La violence conjugale dans les fictions pour petits lecteurs…

Voici trois ouvrages sortis récemment qui abordent la question des femmes battues, un phénomène devenu Grande cause nationale depuis 2010.


C’est par le biais d’un récit centré autour des pensées de  la jeune Jeanne (qui est la narratrice) que l’on entre dans le récit. Sa mère subit des violences conjugales, on ne sait d’ailleurs si son compagnon est le père ou le beau-père de  Jeanne. La petite fille appréhende les sujets qui seront prétexte à dispute et la perspective d’artichauts au dîner lui fait craindre le pire, car ce légume n’est pas aimé par cet homme. La violence est ici suggérée mais elle n’est pas dessinée dans la phase ultime où il s’agit de lever la main sur l’autre. Il est montré également un moment de tendresse réciproque entre les deux conjoints. Jeanne cherche à s'évader en se projetant dans sa vie possible d’adulte. Les illustrations sont faites au pastel associé à la gouache, ce qui donne des couleurs resplendissantes et une transparence aux sentiments des protagonistes. Il  serait bon d’introduire l’expression "cœur d’artichaut" qui désigne en particulier quelqu’un qui verse des larmes très souvent, et de lier l’image des larmes à celle des feuilles du légume en question. 

 

Bien que comptant moins de pages, le second ouvrage, "Les souliers écarlates", possède un volume de texte équivalent au titre précédent. Avec un narrateur externe, le récit prend ici la forme d’un conte. Un seigneur au physique d’athlète a épousé une femme au corps frêle et il se met rapidement à la malmener. Il en fait  tellement sa chose qu’elle prend un jour l’aspect d’une marionnette. Toutefois, chaque nuit elle s’évade (avec des souliers écarlates) vers un monde féérique et un beau matin elle lui déclare que n’étant plus sa poupée, elle a décidé de le quitter. Le visage de souffrance puis l’aspect réjouissant du personnage principal sont très bien rendus. On pourra évoquer avec les jeunes le fait que le sang est souvent donné de couleur écarlate, et qu’en anglais on traduit ce mot par "scarlet" par référence aux habits d’un compagnon de Robin des bois ainsi nommé. Le contenu du conte "La Princesse au petit pois" d’Andersen est à aborder car le seigneur utilise, comme explication de la mauvaise santé de son épouse, l’existence d’un petit pois dans son lit. Par ailleurs "Les Souliers écarlates" s’inspire fortement d’un conte de Grimm "Les souliers usés". 

 

"Mercedes cabossée" est un court roman (moins de cinquante pages) au volume de texte très réduit. L’enfant est visiblement scolarisé en IME, bien que cela ne soit pas explicité. Elle est devenue muette à l’âge de six ans et cela a dû correspondre avec le fait que sa mère se trouve un nouveau compagnon très violent. Cette idée l’obsède : « Cela s’appelle le tapuscrit, parce qu’on l’a tapé. Taper. Elle ne pense qu’à ce verbe ». Des désirs de meurtre l’habite « (elle) pense qu’un jour, quand elle sera plus grande, elle le plantera avec le couteau à pain, ou alors elle l’assommera avec la grosse casserole des pâtes. Le problème, c’est la police. Ils la mettront en prison et alors sa mère mourra de tristesse ». Finalement elle trouve le courage et une solution pour faire connaître ces violences conjugales à toute la ville, ceci afin qu’elles cessent. Comme souvent, l’auteur nantais Hubert Ben Kemoun choisit de dépeindre par la fiction une réalité plus ou moins douloureuse vécue par nombre d’enfants. Un passage montre bien la façon dont la mère excuse toujours celui qui la bat : «  Arrête, ce n'est rien, juste une dispute ! Et puis, ce ne sont pas tes affaires, Mercedes ! » ou « Je t'ai dit, c'est ma faute aussi! Il a tant de travail au bureau. Il a de gros dossiers à préparer, il est un peu sur les nerfs en ce moment, tu comprends? ». 

 

Les Artichauts de Momo Géraud, Didier Jean et Zad. 2Vives voix, 2012.
32 pages. 15,50 euros. De 7 à 12 ans.
Les Souliers écarlates de Gaël Aymon et Nancy Ribard. Talents hauts, 2012.
18 pages. 13,80 euros. De 7 à 11 ans.
Mercedes cabossée de  Hubert Ben Kemoun. Thierry Magnier, 2011.
48 pages. 5,10 euros. De 9 à 12 ans.

 

En matière de violences conjugales, rappellons qu’il existe aussi un ouvrage pour des collégiens petits lecteurs "La première fois on pardonne" d’Ahmed Kalouaz et deux romans pour des adolescents bon lecteurs à savoir  "Zarbie les yeux verts" de Joyce Carol Oates et "Touche pas à ma mère" d’Hervé Mestron.  

 

 

Category: Vivre aujourd\'hui
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