|
Quand les parents de Jules ne regardent pas la télé en buvant de la bière, ils jouent au jeu vidéo la cigarette au bec. Ces deux activités constituent leurs passe-temps préférés, sauf lorsque Léo, le petit dernier de cinq mois, pleure à n’en plus finir et trouble leur bien être. Quand ce genre de chose arrive, ils envoient Manon, la grande de sœur de Jules, pour calmer bébé. Mais quand vraiment rien n’y fait, la solution est plus radicale : papa se lève du canapé en grognant, ouvre la porte de l’appartement et dépose le nourrisson sur le palier en lui disant : « Toi, tu rentreras quand t’auras fini de hurler ». Et si une voisine prévient qu’elle va appeler les services sociaux, maman la menace de mort.
Pour Jules, la vie n’est évidemment pas tendre. Lorsqu’en rentrant du collège il voit un hérisson écrasé sur la route, il se demande bien pourquoi personne n’apprend aux jeunes hérissons à traverser. Faisant le parallèle avec son petit frère, Jules se promet d’apprendre à Léo tout ce qu’il sait pour que jamais il ne soit laissé à lui-même.
Quarante-cinq pages pour un gros quart d’heure de lecture. Il ne vous en faudra pas plus pour être touché par cette histoire qui, loin d’être caricaturale, résonne avec une infinie justesse. Mathis ne donne pas dans le pathos. Il ne fait que braquer sa caméra sur l’existence du petit Jules et de ses inqualifiables parents sans porter le moindre jugement.
Le roman se termine sur une image saisissante de simplicité : sans doute la définition la plus pure de ce qu’est la fraternité. La fin a d’ailleurs l’intelligence de n’apporter aucune solution concrète pour Jules, Manon et Léo. On se doute que l’apaisement n’est que temporaire et l’on referme ce tout petit livre le cœur serré en se disant qu’il ne faut parfois pas grand-chose pour être bouleversé.
Le bébé et le hérisson, de Mathis, Thierry Magnier, 2008.
48 pages. 5 euros. Dès 9 ans.
|