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Je sauve le monde dès que je m’ennuie

Que fait un élève qui s’ennuie en classe ? Il s’évade, il rêve, il s’invente des histoires au cours desquelles il réalise maints exploits. Eugène – le capitaine sans-gêne de ses rêves – n’est jamais vraiment présent, où qu’il soit. A l’école, chez ses parents, dans la rue… Une partie de foot entre camarades se transforme en événement international. Il est un héros intergalactique, fréquente Naruto quotidiennement, et navigue sur le Triton en compagnie de Jack Sparrow. Le seul problème, c’est qu’il a bien du mal à contrôler les moments où son esprit s’égare… jusque chez le psychiatre où la maîtresse et ses parents décident de l’envoyer : ses lacets se transforment en scolopendres… Mais pour une fois, sa capacité à s’évader est mise en valeur. Il le fait parce qu’il « est capable de le faire », rétorque le spécialiste à son père en furie qui ne voit que par la réussite scolaire…

Un éloge du rêve et de l’évasion ! Le jeune Eugène est un subtil mélange de conquistador espagnol, de Robin des bois, de héros de manga…, enfin de tout ce qui fait le quotidien des enfants d’aujourd’hui. Il y en a pour tous. Il est impossible qu’un enfant ne trouve pas un peu de sa culture dans cet ouvrage. Bien des petits rêveurs se retrouveront ici. Un texte écrit pour eux. Et puis il y a les passages obligés de la littérature pour enfants : le rêveur étourdi, le gros costaud et la jolie petite fille. Une riche intertextualité à exploiter en classe pour montrer aux élèves qu’un livre est avant tout ouvert sur d’autres références culturelles. De nombreuses notes d’humour liées tout particulièrement au télescopage des mondes imaginaires d’Eugène et de la réalité qui permettront d’étudier le registre comique. Autre atout non négligeable de ce livre : des chapitres courts, où le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer car Eugène saute compulsivement de rêve en rêve et d’aventure en aventure. 

Je sauve le monde dès que je m’ennuie de Guillaume Guéraud (ill. Martin Roméro).
Rouergue, 2012. 84 pages. 7 Euros. A partir de 8 ans.

Le royaume de Kensuké

Michael revient, près de dix plus tard, sur l'épisode le plus marquant de sa vie : sa rencontre avec Kensuké sur une île au milieu du Pacifique.

Alors qu'ils sont licenciés de leur usine, les parents de Michael, 12 ans, décident avec leurs primes d'acheter un bateau, le « Peggy Sue ». Ils veulent partir faire le tour du monde. Commence alors pour le jeune garçon, un voyage extraordinaire entre terre et mer. Il découvre le Brésil, l'Afrique du sud, l'Australie. Mais un soir, alors qu'il est à la barre, un violent coup de vent se lève. Michael tombe à l'eau en voulant rattraper sa chienne Stella. Il se réveille sur une île sauvage et doit affronter un environnement hostile sans eau, ni nourriture. Il se rend rapidement compte qu'il n'est pas seul, une ombre semble veiller sur lui.

Michael Morpugo livre ici une Robinsonnade moderne et captivante. On suit avec entrain les aventures de Michael confronté à la solitude et aux difficultés pour survivre dans un milieu hostile. Les rapports d'abord difficiles entre l'adolescent et le vieil homme laissent place à une amitié profonde. Kensuké se transforme alors en précepteur et reflète la figure paternel qui manque tant à notre jeune héros. Il l'initie à l'art par des peintures à l'encre de poulpe et à la sauvegarde de son environnement (faune et flore du Pacifique) : naissance des tortues, protection des singes contre les chasseurs…Michael a lui aussi des choses à apprendre à son ainé : l'anglais, les évolutions du monde depuis son échouage sur l'île. Michael Morpugo ne laisse rien au hasard, chaque détail compte de l'histoire tragique de Kensuké pendant la seconde guerre mondiale (Nagasaki) au chômage pour les ouvriers anglais.

De plus, les aquarelles de François Place sont magnifiques et rendent des plus agréable la lecture de cette émouvante aventure.

Vous l'aurez compris « le royaume de Kenzuké » est un roman riche et envoutant aussi bien pour garçons que pour filles et sans limite d'âge. On croirait presque que l'auteur nous raconte un épisode réel de sa vie (même prénom). A recommander à tous les aventuriers.

 

Le royaume de Kensuké de Michael Morpurgo, Folio junior, 2010.
160 pages. 7,70 euros. A partir de 11 ans.
NB : Première édition en 2000.
 

 

Kroko

Kathy et Arthur partent pour Bornéo afin de rejoindre leur père. Mais les conditions climatiques exécrables ont raison de l’avion dont ils étaient les deux seuls passagers. Après le crash en pleine jungle, le pilote décide d’aller chercher du secours et les enfants se retrouvent seuls au bord d’un cours d’eau dans l’impénétrable forêt de Bornéo. Le père, prévenu de l’accident, part à leur recherche aidé de deux indiens dayak. Mais il ignore que la zone où l’avion s’est écrasé est le terrain de chasse du roi des crocodiles marins…

A la fois récit d’aventure et hommage aux dents de la mer, Kroko allie suspense et action débridée. La jungle de Bornéo est ici humide et poisseuse à souhait. Les descriptions fonctionnent à merveille et l’environnement pesant et sauvage est parfaitement rendu. Attention toutefois, l’auteur ne fait pas dans la dentelle et les âmes sensibles pourront être « secouées » par certains passages. Mais après tout, il est tellement agréable de se faire peur !

Stéphane Tamaillon dépoussière la robinsonnade, ce genre littéraire considéré parfois comme un sous-roman d’aventure. Il marie la trame classique des enfants abandonnés à leur sort avec des considérations écologiques et la dénonciation des conditions de vie des autochtones. Un roman moderne, percutant et diablement efficace.

 

 

 

Kroko, de Stéphane Tamaillon, Seuil Jeunesse, 2010. 140 pages.
8.50 euros. Dès 11 ans.