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Interview de Myriam Gallot

Myriam Gallot est une jeune trentenaire née à Saint-Étienne qui vit aujourd’hui à Lyon. Elle est l’auteure de deux livres pour adultes, On n’arrête pas le progrès (éditions D’un noir si bleu) et Les cœurs suspendus (éditions Noviny 44). L’heure des chats est son premier ouvrage  pour la jeunesse.  

 

« Je suis attentive aux mots que j'emploie, aux rythmes des phrases, des chapitres. Aux enchaînements. Aux non-dits aussi, car l'implicite est au moins aussi essentiel que ce qui est dit, même si le texte s’adresse à des enfants. »

 

Notre site  présente des ouvrages pour les enfants de 9 à 12 ans. Que lisiez-vous à cet âge-là ?

Bizarrement, je n'ai pas de souvenirs précis de mes lectures à cet âge. Je crois que l'offre en littérature jeunesse n'était pas du tout aussi étoffée ni aussi qualitative qu'aujourd'hui.

Le premier roman qui m'ait marqué s'appelait « Ben est amoureux d'Anna ». Je l'ai lu en CE2.

J'ai ensuite dévoré les ouvrages de la bibliothèque verte à tendance « détectives » : « Le club des cinq », les « Alice ».

  

En 5ème, je suis devenue une inconditionnelle des romans d'amour anglo-saxons pour adolescentes. J'ai lu tous ceux du CDI de mon collège.

Le côté « détective » et les sentiments, des ingrédients qu'on retrouve dans « L'heure des chats ». Comme quoi, il n'y a pas de hasard !

 

 

L’écriture, pour vous, c’est une envie qui remonte à l’enfance ?

A 10 ans, on m'a offert un journal intime qui fermait par cadenas. C'est à ce moment que j'ai commencé à écrire régulièrement, par besoin d'exprimer ce que je vivais. Je n'ai jamais arrêté longtemps, depuis. Journal intime et lettres surtout, à l'adolescence.

 

Comment est venue l’idée du roman L’heure des chats ?

J'ai d'abord « entendu » la voix d'Élise, la narratrice, et j'ai commencé à écrire en la faisant parler. Les autres personnages sont apparus à travers elle. Je n'avais aucune idée de l'histoire que j'allais raconter. D'ailleurs, ce que j'ai écrit en premier n'est pas le début du livre!

C'est assez souvent ainsi que j'écris, les mots viennent avant l'histoire. L'histoire découle intuitivement des mots, et non l'inverse. Je n'intellectualise pas au moment où j'écris. Je suis souvent surprise par ce qui apparaît. La réflexion vient après.

 

Avez-vous essuyé plusieurs refus avant de voir votre manuscrit accepté ?

J'ai proposé mon manuscrit à une dizaine d'éditeurs simultanément, et Syros m'a contactée assez vite. Je m'attendais à ce que ce soit beaucoup plus difficile d'être publiée.

Pour « L'heure des chats », je craignais que les thèmes abordés gênent (l'avortement, le cannabis), et ne paraissent pas adaptés à l'âge des protagonistes (10 ans).

 

Est-ce que, comme votre héroïne Elise, vous vous êtes posé beaucoup de questions au moment du passage de l’école au collège ?

C'est à cet âge que j'ai réalisé ce que voulait dire « jamais plus », que j'ai pris conscience du temps qui passe. Je ne suis pas sûre que je me sois vraiment posé des questions, mais j'ai eu très peur soudain. Très peur de quitter l'enfance.

Élise raconte qu'elle passe devant son école et se dit qu'elle ne fera plus jamais le trajet pour y aller. J'ai eu cette impression, en fin de CM2, que quelque chose finissait, quelque chose qui avait été bien et que j'aurais aimé voir durer encore. Mais je n'avais pas le pouvoir d'arrêter le temps, ni de revenir en arrière.

Je me souviens très bien de cette impression, encore aujourd'hui.

 

Vous portez un regard à la fois tendre et assez triste sur la vieillesse. Êtes-vous particulièrement préoccupée par cette question ?

Par le temps qui passe, oui, ça ne s'est pas arrangé depuis!

Avec Angèle, Élise prend conscience de l'effet cruel du temps sur les êtres vivants.

Elle découvre aussi une certaine forme de liberté que s'est autorisée Angèle, qui appartenait pourtant à une génération où une telle liberté n'était pas évidente, pour une femme.

Angèle est isolée. Comme beaucoup de personnes âgées, elle s'est repliée sur les animaux. Elle a connu des blessures qui expliquent cette fin de vie un peu triste. Mais c'est une femme de caractère, qui a osé s'affirmer et être différente.

Pour moi, Angèle est un personnage positif, de plus en plus positif au fil du roman, quand Élise arrive à dépasser l'apparence effrayante de la très vieille dame, et les bruits qui  courent à son sujet.

Ma grand-mère, qui a plus ou moins l'âge d'Angèle, a aimé mon roman !

 

Aurez-vous de nouveaux titres publiés au cours de l’année 2011 ?

Je travaille sur un manuscrit adultes, qui devrait être prêt d'ici la fin de l'année, mais ne paraîtra pas avant 2012, le temps que je lui trouve un éditeur.

[j’ai déjà publié pour adultes « On n’arrête pas le progrès » chez D’un noir si bleu et « Les cœurs suspendus » chez Noviny44]

Il me faut beaucoup de temps pour écrire car je suis perfectionniste! Je reviens de nombreuses fois sur ce que j'ai écrit avant d'être satisfaite. Je suis attentive aux mots que j'emploie, aux rythmes des phrases, des chapitres. Aux enchaînements. Aux non-dits aussi, car l'implicite est au moins aussi essentiel que ce qui est dit, même si le texte s’adresse à des enfants. Cet implicite permet à chaque lecteur de s’approprier l’histoire. Je reprends, je remanie. Je laisse tomber mon texte, puis j'y reviens, avec un regard neuf. Bien sûr, je fais en sorte que tout ce travail n'y paraisse plus, une fois le livre publié, et que la lecture en soit fluide.

J'ai aussi un autre roman jeunesse en tête, j'ai pris des notes mais n'ai pas commencé à le rédiger. Dès que j'ai terminé le manuscrit sur lequel je travaille, je m'y mets. J'ai pris un grand plaisir à écrire « L'heure des chats » et à me replonger en enfance. Mais le prochain roman jeunesse sera différent. Cela ne m’intéresse pas de recommencer dans le même style. J’aime bien changer, sinon je m’ennuie !


Notre avis sur l’heure des chats :

http://crdp.ac-amiens.fr/cddpoise/blog_petits_lecteurs/?p=906