Interview de Arthur Ténor

Arthur Ténor est écrivain pour la jeunesse depuis 1998. Il a publié des romans pour toutes les tranches d’âge et pratiquement dans tous les domaines. Il est cependant plus connu pour ses récits historiques, notamment sur les deux guerres mondiales, Versailles et Louis XIV ou encore le Moyen Age. Il réside en Bourbonnais, tout près de Vichy. Dans une présentation personnelle, il se décrit comme un «explorateur de l'imaginaire». Sa passion de l'écriture est pour lui « semblable à celle d'un aventurier sans cesse en quête de contrées inconnues, de rencontres inoubliables, de péripéties palpitantes ».

L'esprit qui anime ses récits est résolument positif « L'action et le suspense se mêlent toujours à l'étonnement et à la tendresse, à l'humour et à la fantaisie ». Son souhait est surtout d'exprimer son amour et son respect indéfectibles de la vie. (source CRDP de Poitiers)

 

«  Lorsque j'écris un livre, j'y mets naturellement et spontanément beaucoup de ce que j'aime, de mes expériences personnelles, de ma vie quotidienne, donc ce que je suis. »

Le site Lire pour le plaisir présente des ouvrages pour les enfants de 9 à 12 ans. Que lisiez-vous à cet âge-là ?

Je fais partie d'une génération où le choix était assez restreint. Nous lisions tous les Club des Cinq, Clan des Sept et autres séries des Bibliothèques Roses et Vertes. Il m'est arrivé, trop rarement sans doute, de faire quelques incursions dans des œuvres dites « classiques ». J'ai par exemple un souvenir ébloui des romans de Marcel Pagnol. Bizarrement d'ailleurs, car je n'aimais que l'action, les mystères, les bagarres et les courses-poursuites… mais sans doute aussi le bonheur et la poésie.

Vous publiez ces jours-ci le second volume de votre série A l’école des pages du Roy-soleil qui se déroule à Versailles sous le règne de Louis XIV. Est-ce que la rédaction d’un roman historique demande un gros travail de documentation ?

Disons, un travail certain. L'inquiétude permanente de l'auteur, lors de l'écriture d'un roman historique, est qu'à tout instant l'erreur le guette. J'ai le souvenir par exemple,  après avoir soigneusement rédigé et vérifié « Guerre secrète à Versailles » (Gallimard Jeunesse), de m'être tout à coup aperçu que je n'avais pas une vision vraiment précise d'un véhicule qui tient une place particulière dans l'histoire (d'ailleurs l'illustrateur l'a représenté en couverture). Il s'agit de la ramasse, un wagonnet qui fut utilisé (peu de temps) par des courtisans pour s'amuser à descendre à toute allure le chemin de la Ménagerie. Je m'étais imaginé qu'il s'agissait d'une petite voiture biplace, facile à manipuler. En cherchant un peu, j'ai découvert qu'en fait, elle mesurait quatre mètres, pesait une tonne cinq et roulait sur des rails. Catastrophe ! Heureusement, en poussant encore un peu plus loin la recherche, j'ai appris que le menuisier de Louis XIV, Jacques Mirel, avait réalisé un prototype biplace, facile à manipuler… Ouf ! Sauvé !

Donc oui, c'est souvent assez stressant, d'autant que je ne m'accorde pas le droit à l'erreur.


Vos romans sont tous très différents, de la fantasy au récit historique  en passant par les albums pour les plus petits. Existe-t-il un point commun qui traverse toutes vos œuvres ?  

L'auteur ! Lorsque j'écris un livre, j'y mets naturellement et spontanément beaucoup de ce que j'aime, de mes expériences personnelles, de ma vie quotidienne, donc ce que je suis. Finalement, lorsque je me lance dans une histoire d'amour ou policière ou un drame, une fois l'idée trouvée, les grandes lignes de l'intrigue imaginées, je ne fais que choisir le décor et l'époque les plus appropriés : un château médiéval, un collège de nos jours, un lointain pays du monde… Même sur la planète Zébulon, les histoires d'amour et de rivalité présentent les mêmes fondamentaux. Mon caractère me porte vers la diversité, c'est-à-dire la richesse. C'est pourquoi, je diversifie mes plaisirs d'explorations. Comme au restaurant, j'aime goûter à tout. Et quand c'est un buffet bien garni… je deviens fou !

Y-a-t-il une grosse différence de méthode entre le fait d’écrire seul un roman et celui de réaliser un album pour les plus petits avec une illustratrice ?
Précision : je n'ai jamais réalisé un album avec une illustratrice. J'écris mon texte, comme je le sens, puis le propose à l'éditeur qui le transmets à l'illustrateur (trice) qui lui/elle-même l'illustre sans que j'intervienne, sauf dans le meilleur des cas si l'on veut bien me présenter les crayonnés. Je dois préciser que l'album n'est pas ma spécialité.

Les différences de méthodes sont nombreuses et logiques. Pour l'album : simplification de l'écriture, style direct, pas de 3ème degré… C'est aussi pour moi plus difficile, car justement plus exigent sur le plan du style. Le temps passé pour écrire deux pages est souvent plus long que pour dix ou vingt de romans. Même trouver une idée qui soit adaptée aux tout petits est beaucoup plus délicat qu'on ne l'imagine.

Qu’attendez-vous des rencontres avec vos jeunes lecteurs lorsque vous vous déplacez dans les classes ?

L'une des principales évolutions du métier d'écrivain est de pouvoir sortir de sa “ bulle ” pour aller à la rencontre de ses lecteurs. Cela se fait grâce aux salons qui, en France, sont plus nombreux que partout ailleurs dans le monde, et aussi bien sûr lors des rencontres scolaires et autres (en bibliothèques par exemple). En ce qui me concerne, c'est indispensable. J'ai été instituteur, prof, formateur… Sans ces moments d'échanges privilégiés, j'éprouverais un sérieux manque. Ma première motivation, comme pour l'écriture, est le plaisir, celui du partage. C'est gratifiant aussi, puisque nos œuvres, nos « bébés » sont mis en valeur et qu'on en parle. C'est souvent encourageant dans les moments de doute, et la plupart du temps très agréable grâce à la gentillesse de ceux qui nous reçoivent. Et il arrive parfois qu'on en revienne avec une idée, mais aussi des interrogations puisqu'on recueille des avis extérieurs, souvent pertinents. Et soulignons également que sans les rencontres scolaires, nombre d'auteurs et d'illustrateurs ne pourraient pas envisager de vivre de leur métier. Subventionner les établissements qui nous accueillent, ce n'est pas seulement aider la culture et promouvoir la lecture, donc investir pour l'avenir, c'est aussi soutenir des professionnels qui ne le sont guère par ailleurs.

Allez-vous un jour écrire des romans pour les adultes ?

Il ne faut jamais dire jamais, mais ce n'est pas dans mes préoccupations. Je me sens comme un basketteur à qui l'on demanderait s'il pourrait envisager de jouer au hand-ball. Sa réponse serait certainement, « Pourquoi pas ? Mais je me débrouille mieux au basket. C'est là que je prends le plus de plaisir, où est ma place en somme ». Les tentatives que j'ai faites, avant d'être publié, ont été des échecs. Ensuite, devenu auteur pour la jeunesse, quand j'ai à nouveau tenté ma chance sur ce terrain, j'ai obtenu des accords, certes, mais pour entrer dans de nouvelles collections jeunesse. Par contre, un rêve que je nourris, serait d'écrire des scénarios de films.

Vous avez publié dix titres au cours de l’année 2010 et déjà six en 2011. Comment faites-vous pour tenir un tel rythme d’écriture ?

Quand on aime, on ne compte pas. Je n'ai pas l'impression de travailler comme un forçat. Je suis un peu comme un enfant ; quand il joue, il ne voit pas le temps passer. Il n'est jamais fatigué, et s'il n'était pas obligé de se livrer à d'autres activités (apprendre, dormir, manger…) il n'arrêterait sans doute jamais. Je dois dire que je m'efforce d'avoir une journée bien organisée. Chaque matin, je « pars au bureau ». Je m'astreins à des horaires (souples) de travail, qui incluent les soirées et les jours fériés. Cette discipline permet d'avancer, même s'il faut parfois se faire un peu violence au démarrage. Et puis surtout, surtout !, il faut renoncer à la télé, le pire chronophage que je connaisse.
 
Quelle sera votre actualité littéraire d’ici la fin de l’année ?
Je suis sur plusieurs projets (eh oui, j'aime bien varier les plaisirs). J'ai au feu un roman réaliste sur la vie de collégien, parfois un peu difficile quand ça se passe mal avec les autres, et un grand roman fantastique d'évasion en cours. De quoi occuper mes journées et mes soirées d'automnes, entre les rencontres et les salons, pour mon plus grand bonheur !

Quant aux sorties, on découvrira en octobre la première enquête des Justiciers de Gaïa, une nouvelle série (écolo), chez Oskar Jeunesse. Puis en janvier ce seront les nouvelles aventures d'un page à la cour du Roy-Soleil (le T2 vient tout juste de sortir).

 

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Category: Interviews
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