Interview de Marie-Claude Bérot

Marie-Claude Bérot est née à Toulouse en 1939. Elle vit dans les Pyrénées, une région dans laquelle se déroulent plusieurs de ses romans. Mère de trois enfants et grand-mère de cinq petits enfants, cette ancienne infirmière puéricultrice a publié son premier livre à 54 ans après avoir envoyé un manuscrit par la Poste aux éditions Milan. Depuis, de nombreux autres ont suivi, avec comme inspiration principale la volonté de confronter ses jeunes héros à la « vraie vie ».

 
« Je ne suis attirée ni par la science-fiction ni par le polar. Les histoires de sorciers me laissent de marbre. Quant aux monstres je n’y comprends rien. Au fond je n’aime que les romans de la vraie vie. »
 
Notre site  présente des ouvrages pour les enfants de 9 à 12 ans. Que lisiez-vous à cet âge-là ?

Lorsque j’avais cet âge-là (il y a 60 ans !) la littérature jeunesse était bien mince. J’ai donc commencé à lire pour le plaisir avec la Comtesse de Ségur. Cet auteur-là a fait longtemps mon bonheur. J’ai lu et relu toute l’œuvre sans me lasser. A l’école on s’intéressait d’abord aux poètes, ce qui n’est pas rien. Moi, j’adorais tout ou presque.

Et puis les classiques : Racine, Corneille. (Ouf ! allez-vous penser, pourtant je vous assure que ce n’était pas une corvée de jouer Andromaque ou le Cid pour la fête de fin d’année).
Je détestais Molière et … La Fontaine aussi, je ne sais pas pourquoi. Jules Verne ne me faisait pas rêver non plus et je ne peux toujours pas approcher la science-fiction.

Par contre j’ai beaucoup aimé le « Sans famille » d’Hector Malot puisque je me souviens encore très bien de l’histoire. Je lisais « les pieds Nickelés » en douce… 

60 ans plus tard ma mémoire me joue un sale tour, je ne me souviens plus bien. Sauf pour les poèmes dont beaucoup sont bien présents dans ma tête.
Et aujourd’hui, quels sont vos genres ou vos auteurs préférés ?

Aujourd’hui, je lis peu de romans jeunesse, je l’avoue. J’ai une tendresse particulière pour Marie-Sabine Roger et son « Attention Fragiles ». Je viens de lire « Djamila » de Jean Molla que j’ai aimé. Je ne suis attirée ni par la science-fiction (déjà dit plus haut) ni par le polar. Les histoires de sorciers me laissent de marbre. Quant aux monstres je n’y comprends rien. Au fond je n’aime que les romans de la vraie vie. L’humour m’intéresse mais je suis incapable de l’écrire, dommage !

Andrée Chédid : « L’autre », « les marches de sable » (j’aime tous les romans d’Andrée Chédid) ;  Xavier-Laurent Petit : «153 jours en hiver » ; Véronique Olmi et son « Bord de mer », sublime. Et puis, pour le plaisir j’ai envie de parler de « Elle lui dirait dans l’île » de Françoise Xenakis, inoubliable (lu et apprécié par une de mes filles alors qu’elle n’avait pas beaucoup plus de 12 ans).

 
 Vous avez publié votre premier roman à 54 ans. Aviez-vous des textes dans vos tiroirs depuis de nombreuses années ?
Plein ! Et ils y sont encore.
 Vous écrivez des ouvrages pour les préados et d’autres pour les plus grands. Adaptez-vous votre écriture en fonction du public auquel vous vous adressez ?

Quand je commence un texte, je ne sais pas ce que je vais écrire. La première phrase est parfois longue à venir mais une fois lancée je me raconte une histoire dont je ne connais ni le déroulement, ni bien sûr la fin. Je ne peux donc pas savoir à quelle tranche d’âge il s’adresse. C’est mon éditeur qui sait mieux que moi. Mon vocabulaire est toujours simple. Il est évident qu’à la lecture, une fois le livre terminé, je fais tout de même la différence entre « Badésirédudou » qui s’adresse à de tout jeunes lecteurs et « Tu me plais tout simplement » ou « Aube rouge sur l’océan » pour les 13-15 ans.

Certains ne sont pas faciles à classer, je pense justement à « L’heure du renard »
En général je me laisse aller sans me poser de questions.

L’intrigue de L’heure du Renard et de La guerre de l’ours se déroule dans les Pyrénées, en pleine nature. Etes-vous plutôt rat des villes ou rat des champs ?

Sans aucune hésitation : rat des champs ! Pourtant il y a une ville où je pourrais vivre : Toulouse. J’y suis née, j’y ai vécu jusqu’à l’âge de 25 ans et je continue à l’aimer de loin. J’ai suivi un montagnard qui lui aurait eu bien du mal à se passer de ses Pyrénées. Et je vis dans ces montagnes-là depuis lors… cela fait de nombreuses années !

Vous avez déclaré dans une interview que vous vous retrouviez dans le personnage d’Isa, la jeune héroïne de L’heure du Renard. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Oui je me sentais bien en retrouvant Isa la sauvageonne. Certains de mes personnages sont très proches de ce que je suis ou ressens. Je suis Isa dans la solitude de la montagne, je respire avec elle, je marche avec elle.
Mais je suis plus encore peut-être Léonore l’héroïne d’un tout petit roman pour les 10 ans : « Le stylo rouge ». Léonore qui est mal dans sa peau.
On n’est pas forcément dans tous les héros que l’on dépeint. Parfois, j’imagine un personnage auquel j’aurais bien voulu ressembler sans y parvenir : par exemple Victoire de « L’année de mes 15 ans ».
Quelles sont les réflexions de vos jeunes lecteurs qui reviennent le plus souvent ?
La réflexion qui revient le plus souvent : « Ca pourrait m’arriver ! »

Il y a une réflexion qui m’a beaucoup fait rire : après la lecture de « Badésirédudou » un garçon s’est exclamé : « Hé bien ! moi qui me croyais jaloux je ne le suis pas autant que Louis ! » Finalement ce roman l’avait rassuré et avait fait tomber sa honte.

Et une réflexion qui m’a particulièrement émue : « il faut beaucoup d’amour pour écrire des histoires comme ça ».
Une classe de 6ème de Paimpol en Bretagne m’a donné, sans y prendre garde, la conclusion de « L’heure du renard ». C’est formidable ! Merci en passant aux Paimpolais qui liront peut-être ceci.
Quelle sera votre actualité littéraire en 2011 ?

Pour l’instant la page est un peu blanche… Un texte chez l’éditeur pour les plus grands et pas encore de réponse. Dans ce texte qui ne sera peut-être jamais publié (il arrive qu’un manuscrit soit refusé) je me suis fait plaisir en me promenant (en rêve) dans Toulouse.

«Ninon-Silence » (dès 10 ans) publié en 2000 sera réédité dans le courant de l’année sous un autre titre pas encore choisi.
 
 
Notre avis sur L'heure du renard
Notre avis sur La guerre de l'ours
Category: Interviews
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