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Chats T4 : Chats touille

Pour ceux qui ne connaissent pas la série, on aurait gagné à proposer le tableau de chaque chat dans une pose en rapport avec la dominante de son caractère en compagnie de sa maîtresse, le tout suivi de leurs deux noms et de leur race. Il est en effet un peu difficile de rentrer dans ce tome 4 en étant bombardé dans une succession de gags traités en une page dont les personnages principaux varient constamment.

La première planche nous conte l’aventure de Polux dont le résultat du manège autour du poisson rouge ne va pas enchanter sa maîtresse. On est là dans du très classique pour le lecteur adulte mais il ne faut pas oublier que cet album vise un jeune lectorat. La deuxième histoire nous évoque Pamplemousse surnommé  affectueusement "Pampan" qui fait profiter de ses miaulements tout un quartier. Un gag sort ensuite de l’ordinaire puisqu’il est bâti sur l’envie de Manon (qui doit avoir quatre-cinq ans) d’aller à l’école en habit costumé de chat. On poursuit avec à l’école un exposé sur les chats par le grand frère de Manon auprès d’une institutrice mégère au look d’une grand-mère. L’apport scientifique se révélant réellement inexistant, on enchaîne sur quelques caractéristiques propres à certaines races de chat (le singapura et l’angora), et on apprend au passage le nom de deux autres chats de cette fiction : Bouboule et Imnopet. À la page 8 on nous informe qu’en fait l’essentiel de l’action est à situer dans cet album sur l’île de Noirmoutier (le scénariste y a vécu une partie de son enfance). Nous découvrirons ensuite Mistigri en chasseur de perruque sur les plages du lieu. Les gags se succèdent en faisant intervenir ponctuellement des animaux comme un hérisson ou l’oncle souris qui renvoie à un peu dans sa fonction à l’oncle Paul du "Spirou" des Trente Glorieuses (1945-1974).

On voit aisément que le lecteur n’est pas  ici guetté par le risque de monotonie mais il ne sera malheureusement pas non plus assailli par les éclats de rire tant les gags sont dans l'ensemble assez médiocres. De ce tome on retiendra avant tout les pages 44 à 45 où est présenté l’alphabet des chats. Un poster reprenant ce contenu est d’ailleurs proposé avec l’album.

Chats T4 : Chats touille de Brrémaud et Antista. Hugo BD, 2012.
  
48 pages. 10, 45 euros.  À partir de 7 ans.
 
 


 

 

Le pionnier du nouveau monde

1657. Jacques a 14 ans. Il quitte avec sa famille le petit village du Perche qui l’a vu naître et embarque pour la Nouvelle-France. Il découvre une existence et un environnement rude où les hivers sont parfois interminables. Suite à une déception amoureuse, Jacques abandonne les siens et part avec un trappeur au cœur des grandes forêts canadiennes pour faire commerce de fourrures avec les indiens. L’aventure avec un grand A dans une nature sauvage et souvent hostile…

Un hommage à Jack London et aux romans d’aventure d’une redoutable efficacité. Cet hymne aux grands espaces nord-américains fait la part belle à l’amitié et à la communauté indienne aux dépens des colons venus d’Europe. Un vrai plaisir de suivre les pérégrinations de Jacques au fil des ans et des saisons. La faim, la violence, mais aussi de grands moments de joie auront jalonné une existence passée au grand air. Une belle surprise !
 
Le pionnier du nouveau monde de Michel Piquemal. Milan, 2012.
152 pages. 5,90 euros. A partir de 10 ans.
 

 

Espions de famille T1 : Bons baisers de papy

Difficile pour Alex de croire que son grand-père Amédée a été dans sa jeunesse un agent spécial de l’organisation ultra-secrète baptisée « Les anges de Charlie ». Après tout, il ne serait pas le premier enfant à avoir un papy mythomane. Mais lorsque toute la famille du jeune garçon disparaît, il doit se rendre à l’évidence : c’est un coup de l’infâme colonel Mordicus, un savant fou que « Les anges de Charlie » avaient mis sous les verrous il y a de nombreuses années. Pour récupérer les siens, Alex va devoir se lancer dans une trépidante course poursuite, avec l’aide de Papy et de la belle Leila… 

Une histoire très pêchue, pleine d’action et de rebondissements. On se croirait parfois dans un épisode des Totally Spies mais après tout ce n’est pas forcément une mauvaise chose… L’humour est au rendez-vous et les dialogues font souvent preuve d’une belle répartie.

Voila donc un album frais et divertissant, à réserver aux jeunes lecteurs amateurs d’aventures à la James Bond (toutes proportions gardées).

Espions de famille T1 : Bons baisers de papy de Thierry Gaudin et Romain Ronzeau.
BD Kids, 2012. 50 pages. 9,95 euros. A partir de 9 ans.

 

 

 

 


 

 

Mauvais garçon

Un homme né en 1943 est le narrateur interne de ce récit, il est le grand-père de celui à qui il raconte l’histoire de sa vie. L’ouvrage débute par la description de ce que pouvait être un élève en échec scolaire, lorsqu’on l’appelait encore cancre. Toutefois sa professeure de musique arrive à capter son attention après l’avoir initié au tambour. L’usage qu’il en fait n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui décrit dans le film germano-franco-polonais "Le Tambour" de Volker Schlöndorff, adapté du roman éponyme de Günter Grass paru en 1959. 

Progressivement, après avoir été renvoyé de plusieurs écoles, le « mauvais garçon » tombe dans la petite délinquance et il est envoyé dans une maison de redressement. C’est dans les alentours qu’il rencontre M. Alfie qui demande à ce qu’il vienne travailler avec lui auprès de ses chevaux. Il lui donne en particulier la mission d’amadouer un cheval qui a vraisemblablement subi des violences de la part de ses anciens propriétaires. Finalement il s’engage dans la cavalerie de sa majesté et, retrouvant là le cheval dont il avait fait l’éducation, c’est sur son dos, en jouant du tambour, qu’il défile lors d’une parade.

Les lecteurs habituels de Michael Morpurgo adhéreront tout de suite à ce récit et pour ceux qui ne connaissent pas les livres de cet auteur, voilà une très belle porte d’entrée dans son univers, surtout si l'on est un garçon.


Mauvais garçon de Michael Morpurgo (ill. Michael Foreman).
Gallimard jeunesses, 2012. 144 pages. 8, 50 euros. À partir de 9 ans.

 

 

 

L’ogre odieux

Cet ogre est le plus odieux, le plus grand, le plus laid, le plus violent, le plus cruel… de tous les ogres. Mais personne ne peut réellement en témoigner… Mais il est aussi le plus heureux des ogres puisqu’il est invincible. Il s’ennuie, cependant, et devient prétentieux, voire capricieux. La vie est bien trop facile pour un ogre à qui rien ne résiste. Mais un beau jour, alors qu’il prend la direction d’un village où il a prévu de se régaler, il aperçoit une petite maison qu’il n’a jamais vue. Là, personne ne le connaît et il arrive très en colère de l’effort que lui a coûté ce détour.Touché par la beauté de la demeure, lui d’ordinaire si indifférent à ce genre de détail est étonné de trouver une jeune fille en train de jardiner. La proie est trop facile à capturer, il va bien falloir jouer son rôle d’ogre et se fâcher un peu.

Mais la demoiselle n’a pas peur. Elle s’excuse même de ne pas l’avoir entendu approcher. Stupéfait, l’horrible bête reste sans réaction, alors que la mignonne le félicite au sujet de sa jolie voix, l’invite à prendre une tasse de thé, fait la liste des ses vilains défauts et lui donne quelques conseils de bonne conduite. La réputation de l’ogre est en jeu ! Il en pleurniche de rage. Lorsqu’elle lui offre des muffins tout chauds, c’en est trop. Il tente encore une fois de lui faire peur. Mais le spectacle lui vaut une salve d’applaudissements. L’ogre ne peut que s’enfuir, honteux, désespéré et mourir réellement de honte. « Le plus vulnérable n’est pas toujours celui qu’on croit ».

Le graphisme quelque peu torturé met en évidence l’incrédulité de l’ogre face à la gentillesse dont fait preuve cette jeune fille qu’il rencontre par hasard. Le trait devient hésitant et moins appuyé dès qu’il l’aperçoit. Image et texte résonnent donc dans cet album où l’ogre n’est pas terrassé par une horde de villageois en colère mais par une douce demoiselle. Peu commun donc.


L’ogre odieux de Norton Juster et Jules Feiffer. Pastel, L’école des loisirs, 2012.
30 pages. 14 euros. A partir de 6-7 ans.

 

 

 

Plus précieux que l’or suivi d’À l’ombre du Roi-Soleil

Hernano, sur sa caravelle, a découvert ceux qu’il considère comme déjà peu habillés, bref pour lui des sauvages. Il va bientôt mettre ces derniers sous sa coupe dans le but de rechercher en priorité de l’or. Toutefois une tempête va retourner la situation de domination que les Espagnols ont installée sur cette île des Caraïbes.

Le second récit se déroule un siècle et demi plus tard en partie à la cour de Versailles où le marquis de la Foulche espère voir le roi. Cette ambition d’être remarqué par Louis XIV lui vaut d’être victime d’une mauvaise plaisanterie qui lui donne l’occasion de rencontrer Lully. Une bonne première approche de la domestication de la noblesse française réalisée par le Roi-Soleil.

Chaque sujet, les Grandes découvertes et Versailles sous Louis XIV, se voient proposer deux pages documentaires.


Plus précieux que l’or suivi d’ À l’ombre du Roi-Soleil de Jean-Louis Jouanneaud et Florent Vincent.
SEDRAP, 2011. 48 pages. 7 euros. À partir de 8 ans.

 

 

 

La Case de l’oncle Tom

La case de l'oncle Tom de Jean-Pierre Kerloc'h et Aude Samama permet aux jeunes de huit à onze ans d’aborder un grand classique de la littérature de jeunesse et la question de l’histoire de l’esclavage qui lui est liée. Nous suivons pour l’essentiel le parcours tragique de Tom, surnommé “Oncle Tom “ par la fille de son propriétaire. Au moment où commence le récit, celui-ci est vendu pour honorer une dette du riche planteur qui le possède en compagnie d’Henry fils d’Elisa (un jeune garçon). Toutefois Elisa s’enfuit avec Henry vers le Canada.

L’action démarre en 1850 et se termine en 1852 peu de temps avant que n’éclate la Guerre de Sécession, mais il n’est pas fait allusion à celle-ci dans l’ouvrage. Par contre on sait que cette histoire publié en feuilleton en 1852 (puis en livre) aida à sensibiliser un certain nombre  d’Américains à la situation des Noirs au sud des États-Unis. L’illustration occupe une très large place. Des pages entières ou presque entières lui sont consacrées dans des aspects qui peuvent rappeler des peintures de la fin du XIXe siècle.

La Case de l’oncle Tom de Jean-Pierre Kerloc’h et Aude Samama. P’titGlénat, 2012.
40 pages. 14, 50 euros. À partir de 9 ans.

L’Auberge des ânes

Dans la littérature occidentale on connaît très bien Les métamorphoses ou L’âne d’or où Lucius est transformé en âne suite à erreur dans une potion, toutefois le contenu de ce récit latin a plus eu de succès en adaptations de BD érotique (Pichard et Manara) qu’en album pour les jeunes, quoiqu’il existe quand même un roman de littérature de jeunesse édité par Dargaud en 1982 à destination de lecteurs d’une dizaine d’années intitulé L’âne d’or.
Si ce texte d’un auteur berbère date du IIe siècle après Jésus-Christ, le récit de L'Auberge des ânes a été écrit environ sept cent ans plus tard par Xue Yusi sous le titre, que personnellement nous rendons par La troisième jouvencelle de l'auberge du pont de bois. Au titre plus explicite le récit de  L'Auberge des ânes se déroule sous la dynastie des Tang, la période où il a été effectivement écrit.

Sansan (ce qui est le redoublement du mot "trois" en chinois) est la tenancière d'un établissement où l'on peut se rassasier et dormir, se révèle aux yeux du jeune héros Zhao comme une magicienne maléfique. Après avoir découvert un secret de cette personne, grâce à sa sobriété qui l'a tenue en éveil, le personnage principal échappe à une transformation en âne. Ne manquant pas d'audace, il décide de prendre la troisième sœur à son propre piège. Devra-t-elle passer le restant de ses jours dans la peau d'un équidé ?

Une page documentaire sur le conte avance les diverses morales pouvant être tirées de ce récit : « il est défendu de chercher à nuire à autrui ; il ne faut pas ignorer pour autant les manœuvres malhonnêtes qui peuvent nous atteindre ». Sans être excessif, le volume de texte n’est pas négligeable pour un album. Il faut compter environ 90 mots par double-page, ce qui écarte l’a priori  toujours possible de lecture pour les petits. Ce préjugé est également partiellement levé par l’aspect de l'illustration qui adapte le style de dessin chinois à un graphisme occidental. Le côté enjôleur de la sorcière est très bien rendu. Les images permettent de s'interroger avec des élèves sur ce qu'on mange  traditionnellement le matin dans des pays différents et à découvrir d’autres céréales que le blé, puisqu’ici il est question de galettes de sarrasin.

L’Auberge des ânes d’Alexandre de Zouaghi, Chun-Liang Yeh et Clémence Pollet.
Hongfei, 2012. 40 pages. 15,20 euros. À partir de 7 ans.

La dragonne de minuit

Lorsque cette histoire commence, le roi Brunoît est sollicité par sa sœur Nour pour soulager son fils Angus, fiévreux. Féru de plantes médicinales, Brunoît concocte une potion et l’administre au malade. Mais celui-ci, au lieu d’aller mieux, voit son état empirer et meurt subitement. Accusé d’empoisonnement, le roi est déchu et banni. Surtout, sa sœur le prévient : si un jour il a un enfant, elle le tuera !

Des années plus tard, l’ex-roi vit dans une demeure reculée au fond des bois. Il a une fille, Mara, âgée de 13 ans, qu’il cache depuis sa naissance afin que sa sœur ne puisse découvrir son existence. Mara découvre un soir de pleine lune qu’elle possède un don exceptionnel propre aux femmes de sa famille : elle peut, la nuit venue, se transformer en dragonne. Commence alors pour elle une aventure riche de nombreuses péripéties…

Un petit roman de fantasy idéal pour les petits lecteurs désireux de découvrir le genre sans se lancer dans un pavé de 500 pages. Les chapitres sont extrêmement courts et donnent beaucoup de rythme à l'ensemble. Les aventures de Mara se dévorent littéralement sans temps morts et emmènent les enfants dans un monde merveilleux où le danger est présent à chaque instant. Une vraie lecture plaisir !

La dragonne de minuit d’Agnès Laroche. Rageot, 2012.
152 pages. 6,45 euros. A partir de 9 ans.