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Le camion-poubelle

Max Estes un illustrateur américain qui vit en Norvège, et c’est en 2010 qu’est paru Søppel (Déchets) sous son crayon. Cette fiction présente la journée de deux éboueurs Simon et Oscar toutefois son contenu en renvoyant à des connaissances fait de cet ouvrage un documentaire abordable dès six ans et intéressant pour des lecteurs jusqu’à neuf ans.

Cet album permet surtout d'aborder avec les plus jeunes le thème de l’écologie, du tri des déchets et du recyclage avec des exemples accessibles aux enfants. Une double-page au milieu de l’ouvrage présente d’ailleurs la chaîne du recyclage. Le discours écologique autour des déchets passe également par le choix artistique de l’utilisation de papiers découpés et d’objets comme un emballage de chewing-gum ou un ticket de caisse. Le Camion-poubelle évoque également la pénibilité du travail de Simon et Oscar qui font face à divers dangers et l’utilité de cette profession. L’illustration est servie par un graphisme de type naïf joint à des couleurs lumineuses.

Ce livre est une invitation à la création artisanale par les enfants d’une histoire en utilisant papiers et cartons légers usagés. Le Camion-poubelle convient très bien à un lectorat dès cinq ans et pour de petits lecteurs de 8 à 10 ans ; tous seront attirés par le récit et le mode d’illustration et selon leur âge ils prendront ou pas les informations scientifiques.

Le Camion-poubelle de Max Estes. La joie de lire, 2012.
48 pages
. 13 €. De 5 à 10 ans 

 

Ô corbeau

Jo le corbeau vit seul sous un saule pleureur. Et tous les soirs, il pleure. En chœur, l’arbre et l’oiseau pleurent. Jo le corbeau se désespère parce qu’il ne sait pas chanter et que celle pour qui bat son cœur, la belle Paloma, cantatrice de son état, ne l’aimera jamais. Un beau jour, s’en est trop. Jo décide de partir. Il quitte son saule et s’enfuit. Il arrive alors dans un endroit étrange, blanc comme le plumage de sa colombe, le pôle nord. Épuisé et transi, à bout de forces, il aperçoit un immense igloo, la Taverne de l’Empereur…

Un album poétique sous forme d’hommage à l’amour et au chant de l’amour. Marcus Malte nous parle de pleurs, de solitude et de frustration parce qu’après tout, amour et douleur sont parfois synonymes. L’album est construit sur une alternance de doubles pages de texte et de doubles pages entièrement illustrées. Les mots et les images semblent se répondre constamment pour former au final une parfaite harmonie. A noter que la conclusion de l’histoire est magnifique.

Un superbe ouvrage !
 
Ô corbeau de Marcus Malte, (ill. Rémi Saillard), Syros, 2010.
40 pages. 17,00 €. A partir de 7-8 ans.
 
 
 
 
 
 

 

Ma grand-mère chante le blues

La grand-mère du narrateur a, dans sa jeunesse, connu la guerre. Elle a vu, un matin d’été, les américains tomber du ciel par centaines. Parmi eux, il y avait Budy Slim, un soldat noir armé de sa guitare. Avec lui, elle a découvert le blues, une musique triste et joyeuse à la fois, inventée par les esclaves. Quand Budy Slim est reparti en Amérique après la libération, « il a laissé un grand vide dans le cœur de ma grand-mère et un grand plein dans son ventre. » Lorsqu’elle a appris la mort de Budy Slim après des émeutes raciales à Chicago, grand-mère s’est mise à jouer du blues. C’est comme cela que sa carrière internationale a commencé…

Un album aux magnifiques illustrations oscillant sans cesse entre poésie et douce nostalgie. A travers ce portrait de grand-mère moderne, les auteurs parlent d’amour, de musique mais aussi des illusions qui ne se perdent pas forcément avec l’âge. Touchant et superbement construit, Ma grand-mère chante le blues est à lire en famille.
 
Ma grand-mère chante le blues, de Simon Martin et Bertrand Dubois.
Éditions du Rouergue, 2011. 36 pages. 15 €. Dès 8 ans.
 
 
 

 

Le Kami de la Lune

Maître Muraki possédait une célèbre auberge où de nombreux visiteurs aimaient venir se restaurer et profiter de la source chaude présente dans son jardin Cette source était réputée car elle était placée sous la protection du Kami de la lune, une divinité céleste inspirant une crainte respectueuse. Tout aurait donc pu aller pour le mieux si Yukiko, la fille de l’aubergiste, n’était pas si coquine. A force de faire sans cesse des bêtises, elle a fait fuir le Kami et précipité son père vers la ruine. Chassée de chez elle, elle décide de réparer sa faute et part sur les traces du Kami afin de le convaincre d’éclairer à nouveau l’auberge de sa lumière d’argent…

Récit initiatique, ce conte d’inspiration japonaise offre aux enfants  une première approche de la culture du pays du soleil levant. Les événements s’enchaînent grâce à des doubles pages très aérées où les textes ne viennent jamais réellement empiéter sur les illustrations. Celles-ci sont splendides, alternant entre le blanc du jour et le bleu de la nuit.

Ce Kami de la Lune est un récit contemplatif et joyeux. Nul doute que le jeune lecteur passera un délicieux moment en compagnie de Yukiko, petite héroïne aussi espiègle qu’attachante.

 
 
Le kami de la lune, de Nathalie Dargent (ill. Sandrine Thommen).
Picquier Jeunesse, 2011. 40 pages. 14,50 €. Dès 7-8 ans.
 
 

 

Un océan dans les yeux

Georges ne veut plus quitter son phare depuis qu’il a accosté là, sur les Roches Grises. Il garde la lumière et empêche les bateaux de venir s’y briser, ce qui arrivait trop souvent auparavant. Même quand le gouvernement envoie une missive officielle pour lui demander de laisser sa place à un autre gardien, il déchire la lettre aux quatre vents. Tous les deux mois, un caboteur apporte à Georges des vivres, mais cette fois, le panier ne contient qu’une enveloppe cachetée, tamponnée, bariolée aux couleurs du gouvernement. Georges s’installe pour lire. On lui annonce une nouvelle alarmante. Une partie de la banquise vient de se détacher et sa fonte doit entraîner une montée des eaux jusqu’à recouvrir le phare des Roches Grises…

Un album fort à la gloire des marins et autres forçats de la mer qui accomplissent leur devoir jusqu’au bout pour sauver des vies. Les illustrations sont tout simplement sublimes. Une très belle fable à consommer sans modération.
 

Un Océan dans les yeux, de Thierry Dedieu, Seuil, 2011.
28 pages. 15 €. Dès 8 ans.

 

 

Du fil à retordre

 

C’est l’histoire d’une petite fille dont les parents sont divorcés. Entre la maison de Maman et celle de Papa, il y a un monde qui dure une semaine. Une situation difficile à vivre. L’impression d’être parfois un objet que l’on se partage : « Qui me prend pour Noël ? Qui m’aura pour le jour du réveillon de l’an ? » 

Insupportable, cette distance qui existe aujourd’hui entre ses parents. Le samedi, ils s’échangent leur fille et quelques phrases pour se tenir au courant des événements des jours précédents. Un coucou de loin. Plus de bisous, même sur la joue. La petite fille rêve de les rapprocher, de recoller les morceaux, même pour quelques instants.
 
Insupportable, la séparation pendant toute une semaine. Le parent absent lui manque trop, elle en fait des cauchemars. Mais il y a aussi de bons côtés. Deux maisons, des jouets et des habits différents. Des comportements différents aussi : chez papa, on peut se chamailler pour rire, faire des batailles de semoule, mettre le bazar partout alors que chez maman on fait des trucs de filles. Une vie en équilibre, sur un fil tendu entre deux mondes. Une vie à la stabilité fragile qui n’empêche tout de même pas de se projeter dans le futur.

Les illustrations tout en rondeur et les couleurs pastels sont d’une grande douceur. Une thématique difficile abordée avec intelligence et de façon positive sans jamais tomber dans la mièvrerie. Un album réussi, sans aucun doute !

Du fil à retordre, de Séverine Vidal, illustrations de SeL, éditions Les Lucioles, 2011.
46 pages. 14,90 euros. A partir de 8 ans.

 

 

Khénou le protégé d’Horus

Khénou est un jeune esclave qui vit sur les bords du Nil, au temps des Pharaons. Recueilli par  Amenhotep , un architecte renommé pour la construction des palais de la ville, il travaille comme palefrenier aux écuries du Pharaon Pi-Ramsès. Un matin, Montounéfer, le chef de corvée, l’envoie s’occuper de Méryimen, le cheval préféré de la princesse Maât-Hor-Néférou-Rê, l’une des épouses de Pharaon. Khénou accomplit sa tâche avec brio et devient l’écuyer personnel de la princesse. Lorsque la saison des vendanges  arrive, elle lui demande de l’accompagner sur sa barque, pour la grande nuit du Rê, quand les eaux charrient et déposent le limon rouge. Là, elle se confie et parle avec nostalgie à Khénou du pays qui l’a vue naître, la terre du Hatti, de l’autre côté de la mer. Le jeune esclave lui répond que lui aussi est de deux pays et qu’il ne se souvient pas de celui où il est né.

À la saison des moissons, l’armée du grand Ramsès ramène des prisonniers Shasous, des pillards du désert. Parmi eux, la princesse remarque une jeune fille. Elle l’achète et la prend dans sa maison. Khénou se met à l’observer tous les jours et il s’aperçoit qu’elle porte sur le bras, le même signe que lui. Peu à peu, ils font connaissance. La jeune fille lui apprend son nom, Qetura, et quelques mots de la vie courante : pain, eau, ciel, feu, vent, sable. Un jour, le scribe Khonsou, de passage chez la princesse, discute avec Qetura. C’est une fille de Madian, qui a été volée par les Shasous. Les Madianites sont des nomades, qui se déplacent de puits en puits avec leurs caravanes de chameaux. Khénou est très heureux. Il connaît maintenant ses origines. C’est alors qu’il prend une décision importante…

Une histoire d’amour et d’amitié entre deux jeunes personnes  ayant connu l’abandon ou le déracinement. On ne peut que se laisser embarquer dans ce récit qui nous fait découvrir la vie ailleurs, à une autre époque. Les dessins sont très beaux. Le papier légèrement gaufré et brillant et le format de l’album sont très agréables à manipuler. A recommander chaudement aux petits lecteurs amoureux de l’Egypte !

Khénou le protégé d’Horus, Pierre-Marie Beaude et Giorgio Baroni, Milan jeunesse, 2010.
48 pages. 14,95 €. Dès 8 ans.

 

Le jeu des sept cailloux

Larissa marche seule dans les rues de Rouen. Elle parle à son ventre, à Céda, cette petite fille qui doit naître bientôt. Elle lui raconte la douceur de sa jeunesse Tchétchène, la campagne, le village, le marché et la petite maison. Elle lui décrit sa rencontre et son mariage avec Sidik. Puis ce fut la guerre, le pays qui part en lambeaux et que l’on doit fuir. En France, Larissa et sa famille sont des demandeurs d’asile. Chaque jour, il faut trouver un endroit pour manger, pour dormir. Il faut aussi affronter les regards froids de ceux qui ne voient en elle qu’une mendiante. Son avenir s’écrit en pointillé mais elle garde chevillé au corps l’espoir que son pays d'accueil lui donnera un jour les papiers qui permettront à ses enfants de grandir dans un monde libre.

Le jeu des sept cailloux est un texte forcément engagé, mais pas seulement. L’histoire de cette femme est révoltante, en dehors de toute considération politique. La violence du déracinement, l’inhumanité du traitement qu’elle subit en France, cette simple  recherche de dignité et d’un avenir meilleur pour sa famille, voila les problématiques qui se retrouvent au cœur du récit.

Dans la première partie de l’ouvrage, lorsqu’elle raconte sa jeunesse en Tchétchénie, les souvenirs sont à la fois tendres et nostalgiques. Mais quand le texte aborde l’arrivée à Rouen et le cauchemar administratif qui se met en place, le ton devient plus âpre. Les illustrations de Zaü sonnent juste et dépeignent parfaitement les événements successifs qui jalonnent le périple de Larissa.

Au final, un album bouleversant, n’ayons pas peur des mots.

 

Le jeu des sept cailloux, de Dominique Sampiero, illustrations de Zaü, Grasset jeunesse, 2010.
46 pages. 5,60 euros. A partir de 9 ans.

 

 

 


 

Le thé des nuages

Tashi, une jeune indienne, suit sa mère, cueilleuse dans une plantation de thé. Celle-ci doit travailler du lever au coucher du soleil dans des conditions difficiles : chaleur, poids du panier… Seule, la fillette trouve de la compagnie auprès d’un petit groupe de singes avec qui elle partage ses repas. Un jour, la mère de Tashi tombe malade, elle ne peut plus aller travailler et sans argent pas de médecin. Pour guérir sa maman, Tashi décide de la remplacer.

Seulement, elle est trop petite pour attraper les jeunes pousses en haut des théiers. Le contremaître du champ la ridiculise et plonge Tashi dans un long chagrin que seuls les singes semblent comprendre. Comment sauver sa mère ? L’aide viendra-t-elle des nuages ?

Inspiré de plusieurs contes sur les cueilleurs de thés, le thé des nuages propose un voyage sur les hauteurs de l’Himalaya. Le langage poétique du texte incite aux rêves. Les illustrations de Juan Wijngaard, légèrement désuètes, apportent de la tendresse et une ambiance « conte de mon enfance » à cet album soigné jusque dans les détails : fond clair avec frises en filigrane, cadre entourant les illustrations, crayonnés noirs accompagnants le texte. La note des auteurs en fin de livre nous éclaire sur l’origine de cette histoire, tout en gardant le mystère sur la cueillette du thé des nuages. Au final, un bel album qui sera propice à une lecture complice adulte-enfant.
 

Le thé des nuages, de Mal Peet et Elspeth Graham, Tourbillon, 2010.
56 pages. 11,95 euros.
A partir de 8 ans.

 

 

Thésée : comment naissent les légendes

Une plongée sous-marine et la découverte d’un vase par des archéologues décide l’un d’entre eux à raconter l’histoire de la naissance du mythe de Thésée, héros légendaire grecque, roi d’Athènes et fondateur de la démocratie.

Androgée, le fils du roi Minos meurt lors de jeux à Athènes. Minos accuse Egée, roi d’Athènes d’avoir commandité ce meurtre et menace Athènes d’une guerre. Pour éviter la guerre, Egée accepte un échange : la paix contre sept jeunes hommes et femmes. Les athéniens étaient livrés à l’appétit du minotaure enfermé dans un labyrinthe.

Thésée, le fils d’Egée, est bientôt obligé de partir pour Cnossos en paiement du tribu. A peine arrivé Ariane, la fille de Minos tombe sous son charme. Afin que son bien aimé ressorte vivant du labyrinthe, Ariane lui confit un fil chargé de le ramener vers la sortie. Après un dur combat avec le minotaure, Thésée le tue et ressort vainqueur du dédale de pierre.

A travers les yeux d’un archéologue, Yvan Pommaux nous relate l’histoire détaillée de Thésée. Au fil des siècles celle-ci a pris une autre dimension, celle d’une légende avec actions héroïques, amours interdits et éléments surnaturels. L’auteur, malgré la complexité du récit originel, réussit à rester clair et précis grâce à différentes techniques graphiques permettant au lecteur de ne pas se perdre (notamment avec l’utilisation de bulles, de graphies variées et d’encarts de couleur). A cela s’ajoute les dessins minutieux et colorés qui ont fait la « patte » Yvan Pommaux.

Au final, un bel album cartonné au dos toilé très grand format (26 x 34 cm) qui saura captiver petits et grands amateurs de mythologie grecque.

Thésée, d’Yvan Pommaux, L’école des loisirs, 2007.
54 pages. 18,5 euros. A partir de 9 ans.