La maison des Quatre-Vents

Le texte proposé par Colette Vivier en 1991 a été revu et corrigé par André Duval, le fils de l’auteure. Si Colette Vivier n’était pas issue des milieux ouvriers parisiens, elle a fréquenté ceux-ci durant son enfance. Du fait que son mari est professeur dans un grand lycée parisien,  elle reste à Paris sous l’Occupation et  aux côtés de son mari intègre la Résistance. La rue des Quatre-Vents, lieu de l’action de "La maison des Quatre-Vents" se trouve dans le quartier de l’Odéon que Colette Vivier habitait à l’époque. Dans une interview Colette Vivier déclarait au sujet de ce livre : « le roman où je n’ai rien inventé, où je n’ai fait que me souvenir ».

C’est donc le récit de Noël 1943 à la Libération de Paris à l’été 1944, de la vie mouvementée des habitants d’un immeuble parisien à travers les yeux d’un héros âgé de douze ans et deux mois au début de l’ouvrage. Tant les choix idéologiques que les problèmes matériels sont portés à travers ces aventures dont le contenu reste plausible, tout en sortant à certains moments sérieusement de l’ordinaire. 

On peut regretter que depuis les années 1990, le texte ait été revu, lui enlevant bien de son aspect historique tant au point de vue d’un politiquement correct qui devient anachronisme ("boche" et "fritz" ont disparu), l’épuration du vocabulaire va également jusqu’à supprimer les rares gros mots bien en rapport avec la situation (comme "salaud" désignant celui qui dénonce une famille juive) que du matériel (on a proposé de remplacer "tilleul" par "viandox"). Le fils de l’auteur dit avoir relu et corrigé cette nouvelle version, ce serait-il permis de toucher un mot si cet ouvrage s’adressait à un lectorat d’adultes ? Certainement pas. Références à un univers religieux (alors omniprésent) et  mots de haine vis-à-vis des occupants et des collaborateurs ont été maintenus dans "Mammy" aux  éditions Saint Rombaut (avec une action largement en Belgique) et c'est ce qui fait qu'il sonne parfois plus vrai que la version aseptisée de "La maison des Quatre-Vents" de Colette Vivier.

Quand on voit par ailleurs l’avalanche de mots vulgaires qui portent à bout de bras certains ouvrages comme "Le Dictionnaire des synonymes" on se dit qu’André Duval connaît bien mal la production en littérature de jeunesse autour de l’an 2000 pour croire que sa tâche avait une utilité auprès des enfants lecteurs. Les illustrateurs se sont succédé et comme pour "La Maison des petits bonheurs", une comparaison de leur façon de traduire le texte s’avèrerait fort intéressante ; on y verrait entre autre que le nombre d’armes réellement représentées varient beaucoup. L’étude de ce qui caractérise le mieux un personnage s’avèrerait aussi intéressante, avec Serge Bloch c’est de façon frappante le nez et la famille de collaborateurs impliquée dans le marché noir a celui d’un cochon. 

 

La maison des Quatre-Vents de Colette Vivier. Casterman, 2012.
237 pages. 13 euros. À partir de 9-10 ans.  

 

 

 

Category: Histoire
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One Response
  1. Michel dit :

    Heureux de découvrir le contenu de ce titre surtout à proximité du 8 mai et accord de principe avec les regrets du massacre réalisé dans la nouvelle version.

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