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Interview Agnès Laroche – La dragonne de minuit

Agnès Laroche est née en 1965 à Paris, mais vit aujourd’hui à Angoulême. On la dit distraite ! Ce qui pourrait être considéré comme un défaut lui profite au contraire puisque sa distraction lui permet de se retrancher dans la rêverie et d’en extraire les histoires qu’elle nous livre par la suite. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages pour la jeunesse, elle se destine aujourd’hui essentiellement à cette  littérature. 

« Ma distraction me conduit à la rêverie, la rêverie stimule mon imagination, mon imagination m’amène à inventer des personnages, des intrigues, des romans. »

        Notre site s’adresse aux enfants de 9 à 12 ans. Que lisiez-vous à cet âge là ?

Hou là, c’est loin ! Vers 9 ans, bibliothèque rose et verte, Fantômette, Clan des 7, Club des 5… Puis vers 10/11 ans j’ai découvert Agatha Christie, et j’ai dévoré tous ses livres, avant de m’attaquer doucement à la « littérature pour adultes ». Il faut dire qu’il n’y avait pas énormément de livres pour la jeunesse à l’époque…

          Dans « La dragonne de minuit », votre héros est une fille. Pourquoi ?

        Parce que j’aime qu’une fille se comporte en héroïne, et que j’étais plus intéressée par un personnage de dragonne que de dragon, un peu trop banal.

            Le corbeau est un animal peu apprécié. Quelle a été votre intention lorsque vous l’avez choisi pour aider votre héroïne ?

Je trouve que les corbeaux sont de très beaux oiseaux, impressionnants, majestueux, et rarement utilisés pour figurer des personnages positifs, donc je me suis lancée ! J’avais d’abord pensé à une chouette ou un hibou, mais les romans jeunesse fourmillent de ces oiseaux-là.

         Votre œuvre s’inscrit dans une veine très exploitée actuellement : « dragons et dresseurs de dragons ». Avez-vous choisi le personnage de Mara en fonction de ce phénomène ?

Non, je l’ai choisi car il me semblait que cette transformation était la plus spectaculaire qui soit, et permettait à mon héroïne de voler  et d’évoluer dans un univers imaginaire que je pouvais inventer au fur et à mesure.

            Après « Tim sans dragon », écrit en 2008, où le héros est dresseur de dragons, vous abordez la métamorphose de l’être humain en dragon. Comment expliquez-vous cette progression ?

C’était une façon pour moi d’explorer une autre facette de l’univers « dragon », sans me répéter par rapport au roman précédent.

6-      Avez-vous l’intention d’écrire d’autres ouvrages sur le même thème ?

Je ne sais pas, car j’ignore souvent où ma plume va me mener dans les mois à venir !

7-       « La dragonne de minuit » est parue en 2011. Pourquoi avoir attendu trois années avant d’écrire une nouvelle histoire de dragons ?

Parce que j’ai eu envie d’exploiter d’autres thèmes, et de me rapprocher d’ambiances plus réalistes.

8-      Envisagez-vous des aventures similaires dans vos prochains livres ?

Aucune idée, car je ne sais pas encore ce que contiendront mes prochains livres.

9-      Vous vous consacrez maintenant plus spécifiquement à la littérature pour enfants. Pourquoi ne plus écrire pour les adultes ? Que vous apporte tout particulièrement l’écriture d’ouvrages pour enfants ?

Parce que j’y prends beaucoup de plaisir, et que je peux aborder tous les genres, policiers, réalistes, fantaisie. J’aime écrire pour la jeunesse, c’est assez naturel pour moi, une grande source d’amusement et de joie, même si ce n’est pas facile tous les jours.

10-   On vous dit distraite, cela apporte-t-il quelque chose à votre écriture ?

Oui ! Ma distraction me conduit à la rêverie, la rêverie stimule mon imagination, mon imagination m’amène à inventer des personnages, des intrigues, des romans.

11-   Avez-vous un livre en cours d’écriture ? Pouvez-vous nous révéler quelques uns de ses secrets ? 

J’en ai plusieurs, mais je n’en parle jamais, par superstition !

Son site Web : http://agneslaroche.blogspot.fr/

 

Interview de Stéphane Tamaillon

Stéphane Tamaillon est né en 1970. Après avoir étudié les Beaux-Arts il a suivi des études d’histoire pour devenir professeur.

La littérature pour la jeunesse lui permet de conjuguer son goût pour les récits mystérieux et sa passion pour l’Histoire en plus de son métier d’enseignant.

 

« Je ne veux pas édulcorer un contexte sous prétexte que je m’adresse à de jeunes lecteurs. Ce serait les prendre pour des imbéciles. »

 

 Le site Lire pour le plaisir présente des ouvrages pour les enfants de 9 à 12 ans. Que lisiez-vous à cet âge-là ? 

Comme beaucoup de ceux de ma génération, je lisais des romans de la Bibliothèque verte. J’étais un assidu des Conquérants de l’impossible, une série de SF de Philippe Ebly qui mettait en scène les aventures de jeunes garçons, dont un chevalier rescapé du Moyen-âge, ramené à la vie après avoir été durant plusieurs siècles prisonnier des eaux d’un lac. J’adorais.

C’est vers 11 ou 12 ans que j’ai également découvert le Sherlock Holmes d’Arthur Conan Doyle, les Jules Verne. Je lisais en vérité beaucoup de romans adultes que j’empruntais à mon frère aîné : des romans d’Arthur C. Clark, de Philippe K. Dick, de Théodore Sturgeon… Le véritable choc a été la découverte de l’œuvre de Stephen King que j’ai entamé en lisant Cujo.

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

J’ai toujours eu le goût de l’imaginaire : inventer des histoires me passionnait. Je me sentais mieux dans mes rêveries que dans le monde réel. J’ai découvert la lecture avec Tintin. Mon premier album était Tintin et les picaros que j’ai reçu en cadeau de ma tante alors que je ne savais pas encore lire. C’est ma mère qui me le racontait. La BD ne m’a jamais quitté. J’en suis toujours un grand fan, en particulier des Comics. J’ai toujours écrit, en réalité : nouvelles, scénarii. Mais mon premier roman je l’ai rédigé durant la grossesse de mon épouse. Une sorte de « couvade », je pense. J’ai aussi donné vie à un bébé, mais tout droit sorti de mon imagination.

Chez quel(s) auteur(s) jeunesse actuel(s) vous retrouvez-vous le plus ?

Mon modèle en jeunesse est incontestablement Christophe Lambert qui est aussi un ami. J’admire sa capacité à construire des récits parfaitement structurés et j’apprécie les thèmes qu’il aborde.  Dans des registres, proches ou très différents, j’aime aussi le travail de Johan Heliot, de Loïc Leborgne, d’Ahmed Kalouaz ou de Patrick Ness. Mais, il y a beaucoup d’auteurs talentueux. Ce que je cherche dans un roman, adulte ou jeunesse, c’est qu’il m’emmène ailleurs. Après la destination vous convient plus ou moins. J’ai une préférence pour ce qu’on appelle les lectures de l’imaginaire : SF, Fantasy, fantastique, mais, en tant que prof d’Histoire, je suis aussi très friand de romans historiques.

Lorsque vous rencontrez vos lecteurs dans des classes ou sur des salons, quelles sont les réflexions les plus courantes à propos de vos livres ?

On me demande les raisons qui m’ont poussé à parler de telle période ou de tels thèmes. D’où viennent les idées ? Souvent, on me parle des scènes les plus dures du récit. Certains passages les effraient et les fascinent aussi, parce qu’ils sentent que c’est le reflet d’une réalité. Le début de Dans les Griffes du Klan en est un bon exemple.

 

Dans Kroko et Les griffes du Klan, vous n’hésitez pas à malmener vos personnages (voire plus) au cours de scènes assez violentes, quitte à « secouer » quelque peu vos jeunes lecteurs. Trouvez-vous que les œuvres de littérature jeunesse destinées aux 9-12 ans sont trop lisses et trop consensuelles ?

On me dit souvent que mes romans sont un peu effrayants. Il est vrai qu’ils comportent des scènes parfois un peu difficiles. Mais c’est toujours au service du récit. Je ne veux pas édulcorer un contexte sous prétexte que je m’adresse à de jeunes lecteurs. Ce serait les prendre pour des imbéciles. Je ne dis pas que les romans jeunesse sont trop lisses, mais parfois on risque de desservir son propos en prenant des tonnes de précautions. Généralement, je ne me pose pas la question. Si une scène semble nécessaire à l’histoire, je l’écris. Je préfèrerai toujours un Dracula à un Twilight où on croise je-ne-sais combien de vampires sans que coule jamais une goutte de sang. Selon ce précepte, je n’allais donc pas faire de mon Kroko un végétarien.

 

Avec Krine, vous vous lancez selon vos propres termes dans une série « fantastico-historico-streampunk » se déroulant dans le Londres de l’époque victorienne. D’où vous est venue cette idée ?

L’idée m’est tout d’abord venue de mon admiration pour l’œuvre de Conan Doyle. J’avais envie de « mon » Sherlock Holmes et j’avais aussi l’ambition de rendre hommage à la littérature fantastique du XIXe siècle et au cinéma qui s’en est inspiré. Ma passion de l’histoire m’a fait me documenter très sérieusement sur l’époque victorienne et je n’ai plus eu ensuite qu’à mettre des grains de sable « fantastiques » dans l’engrenage, avec les Grouillants, les autocabs et tout le reste. L’époque se prêtait également tout particulièrement au steampunk avec une sorte d’esthétique gothique que j’affectionne.

 

Quelle sera votre actualité en 2011 ?

Le tome 2 de Krine devrait sortir vers la fin septembre. Il mettra en scène une nouvelle intrigue tout en poursuivant et en approfondissant la relation père-fils de Krine et de Matthew. Un récit fantasy verra également le jour chez Oskar Jeunesse (je ne connais pas encore le mois de sortie prévu). Le roman devrait s’intituler Il était une fois dans l’Hüld. Encore un clin d’œil à un classique du 7e art.

Le blog Stéphane Tamaillon

Notre avis sur Kroko.