poilu. Il parle également des combats aériens, de sa passion pour l'aviation, qui l'aide à tenir le coup…

Un album touchant et très abouti qui rend hommage au courage et à la détermination de tous ces hommes à qui la guerre a coupé les ailes.

On nous a coupé les ailes, Fred, Bernard et Bravo, Emile, Albin Michel, 2014 (56 pages), ISBN 978-2226252654, Prix : 11.50 €, à partir de 7/8 ans.

Cette histoire qui a fait l’Alsace T9 : Allons enfants (1792-1815)

Voici l’album de la série le plus en phase avec l’histoire nationale par son contenu qui voit évoquer la réunion des dernières enclaves de l’Empire romain germanique (dont Mulhouse), les généraux alsaciens de la Révolution et de l’Empire (avec des vignettes où l’action se situe en Vendée et Égypte),Madame Sans-Gêne autant alsacienne que son général de mari, les problèmes religieux, les invasions de 1793, 1813-1814 et 1815, l’enlèvement du duc d’Enghien, les conséquences du blocus continental, l’installation du télégraphe…

Le rôle de Schulmeister dit “l’espion de l’Empereur“ (longtemps installé à Strasbourg) dans le succès des armées de Napoléon à Ulm est développé en trois images. Le dessin très fouillé se réfère à un patrimoine que le lecteur est invité à aller découvrir en fin de volume ainsi qu’aux portraits des personnages historiques et le texte reprend des phrases attestées. Francis Keller est décédé alors qu’il venait de terminer la vingtième planche de cet album, aussi trois pages finales rendent hommage à ce dessinateur à qui on doit une série Les Aventures de Martin Keller qui dépeignait magnifiquement l’Alsace du XVIe siècle. 

Cette histoire qui a fait l'Alsace T9 : Allons enfants (1792-1815) de Marie-Thérèse Fischer, Francis Keller et Christophe Carmona. Éditions du Signe, 2012. 48 pages. 12,80 euros. À partir de 10 ans.

 

 

Les énigmes de Léo, Les énigmes de Léa

Voilà deux albums de BD avec le même auteur mais un dessinateur différent. L'un est nettement plus pour les garçons et l'autre bien plus pour les filles. Ils fonctionnent sur le même principe: il s'agit de proposer  sur une planche, de retrouver les indices qui mettent en défaut un interlocuteur de Léa ou Léo.
Les malfaiteurs ou simples petits menteurs sont confondus grâce à un détail que le lecteur doit trouver visuellement. Toutefois pour cela, ce dernier doit saisir correctement la situation et donc mettre du sens à ce qu'il lit. Il est question parfois d'anachronisme temporel ou de méconnaissance des qualités d'un objet (une guitare prise pour une basse par exemple).

Les énigmes de Léo d'Erroc et Larbier. Bamboo, 2013. 48 pages. 9, 95 euros.
À partir de 9 ans.
Les énigmes de Léa de Larbier et Nouveau. Bamboo, 2014. 48 pages. 9, 95 euros.
À partir de 9 ans.

Paris-Paradis, deuxième partie

Cet album est le second d’une série qui est destinée à couvrir trois moments de la vie d’un immigré d’Afrique noire : sa vie dans son village (avec sa rencontre d’un cousin vivant à Paris), son voyage comme clandestin et son séjour à Paris. Sans dramatisation excessive, l’ouvrage approche bien tous les dangers qui guettent celui qui veut parvenir illégalement en Europe avec peu de moyens financiers.

« Un jour, il croise Satif. Salif,  au regard franc. (…) Mais la nuit qui suit, Salif disparaît avec le sac de Moussa et tout ce qu’il contient. »

Une aide précieuse lui est fournie par une jeune femme qui réside à Toulouse (ce qui nous offre une double-page avec le pont-neuf et ses abords). Arrivé dans un Paris où la neige vient de tomber, le héros croit naïvement pouvoir retrouver facilement  avec une adresse. Cela sera-t-il possible ?

Deux pages documentaires amènent à mettre en avant que pour nombre de candidats à une vie en Europe, le trajet se termine par un échec et même la mort. Le texte qui accompagne les illustrations est d’une moyenne de 50 mots par double-page. Du fait de l’originalité des illustrations (utilisation de la linogravure et couleurs très tropicales dans la première partie), du contenu du récit (dont le côté pseudo-réaliste est évident) et des compléments intitulés "Pour aller plus loin", cet album peut séduire des élèves des deux premières classes de collège.    

Paris-Paradis, deuxième partie de Didier Jean, Zad, Bénédicte Nemo.
2 Vives voix, 2013. 34 pages. 15,50 euros. À partir de 8 ans.

 

 

 

La tête tombée

Un livre accordéon dont les illustrations sont réalisées par des procédés de gravure sur bois et lino gravure et amènent le regard à se concentrer sur l'assemblage changeant finement étrange de formes récurrentes. Le narrateur imagine avoir perdu sa tête et nous suivons celle-ci dans ses aventures. 


Grâce au jeu de mots contenu dans "J'ai poursuivi ma tête à corps perdu", on pourra lancer les jeunes à la recherche d'expressions ou proverbes contenant le mot "tête". En les faisant représenter et exécuter à l'encre de Chine (ou à défaut au feutre noir) on obtiendra un rendu proche de l'aspect des illustrations de ce livre.  


La tête tombée de Megumi Nemo. Soc et Foc, 2013.
18 pages. 6 euros. A partir 7-8 ans.

 

Musette Souricette

L’album propose de suivre une petite souris à la recherche d’un nouveau logis après avoir décidé de quitter son grenier trop bruyant. Ce sera l’occasion pour elle de découvrir l’endroit où dorment une demi-douzaine d’animaux et une qualité ou un défaut qui caractérise chacun d’eux. Le modèle de découverte de l’animal est toujours le même sur la page de texte : situation du lieu où l’héroïne vient d’arriver, un paragraphe commençant par "Chut"  où on donne des caractères physiques de l’animal et sa forme en calligramme puis un autre paragraphe débutant par " Qui a-t-elle vu ? "  où un dialogue entre la souricette et le nouveau personnage se noue et enfin une comptine qui revient à l’identique. Sur l’ensemble des pages d’illustrations est représentée l’héroïne et les univers successifs où elle passe (intérieurs de maison puis lieux de vie d’un animal). 

L’originalité est que Quitterie Laborde a imaginé une suite de compositions s’inspirant des caractéristiques d’œuvres d’artistes connus nés au XIXe ou au XXe siècle (plus Giuseppe Arcimboldo qui a vécu au XVIe siècle). Au commencement de l’ouvrage la liste de la douzaine de noms d’artistes est fournie dans leur ordre d’apparition.  Aucun de leur tableau n’est pastiché en particulier, c’est les qualités de leur style qui sont reprises globalement. Si le récit répond aux intérêts des élèves de maternelle et de cycle II, par contre un travail d’arts plastiques très intéressant peut se faire en cycle III à partir de cet album. 

Le livret pédagogique indépendant consacre une quinzaine de pages à l’exploitation possible avec des cycles I, une quarantaine pour le cycle II et une vingtaine pour le cycle IIl. Il n’aborde pas l’idée de choisir une autre héroïne et des nouveaux animaux rencontrés ; sur le modèle textuel et pictural fourni on peut inciter les élèves à composer leur propre texte et leur propre illustration.      


Musette Souricette de Stéphane Millerou et Quitterou Laborde.Les P’tits Bérets, 2012.
28 pages. 18€. De 3 à 7 ans pour le récit et de 8 à 12 ans pour la dimension artistique.

Musette Souricette : livret pédagogique de Stéphane Millerou et Quitterou Laborde.
Les P’tits Bérets, 2012. 86 pages. 18€.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Pirate contre pirate : le récit rocambolesque d’un terrible et tempétueux match maritime

Cet album, présente la confrontation entre Mo la Mauvaise très redoutable chef pirate de l'Océan Pacifique et Bart le capitaine des forbans le plus renommé de l'Océan Atlantique. L'ouvrage ne précise pas où ils se rencontrent mais on peut le faire chercher sur une mappemonde. Ces derniers seront très heureux de découvrir qu'il s'agit des côtes de la Terre de feu. Cela va aussi leur permettre de renouveler leur stock d'injure en le faisant passer à un niveau de langage un peu plus élevé : putois des mars, rat de fond de cale, sale chien galeux ….

À l'issue de toutes ces épreuves, on voit se dessiner une admiration mutuelle et le récit se termine par un mariage. Le graphisme renvoie à des physiques proches de la caricature. Avec l'ouvrage de Max Estes "Le pêcheur et les revenants" à la Joie de lire, on dispose de deux ouvrages de fiction pour les 7-11 ans qui permettent de réfléchir sur l'univers des pirates d'origine européenne lié à la colonisation des Amériques et à la découverte d'îles dans le Pacifique. Avec l’adaptation orale du texte (tout en gardant le sens), la présentation des illustrations de "Pirate contre pirate" convient à tous les élèves de cycle II.

 

Pirate contre pirate de Mary Quattelbaum. Circonflexe, 2013.
40 pages. 13 euros. À partir de 8 ans.

 

 

Émilie : une fille qui décoiffe

Voici l’histoire d’une jeune femme rousse un peu grassouillette. Avec sa très large chevelure, Émilie met très longtemps à laver ses cheveux et si elle ne le fait pas il est à craindre que la chute de ses pellicules ressemble à une chute de neige. En Europe le marché de l’emploi lui est fermé aussi elle s’embarque pour l’Afrique ; si elle peut se réjouir de faire fuir les lions ébahis par un personnage qui leur en impose par sa crinière et d’être vénérée comme déesse par les  habitants d’un village perdu, elle comprend bien que cela a toujours rapport avec sa singularité. De retour en Europe, elle croise à la descente de son avion un créateur de mode, Mortimer, qui en fait la femme de sa vie et qui crée pour elle des vêtements qu’elle porte en tant que mannequin. 

Les couleurs choisies pour l’illustration sont le rouge, le noir et l’ocre et par le dessin l’auteur explicite de façon très humoristique le texte. Bien que peu dense au niveau du texte qui ne couvre qu’une page sur deux, cet album peut être exploité avec des élèves de cycle III dans le cadre d’une recherche de titres qui évoque la difficulté rencontrée lorsque l’on est différent ou les histoires qui proposent un héros aux cheveux roux.  Dans une autre optique cet ouvrage a une place de choix dans une sélection de titres où l’on verrait que l’illustration remplit un rôle différent selon les titres. 

 

Émilie : une fille qui décoiffe de L., Fred. Talents hauts,  2011.
40 pages. 13 euros. De 5 à 11 ans.

 

 

 

Pitt Ocha et la tisane de couleurs

"Pitt Ocha et la tisane de couleurs" ce sont d’abord une trentaine de chansons puis un conte musical . De nombreux genres musicaux venus des quatre coins de la terre sont présents dans la première partie : morceau traditionnel occitan, berceuse kabyle, folklore tsigane, maloya contemporain réunionnais, mélodie cambodgienne … Ces airs portent des textes sur des sujets divers bien en phase avec l’imaginaire enfantin : le carnaval, la famille, le vagabond, le voyage, les hommes préhistoriques… On notera la présence des "Sabots d’Hélène" entrés dans le patrimoine musical français grâce à Georges Brassens. 

"Pitt Ocha et la tisane de couleurs" est un joli conte à dimension écologique qui prend appui sur la dimension colorée d’un univers sain et l’aspect grisâtre d’un environnement pollué. Le tout constitue une belle réussite artistique et sera reçu de façon enthousiaste par les jeunes. 

Pitt Ocha et la tisane de couleurs des Ogres de Barback. Livre-CD.
Irfan, 2013. 72 pages. 25 euros. De 7 à 12 ans.

 

 

 

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