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Le pêcheur et les revenants

Voilà une BD, avec très peu de textes (d’ailleurs en minuscule d’imprimerie), qui  facilite l’entrée  dans l’univers onirique un peu morbide des pirates. Le récit raconte de manière poignante le cauchemar d’un pêcheur.
 
Les illustrations en noir et blanc sont magistralement porteuses de l’ambiance d’épouvante qui saisit le héros. Un travail autour des onomatopées, assez nombreuses ici, est envisageable en prolongement ; on pourrait relever celles présentes et proposer de leur trouver des équivalentes (SPLASH peut ainsi être remplacé par PLOUF) et d’en rajouter quelques-unes (en décidant par exemple de faire sonner le réveil ou de donner un bruit au déplacement avec des bottes sur du bois).   

Le pêcheur et les revenants de Max Estes. Joie de lire, 2013.
32 pages. 9, 90 euros. À partir de 8 ans.

 


 

 

Hello monsieur Hulot

Les BD muettes pouvant convenir à un public mixte (enfants et adultes) sont extrêmement rares (nous avions pourtant déjà signalé ici La Traversée du Louvre), celle-ci a, en plus de cette caractéristique, la propriété de mettre en scène le personnage de film Monsieur Hulot dans une suite de gags visuels originaux qui provoquent un effet comique de bon aloi auquel seront sensibles des personnes de quasiment tous les âges.

Ce sont vingt-deux situations qui sont illustrées sous le même modèle. Pour la page de droite un ensemble de quatre à neuf vignettes dépeignent une situation, dont la chute est proposée sur la page de gauche découverte en feuilletant le livre. Le décor est celui des films de Tati, à savoir l'espace temporel appelé les Trente Glorieuses (allant de 1945 à 1974). Les lieux de l'action, très variés, sont généralement urbains : l'attente de l'autobus, un cinéma, la cuisine d'un immeuble parisien, le zoo, la fête foraine …

Une histoire intitulée "Symphonie urbaine" évoque les nombreux bruits ayant cours en ville ; elle peut être prétexte avec des élèves à travailler autant les onomatopées que les nuisances sonores. Le récit "Globe-trotter" propose M. Hulot mimant des éléments du patrimoine très connus de huit pays (comme la tour de Pise ou la Petite Sirène de Copenhague), il est facilement prétexte à un prolongement en géographie.   Soumis à des enfants de dix ans ce livre révèle les capacités, qu'ils ont à comprendre en plus de la chute du gag principal et qu'ils possèdent pour percevoir des effets comiques secondaires. Ce très bel album de fiction est à conjuguer, pour les jeunes d'une dizaine d'années, avec le petit ouvrage documentaire Jacques Tati : le funambule du cinéma sorti récemment.

Hello monsieur Hulot de David Merveille. Rouergue, 2010.
48 pages. 15 euros. À partir de 5 ans et sans limite d'âge.

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Alice au pays des singes

Alice sort d’un tronc d’arbre et se retrouve en pleine jungle, frappée d’amnésie. Tout le monde la prend pour Tarzan et la petite fille, dans sa grande naïveté, ne se doute pas des dangers qui l’entourent. Heureusement, Eddy le mandrill est là pour veiller sur elle et la protéger des griffes du tigre, le pire ennemi de Tarzan.

Présenté comme cela, on peut se dire que le scénario est quelque peu alambiqué. En fait, il est furieusement barré et les pérégrinations d’Alice pour tenter de retrouver son pays des merveilles servent surtout à dérouler une succession de scènes aussi loufoques que réjouissantes dans cette drôle de jungle peuplée de personnages dont le QI dépasse rarement celui d’une tasse à café. Il est toujours agréable de découvrir une BD estampillée jeunesse dans laquelle les auteurs lâchent prise, offrant ainsi aux lecteurs petits ou grands un condensé d’humour et de bonne humeur.
 
Les dialogues figurent parmi les gros points forts de l’album. Modernes, familiers sans jamais tomber dans la grossièreté, ils dynamisent considérablement le récit. Autre élément essentiel, la qualité du dessin. Ayant longtemps travaillé pour les studios Disney, Keramidas possède un trait aussi mignon que vigoureux, magnifiquement mis en valeur par les somptueuses couleurs de Nob, l’auteur de la série Mamette. A noter que le découpage bouscule à plusieurs reprises les codes traditionnels de la bande dessinée puisque l’on trouve une dizaine de doubles pages travaillées comme une seule avec des strips horizontaux partant d’un bord à l’autre de l’album. Du grand art !

Drôle, survitaminé, avec un scénario beaucoup moins incohérent qu’il n’y paraît, Alice au pays des singes est tout simplement une totale réussite. A découvrir et à faire découvrir d’urgence.

L'avis de Choco

L'avis de Noukette

L'avis de Lunch

Alice au pays des singes de Tebo et Keramidas. Glénat, 2012.
56 pages. 13,90 euros. Dès 10 ans.

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L’ours Barnabé, intégrale 3

 

La première apparition officielle de l’ours Barnabé dans la revue Amis-Coop date de 1980. Depuis, le plantigrade a baladé sa grande carcasse poilue à travers plus de 600 gags en une planche, le plus souvent accompagné de son fidèle ami le lapin. Avec ce troisième volume de l’intégrale, La boîte à bulles achève la réédition complète des pages publiées chez différents éditeurs entre 1989 et 1997.   

Rarement l’expression « tout public » aura aussi bien convenu à une série humoristique. Synthétisant humour, poésie, logique et non sens, l’ours Barnabé s’adresse à  tous. Cet ours est un sage qui a réponse à tout. La structure de chaque gag est au départ assez répétitive. Le lapin (ou un autre animal) pose une question et Barnabé y répond. Les situations-problèmes proposées sont en général d’ordre pratique, philosophique ou mettant en jeu les lois de la physique. De prime abord, l’ensemble à l’air très naïf, impression renforcée par le dessin d’une grande simplicité où les personnages sont à chaque fois représentés dans leur intégralité. Pas de plongée ni de contre plongée, aucun gros plan, le but est de viser à l’essentiel et de rendre les situations compréhensibles même pour les plus jeunes. Philippe Coudray aime jouer avec l’image et les mots, il aime malmener la logique, qu'elle soit visuelle ou intellectuelle. Barnabé ne cesse de soumettre à l’épreuve des faits ou de l’expérience ses affirmations ou celles de ses amis. En quelques cases, tout est dit, chaque gag reste d’une parfaite lisibilité malgré l’économie de moyens utilisée. Un véritable tour de force en termes de narration ! 

Une série intemporelle qui a déjà marqué une génération de lecteurs et qui continue aujourd’hui encore à séduire tous les enfants qui prennent la peine de s’y plonger.

L’ours  Barnabé, intégrale 3 de Philippe Coudray. La boîte à bulles, 2012.
208 pages. 20 euros. De 6 à 106 ans

 

Une lecture commune que nous avons le plaisir de partager avec Mo' du Bar à BD




 
 

 

 

Des Lignes du front

Ici le graphisme intègre la trame de photographies et l’album est en noir et blanc ; il est bilingue français-allemand, les illustrations sont en deux exemplaires car le texte est unilingue. On a le choix de commencer par une page de couverture en allemand et une autre en français. Les auteurs sont allemands, le texte reproduit des extraits authentiques de quatre lettres de poilus pour en constituer une seule fictive. Les auteurs avaient visionné une émission d’Arte (où les noms des soldats étaient fournis) et la chaîne n’avait pas daigné leur en dire plus sur ces courriers. La connaissance du sujet révèle que ces extraits se retrouvent au milieu d’autres lettres de ces poilus-là (originaires de l’Yonne, du Lot, du Loir-et-Cher et de Paris) et sont accompagnés d’informations biographiques dans l’ouvrage Paroles de poilus : lettres et carnets du front 1914-1918 de Jean-Pierre Guéno sorti chez Librio et en édition plus luxueuse chez Tallandier. Les lettres en question sont aux pages 46, 51,103, 136 pour le livre paru chez Librio.

Par ailleurs dans Mon papa en guerre de Jean-Pierre Guéno chez Les Arènes et pour Paroles de poilus : les plus belles lettres en BD avec Librio, figurent une fois de plus la lettre émouvante où Martin Vaillagou  répond à son fils qui lui demande l’envoi d’un casque boche. Paroles de poilus : les plus belles lettres en BD chez Librio reprend 15 des 23 histoires parues sous le même titre chez Soleil quelques années plus tôt, à chaque missive a été associé un dessinateur de BD différent. L’illustration pour la lettre de Martin Vaillagou  est très classique dans Paroles de poilus, l’intérieur d’une maison est certes dévasté mais calme (avec la présence affective d’un chat) et rempli de couleurs chaudes. Ces dessins sont à comparer avec les pages de l’ouvrage Des lignes du front où on voit des soldats tomber lors d’un assaut dans le style particulier déjà évoqué. Il est à noter que si le titre Paroles de Verdun paru chez Soleil en 2007 prend en partie des lettres de poilus comme source d’inspiration pour la création de BD assez courtes, des pages explicitement sexuelles font que ce dernier livre n’est que pour des lycéens et adultes.

Des Lignes du front de David Möhring et Philip Riseberg. Warum, 2012.
56 pages en français et 56 pages en allemand.
12,20 euros. À partir de 10 ans et pour adultes.

Les brigades du temps T1 : 1492, À l’Ouest rien de nouveau !

Voici l’uchronie expliquée aux enfants en BD. En effet le mot est cité page 8 et les pages 9 à 14 explicitent l’idée et les conséquences qu’auraient la mort de Christophe Colomb lors de son arrivée dans une île des Antilles. Toutefois il s’agit ici de suivre les aventures de deux agents dont la mission est d’aider à la décision royale d’envoyer un nouveau bateau et de faciliter les aventures de son équipage. Le comble est qu’arrivés aux Amériques, les navigateurs espagnols se font dérober leur vaisseau par une tribu indigène dont le chef projette de partir à « la conquête de l’Europe ». Cette aventure s’arrête là et un second épisode devrait nous en apprendre davantage, à travers le regard ethnologique des Indiens, sur la vie sur le vieux continent à la fin du XVe siècle.

Le duo de héros n’est pas sans rappeler celui formé par Astérix et Obélix,  puisqu’il est composé d'une brute épaisse extrêmement susceptible et d'un jeune plein de malignité. Le résultat est que l’on baigne bien dans l’esprit du temps évoqué et le graphisme nous y aide pour partie. Il est à noter qu’il s’agit ici de l'adaptation en album d'une aventure déjà parue à l’automne 2011 dans le "Journal de Spirou" sous le titre Agence temporelle U. K.R.O.N.I.A.  A noter également que le scénariste Kris a signé pour les adultes la magnifique série Notre mère la Guerre.

Les brigades du temps T1 : 1492, À l’Ouest rien de nouveau ! de Duhamel et Kris.
Dupuis, 2012. 48 pages. 12 euros. À partir de 9 ans.


 

Gastoon T2 : Des vertes et des pas mûres

Un an à peine après sa première apparition, Gastoon est déjà de retour. Le neveu de Gaston Lagaffe va passer ses vacances chez son grand-père à la campagne et découvrir les joies de la vie au grand air. Il va se faire des copains, notamment l’intrépide Wilco et la jolie Elvire dont les parents sont adeptes du bio jusqu’au bout des ongles. Gastoon va aussi devoir affronter Bazin et Torchenez, les sales gosses du coin toujours prêt à faire des coups fourrés…

Des gags en une planche bucoliques à souhait. C’est frais et varié, l’humour est léger et divertissant. Pas de grands messages écolo ou de leçons de morale, pas d’apologie des bienfaits de la vie à la campagne, ce qui au fond n’est pas plus mal. Les adultes y trouveront peut-être difficilement leur compte mais pour les enfants, le plaisir de lecture est rendez-vous.
Une série certes pas révolutionnaire mais d’une qualité tout à fait acceptable, tant au niveau graphique que scénaristique.    

Gastoon T2 : Des vertes et des pas mûres  de Simon Léturgie, Yann et Jean Léturgie.
Marsu Productions, 2012. 46 pages. 10,60 euros. Dès 8 ans
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

La Conteuse des glaces

Dans le Grand Nord au début du XXIe siècle, Buniq, une jeune fille, veut devenir conteuse suite à sa rencontre avec un fabuliste de passage. Elle décide de partir rendre visite à de nombreux clans afin de recueillir leurs histoires traditionnelles. Malgré la réticence de son père, vaincue grâce à la complicité de sa mère, Buniq part pour un voyage où elle utilise le traîneau tiré par des chiens et le kayak. Elle est accompagnée par son grand-père et un jeune Inuit, à peine plus âgé qu’elle,  désirant prouver ses capacités à pêcher et chasser dans cet univers de glace. C’est en plusieurs circonstances qu’elle aura besoin d’eux pour faire face à des péripéties non seulement liées à un univers hostile à l’homme mais aussi au maintien de la tradition qui veut que l’on enlève celle que l’on veut épouser.

Le graphisme sobre rend bien l’expressivité des personnages (parfois jusqu’à la caricature pour le rôle du méchant) et les magnifiques couleurs font succéder la tonalité froide de l’extérieur aux dominantes chaudes des intérieurs. Il s’agit du deuxième tome d’une série pour la jeunesse coproduit par le magazine Géo et Dargaud ; l’ouvrage suivant permet de découvrir le sud de la Chine à travers les soucis d’une jeune fille de l’ethnie Miao. Dans La Conteuse des glaces, contrairement au tome suivant, un personnage masculin sur le point de devenir adulte joue un rôle très important aux côtés de l’héroïne, aussi cet album ne s’adresse pas qu’aux petites filles !


La Conteuse des glaces de Béka et Marko. Dargaud, 2012.
48 pages. 10, 60 euros. À partir de 9 ans

 

Notre avis sur Le crochet à nuage, le 1er tome de cette collection


 

 

 

 

L’histoire de France pour les nuls en BD T1 : Les Gaulois

La célèbre collection d’ouvrages « pour les nuls » se décline maintenant en BD. Premier titre adapté dans ce nouveau format, L’histoire de France pour les nuls.

Tout commence en – 800, lorsque les celtes quittent l’Asie centrale pour migrer vers l’ouest. En -390, les gaulois prennent Rome. Cet événement sera le point de départ de la conquête de  la gaule par les armées romaines au cours des siècles suivants. Le massacre de 200 000 Helvètes par les troupes de Jules César en -58 sera l’un des faits d’armes marquant du plus célèbres des empereurs avec la reddition de Vercingétorix en -52. Ce premier tome s’achève sur la mort de Clovis en l’an 511. Les lecteurs découvriront aussi le nom du dernier empereur romain en 476 et apprendront que cette date représente la fin de l’antiquité et le basculement vers le Moyen âge…

Difficile de faire tenir une si longue période en seulement 48 pages. Les auteurs ont évidemment fait quelques sauts de géants dans le temps mais ils ont aussi su trouver un équilibre entre les événements historiques et les anecdotes. En mêlant vie quotidienne, scènes épiques et quelques passages humoristiques, ils conjuguent l’essentiel et l’accessoire saupoudrer leur propos une légèreté bienvenue . De même, l’emploi du présent donne plus de proximité entre le narrateur et son lecteur. 

Le dessin, réaliste, est très précis pour tout ce qui concerne l’habillement et les objets. Il y a certes beaucoup de cases par page mais le découpage reste efficace et rend l’ensemble parfaitement lisible.

Une belle entrée dans l’histoire de France pour les petits lecteurs pas forcément intéressés par la question. Sans compter que nombre de parents pourront eux aussi y trouver leur compte.

L’histoire de France pour les nuls en BD T1 : Les Gaulois de Julaud, Parma et Queyssi.
Éditions First, 2011. 56 pages. 11,90 euros. Dès 9-10 ans.

Un grand merci à Babelio et aux éditions First pour la découverte !

 

 

 

 

La Ribambelle reprend du service !

La Ribambelle a 50 ans ! C’est en effet en 1962 que Roba, le papa de Boule et Bill, a réalisé la première aventure de cette bande de gamins altruistes et forts sympathiques. Aujourd’hui, la série est relancée par Zidrou (scénario) et Krings (dessin). Les protagonistes et leur environnement n’ont pas changé. La Ribambelle est toujours composée de Phil, le leader charismatique, d’Archibald le fantasque écossais, de Dizzy le jeune trompettiste noir, de Grenadine, l’indispensable fille de la bande et des jumeaux asiatiques Atchi et Atcha, les spécialistes en arts martiaux. Les Caïmans, ces garnements menés par le terrible Tatane, sont eux aussi de la partie dans ce nouvel album. Toujours plus bêtes que méchants, ils finiront, comme d’habitude, lamentablement vaincus par la Ribambelle.

Aux pinceaux, Krings a l’intelligence de ne pas se muer en copiste. Certes, l’univers mis en place par Roba se reconnaît au premier coup d’œil, mais en reprenant la série, le dessinateur a su garder sa propre identité graphique.

Si l’on devait soulever quelques réserves, elles concerneraient le scénario. Trop fidèle à l’original, ce dernier reste dans l’ensemble fort policé et semble terriblement daté par rapport à la production jeunesse actuelle. Phil et les siens sont sans doute trop sages, trop pétris de bons sentiments pour emporter l’adhésion des lecteurs d’aujourd’hui. Il n’empêche, cette reprise quasi « patrimoniale » est l’occasion de faire découvrir à un nouveau lectorat une série phare du journal de Spirou des années 60. Rien que pour cela, la Ribambelle mérite que l’on s’attarde sur son cas.

 

La Ribambelle T7 : La Ribambelle reprend du service  de Zidrou et Krings.
Dargaud, 2011. 48 pages. 10,45 euros. Dès 9 ans.

 

 

 

 

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