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Interview de Claire FERCAK

Si sa Louga a des cheveux aussi noirs que ceux d’Alice sont blonds, Claire Fercak aime penser que toutes les petites filles ont le pouvoir de glisser dans un pays des merveilles. En ce qui la concerne, Claire a trouvé son propre tour de magie : côtoyer des philosophes morts, partir à La Chasse au Snark, appeler tous ses chats Edgard, suivre un groupe de rock (Tarantula Box Set, Éditions le mot et le reste). Et surtout, ne pas rebrousser chemin devant le premier Rideau de verre (Éditions Verticales) venu.
Les Chants magnétiques viennent d’être publiés aux éditions Léo Scheer. (Présentation extraite du site de l'éditeur).
 
« Le conte permet d’introduire la magie, le rêve, mais c’est important qu’il ne soit pas coupé d’une histoire humaine. »
 
Une poupée vivante et un homme-arbre qui parle… une maison dessinée dans laquelle on peut entrer et vivre, c’est original. Quelle a été votre source d’inspiration ?
Ce livre est l’adaptation d’une fiction radiophonique écrite pour France Culture, Conte noir de la poupée.  Thomas Baumgartner de l’émission les Passagers de la nuit m’avait envoyé un mail pour me commander une fiction : 2 voix, 4 épisodes de 5 minutes. Le thème était totalement libre. Quand j’ai reçu son mail, j’étais à Chicago, je logeais dans un manoir à une demi-heure de la ville.  Ma chambre donnait sur le lac Michigan, un lac comme un océan bordé par une forêt. Il y a là-bas une lumière exceptionnelle que je n’ai jamais vue ailleurs. Elle semble venir de l’autre côté du lac, mais cet autre côté, on ne le voit pas. L’idée est venue de là. J’avais envie d’aller de l’autre côté du lac, la fiction s’est emparée de cette idée. Que fait-on quand on est seul, comme abandonné, près d’un lac ? Ça ne devient vraiment intéressant pour moi que si quelque chose nous empêche de faire le tour, d’atteindre l’autre rive, nous empêche de rentrer chez nous. Être piégé dans un corps de poupée par exemple. Imaginer que l’on est piégé, contraint dans l’écriture, c’est se pousser à trouver des voix, des chemins pour en sortir. C’est ainsi que Louga est née. La contrainte imposait une seconde voix, je n’avais pas envie d’une seconde voix féminine qui aurait été comme une conscience de la poupée.  Je voulais que la poupée soit confrontée à un étranger, qu’il y ait une découverte. D’où ce personnage, William, qui erre et découvre Louga. On ne sait pas bien qui il est, mais il a l’air perdu lui aussi. Chacun cherche un abri, une maison à soi, et c’est la poupée qui va créer cette maison. Je suis donc partie de cette fiction pour écrire Louga et la maison imaginaire. Mais la narration l’a investie, les images, la poésie ont gommé le dialogue plus sec de la fiction radio, l’histoire a évolué, les personnages aussi.
Quelle est l’origine du prénom Louga ?
Louga est une ville russe dans un roman de Dostoïevski. C’est en discutant avec une amie que ce nom m’a semblé parfait pour la poupée de porcelaine de mon histoire.
Votre roman parle d’abandon, de blessure et de solitude. Est-il plus simple d’aborder ces sujets sous l’angle d’un récit empreint de merveilleux plutôt que sous une forme réaliste ?
Ce sont des thèmes que j’ai déjà abordés dans mon premier roman, qui était beaucoup plus réaliste. Je pense, en effet, qu’il est plus simple de les aborder sous l’angle du merveilleux, de l’imaginaire pour les lecteurs que sont les enfants. Je ressens une grande liberté, créée par cette part de l’imaginaire, dans l’écriture pour enfants. Il s’agit plutôt de partir des images et non des idées.
Louga est un texte est à la fois poétique et onirique pas forcément évident à interpréter pour les enfants. Avez-vous déjà recueilli des témoignages ou des interrogations de vos jeunes lecteurs ?
J’ai recueilli plusieurs témoignages de jeunes lecteurs. Ils n’ont pas eu l’air désorienté par le côté métaphorique de l’histoire. J’ai l’impression que même si quelque chose échappe aux enfants, cela ne les éloigne pas de la lecture.  Au contraire, je pense que c’est préférable de leur ouvrir de nouvelles perspectives même s’ils ne peuvent pas s’en emparer au premier abord. Le conte permet d’introduire la magie, le rêve, mais c’est important qu’il ne soit pas coupé d’une histoire humaine.
Aurez-vous de nouveaux titres publiés au cours de l’année 2011 ?
Pas au cours de l’année 2011. Je viens de terminer l’écriture de la suite de Louga, qui paraîtra, je pense, au printemps 2012. C’est l’arrivée de Louga et William de l’autre côté du lac, leur découverte de ce nouveau monde merveilleux, l’apparition de nouveaux personnages et compagnons de route !

Louga et la maison imaginaire

« Le placard était peuplé de fantômes. Dans ce placard, on déposait les soucis. Les parents méchants, les sœurs qu’on n’aimait pas. Les coups, les cris, la tristesse. La ceinture qui claquait sur les fesses et la solitude aussi. »

Louga a une peau de porcelaine et des cheveux en nylon noirs. Assise au bord du lac, elle dessine une maison avec une craie. Louga est une poupée. La petite fille à qui elle appartenait l’a perdue dans la forêt et depuis Louga a décidé « de ne plus appartenir à personne, de créer la maison de ses rêves, une maison volante, à bord de laquelle elle pourrait visiter le monde. » Avec le bruit de sa craie, elle réveille William, l’homme-arbre. Tous les deux décident de se soigner mutuellement. Louga est blessée au genou et William a mal lorsque les racines de ses bras poussent. Ils investissent ensemble la maison imaginaire. Mais le vent et la pluie se lèvent et la tempête emporte tout.
Entre rêve et fable, ce récit nous conduit directement dans le monde de l’enfance où les poupées sont vivantes et les arbres parlent. La force de la rencontre et d’un monde où l’on peut rêver sa vie et tout mettre en œuvre pour la vivre. Le style très imagé et poétique (cf., par exemple : « Louga… Louga… » William répétait ce prénom dans sa tête, ça cognait jusque dans ses ramifications), nous plonge de même dans ce monde de sensations. C’est très beau, simple et profond à la fois.
 
Louga et la maison imaginaire, de Claire Fercak (ill. Adrien Albert), L’école des loisirs, 2011.
48 pages. 8 €. Dès 8 ans.