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Nassim et Nassima

Rencontre avec avec Ingrid Thobois au collège Jacques Prévert de Chambly (Oise) dans le cadre du prix des jeunes lecteurs de l'Oise 2010/2011.

A Kaboul, un petit groupe d’enfants vivote au jour le jour. Issus pour la plupart de familles nombreuses, ils passent leurs journées à effectuer des corvées pour aider leurs parents. Il y a Jawad, Yalda, Wais, Nasser, Hunar, Muhammad, Tarek, Hoosa, Hangama, Karim, Nasrin, Najib et surtout Nassim et Nassima. Ces deux là ne sont pas frère et sœur mais une amitié indéfectible les lie. Agés de sept ans, ils ont grandi ensemble et rien ne semble pouvoir les séparer. Pourtant, le jour où Nassim rentre à l’école, Nassima, qui ne peut le suivre puisque selon son père l’école n’est pas pour les filles, a l’impression de perdre à jamais son meilleur ami…

Nassim et Nassima sont des enfants (presque) comme les autres. Ingrid Thobois ne nie pas le poids de la tradition, mais elle offre à ces gamins un avenir possible. Est-ce utopique ? Qui sait ? La description de la vie quotidienne sonne juste. Les mots « taliban », « burka » ou « attentat » sont présents. Mais on parle aussi d’éducation, de famille et d’amitié. Le texte ne bascule à aucun moment dans le pathos ou l’optimisme béat.

Ce petit roman est un texte positif. Bien sûr, on peut le taxer d’angélisme. Les figures de l’instituteur et des parents de Nassima semblent trop idylliques pour être vraies. Mais après tout, pourquoi pas ? Ce pays est tellement stigmatisé que lui donner des habitants éloignés de toute forme d’obscurantisme est un choix courageux, n’en déplaise aux esprits chagrins qui pensent que tous les afghans sont des fondamentalistes sans cervelle. L’auteur a vécu sur place, son point de vue est sans doute plus pertinent que celui des « grands penseurs » qui délivrent des jugements définitifs devant leur télévision.

Voila donc un roman jeunesse intelligent, très facile à lire, avec un vocabulaire simple, beaucoup d’illustrations pleine page et un découpage en courts chapitres qui ne laisse jamais le temps à l’ennui de s’installer. Une bien belle découverte.

 

Nassim et Nassima, d’Ingrid Thobois (illustrations de Judith Gueyfier), Rue du Monde, 2009.
110 pages. 10,50 euros.
A partir de 9 ans.

 

Le royaume de Kensuké

Michael revient, près de dix plus tard, sur l'épisode le plus marquant de sa vie : sa rencontre avec Kensuké sur une île au milieu du Pacifique.

Alors qu'ils sont licenciés de leur usine, les parents de Michael, 12 ans, décident avec leurs primes d'acheter un bateau, le « Peggy Sue ». Ils veulent partir faire le tour du monde. Commence alors pour le jeune garçon, un voyage extraordinaire entre terre et mer. Il découvre le Brésil, l'Afrique du sud, l'Australie. Mais un soir, alors qu'il est à la barre, un violent coup de vent se lève. Michael tombe à l'eau en voulant rattraper sa chienne Stella. Il se réveille sur une île sauvage et doit affronter un environnement hostile sans eau, ni nourriture. Il se rend rapidement compte qu'il n'est pas seul, une ombre semble veiller sur lui.

Michael Morpugo livre ici une Robinsonnade moderne et captivante. On suit avec entrain les aventures de Michael confronté à la solitude et aux difficultés pour survivre dans un milieu hostile. Les rapports d'abord difficiles entre l'adolescent et le vieil homme laissent place à une amitié profonde. Kensuké se transforme alors en précepteur et reflète la figure paternel qui manque tant à notre jeune héros. Il l'initie à l'art par des peintures à l'encre de poulpe et à la sauvegarde de son environnement (faune et flore du Pacifique) : naissance des tortues, protection des singes contre les chasseurs…Michael a lui aussi des choses à apprendre à son ainé : l'anglais, les évolutions du monde depuis son échouage sur l'île. Michael Morpugo ne laisse rien au hasard, chaque détail compte de l'histoire tragique de Kensuké pendant la seconde guerre mondiale (Nagasaki) au chômage pour les ouvriers anglais.

De plus, les aquarelles de François Place sont magnifiques et rendent des plus agréable la lecture de cette émouvante aventure.

Vous l'aurez compris « le royaume de Kenzuké » est un roman riche et envoutant aussi bien pour garçons que pour filles et sans limite d'âge. On croirait presque que l'auteur nous raconte un épisode réel de sa vie (même prénom). A recommander à tous les aventuriers.

 

Le royaume de Kensuké de Michael Morpurgo, Folio junior, 2010.
160 pages. 7,70 euros. A partir de 11 ans.
NB : Première édition en 2000.
 

 

L’ombre

Un matin devant la porte de son immeuble, Tom, 15 ans, croit voir un fantôme, celui d'une jeune fille. Se croyant victime d'hallucination due à la fatigue, il oublie. Mais l'ombre revient, le suit et semble vouloir lui parler. Le jeune garçon est terrorisé et même son meilleur ami Quentin n'est pas très enclin à croire à ses apparitions, surtout que seul Tom peut la voir.

Peu à peu, le jeune homme s'habitue à sa présence, elle devient familière, presque amicale. La découverte d'une vielle boîte à la cave va mettre Tom sur la piste de l'histoire de l'ombre, une douloureuse histoire en plein cœur de la seconde guerre mondiale.

Yaël Hassan propose un roman de forme originale : un discours à deux voix avec d'un côté Tom qui raconte sa rencontre avec l'ombre et son entêtement à reconstituer un passé que beaucoup voudrait taire (texte de Yaël Hassan) et de l'autre, l'ombre, cette jeune fille en quête de reconnaissance et pour qui Tom est le seul espoir (texte de Rachel Hausfater). Les deux protagonistes racontent tour à tour leur rencontre, leurs ressentis et les incompréhensions dues au manque de communication verbale. A noter que la mise en page et la graphie différente en fonction du narrateur permettent au lecteur de ne pas confondre Tom et l'ombre.

Entre roman fantastique et roman historique, les auteurs construisent une histoire bouleversante mais sans pathos. Elle permettra aux jeunes lecteurs de découvrir un pan de notre histoire guère flatteur à travers les yeux de Tom, un ado bien de notre époque.

L'ombre de Yaël Hassan et Rachel Hausfater, Nathan poche, 2010.
136 pages. 4,95 euros. A partir de 11 ans. (Première édition en 2005)

 

 

SOS WWF

Réglisse, la petite chienne de deux ans, s’est arrangée pour passer le week-end à la maison, pendant que Christine, la maman et les deux petits maîtres, Toni et Julia, sont partis chez l’oncle Robert. En effet, deux humains, un grand en salopette bleue et une toute petite bonne femme « ronde comme une andouille », sont venus visiter SA maison quand la famille était sortie. Réglisse se fait donc un devoir de garder la demeure. Et, pas manqué, les deux inconnus arrivent en fin de matinée. Ils commencent à s’installer et partent rechercher « les autres ». Gladys, la petite bonne femme, a parlé « d’eux quatre et des bêtes ». Réglisse, dépitée, rencontre Grobèbe, le matou des voisins. Elle lui fait part de ses soucis et Grobèbe lui propose son aide. Peu de temps après, le couple revient et des perroquets sont extraits de la voiture-épave. Il s’agit de Kiki et de Koko. Mais qui sont donc les autres animaux annoncés ? Jojo, le grand en salopette et Gladys sont sur le point de les décharger…

Lorsqu’une petite chienne intelligente et un horrible chat roux s’unissent contre l’adversaire. C’est ainsi que nous suivons Réglisse et Grobèbe dans une affaire qui va les confronter à des trafiquants d’animaux protégés. Jean-Louis Jouanneaud, nous donne à dévorer un récit palpitant, dont le narrateur n’est autre que la petite chienne. Elle nous fait part, en outre, de sa vision et de son appréhension du monde des humains et de ses difficiles relations avec les autres animaux (le chat et les perroquets). Autre point important, l’humour est omniprésent et joue notamment sur l’opposition « naturelle » de la chienne et du chat obligés de coopérer pour mettre fin aux agissements des deux affreux jojos.

L’ensemble sonne juste et nous rentrons avec délice dans l’univers de ces deux nouveaux amis. L’intrigue, elle, est suffisamment élaborée pour « accrocher » le jeune lecteur.

SOS WWF, Jean-Louis Jouanneaud, ill. de Guillaume Trannoy, OSKAR jeunesse, 2008.
120 pages. 7,95 €. De 8 à 88 ans.

 

PS : Réglisse et son voisin Grobèbe ont connu une seconde aventure intitulée SOS trafic chats où, comme le titre l'indique,  les deux compères ont dû affronter des trafiquants de peaux de chats.


 

 

Le mystère Primrose

Hip, jeune collégien de 12 ans vit dans un hôtel et déménage régulièrement pour suivre ses parents chanteurs d'opéra. En plus d'être nouveau dans ce collège de Lille, il a un autre défaut, une maladie qui l'a rendu chauve. Personne ne lui adresse la parole sauf Sophia dont il tombe rapidement amoureux. La solitude pèse au jeune homme qui se réfugie dans la musique pour oublier regards et moqueries.

La découverte d'un portefeuille et de son étrange propriétaire, Madame Delange, vieille dame de 90 ans et la rencontre d'un mystérieux écrivain, Primrose, qu'il étudie en classe, vont bouleverser la vie du jeune garçon. Mais son imagination débordante ne va-t-elle pas lui jouer des tours ?

Hip, préado différent, raconte avec des mots simples ses difficultés d'intégration et ses problèmes de cœur. Le manque de compréhension entre Sophia et lui est flagrant, les attitudes, les paroles sont mal interprétées et se transforment en torture pour Hip. La découverte de l'amour devient un parcours du combattant où les jeunes lecteurs s'y retrouveront très certainement.

Hervé Mestron aborde également un sujet sensible dans notre société moderne: la maltraitance des personnes âgées. Madame Delange, vielle dame qui perd la tête, est touchante et on comprend la compassion de l'ado qui décide malgré les obstacles de la sortir de sa détresse.

Le mystère Primrose est un roman pertinent, réaliste et agréable à lire. Bien entendu, Hervé Mestron reste fidèle à son thème de prédilection : on retrouve tout au long du livre des références musicales et en particulier l'opéra de Puccini la Tosca.

 

Le mystère Primrose d'Hervé Mestron, Rouerge, 2010.
138 pages. 8 euros. Dès 10 ans.

 

L’heure du renard

Isa est rousse. Isa n’a qu’un seul ami : ce renard, rencontré par un sombre après-midi d’automne, et qu’elle a soigné alors que sa patte avait été arrachée, prise dans un piège. Isa intrigue. Elle ne sait pas lire, à peine écrire, mais la maîtresse fait souvent appel à elle pour les sorties dans les bois et ses camarades de classe l’admirent depuis qu’elle a guéri le pied cassé d’Achille et sauvé l’oiseau tombé du nid. Ils l’appellent « Roussotte » et pensent qu’elle est une sorcière comme sa mère. Cette mère guérisseuse, que tous apprécient pour son don, mais qui vit dans son monde à elle.

Isa connaît les étoiles, les plantes, les arbres, peut dire qu’il va neiger dans la seconde qui suit… Elle sait fabriquer des onguents, comprend et sait parler aux animaux. Tous les jours, elle a rendez-vous avec son ami le renard, juste avant le coucher du soleil. Ils se blottissent l’un contre l’autre. Elle lui confie ses secrets. Il l’écoute et souvent, une larme perle au bord de ses paupières. Mais Isa se demande où est son père…

Ce récit, à la lisière du fantastique et du conte, nous fait vivre avec Isa, une quête, celle du père, au travers de l’animal, cristallisant les désirs et les besoins de l’enfant : la tendresse, la complicité, la joie d’être ensemble tout simplement. Nous partageons ici cet émerveillement de l’impossible rencontre, qui finalement, après une série de péripéties, a lieu.

L’heure du renard, Marie-Claude Bérot, Flammarion, 2010.
62 pages. 4,20 €. Dès 10 ans.

 

Pitié pas cette fille !

Arthur est obligé d’accueillir, Jenny, une correspondante anglaise. En plus de sa petite sœur de 10 ans, apprenti chanteuse, il va devoir supporter une fille qui ne parle pas un traitre mot de français et qui bien entendu ne connait rien au foot. Pour Arthur, c’est le début du cauchemar. Il va être la risée de tout le collège. Heureusement son ami Victor lui propose un plan pour perdre « cette fille »  sur le chemin de l’école…

Sylvaine Jaoui aborde à travers les yeux d’Arthur et avec tendresse et beaucoup d’humour les relations garçons/filles si complexes au début de l’adolescence. Le style très frais et assurément dans l’air du temps permet au lecteur de rapidement s’identifier au héros (on retrouve tout ce qui fait le quotidien des jeunes ados : télé réalité, coupe du monde de foot mais aussi une description fort réaliste de la vie au collège  …). Les situations, les personnages sonnent vrais. On passe un bon moment en compagnie d’Arthur et de Jenny. Même si pour les plus grands la fin peut sembler un peu trop simple (tout est bien qui finit bien), gageons que les petits lecteurs eux, vont l’aimer.

 

Pitié pas cette fille ! de Sylvaine Jaoui, Rageot, 2010.
128 pages. 5,90 euros. A partir de 9 ans.
(Première édition en 2003)

 

La fantastique équipée de Tom Morgan

En ce premier jour d’été, c’est la fête au royaume de Torr. Comme chaque année, le roi présente au peuple l’Antique Racine, une crosse de bois fossile qui, lorsqu’elle est frappée par les rayons solaires ce jour-là, annonce que les mois à venir se passeront sans dommage pour le royaume. Mais la cérémonie ne se déroule pas vraiment comme prévue suite à l’apparition du magicien Fruchtuk qui s’empare de la racine et disparaît sans laisser le temps à quiconque d’intervenir. Le roi décide alors d’envoyer ses plus valeureux chevaliers aux Collines des Brumes, une chaîne volcanique au cœur de laquelle se cache Fruchtuk.
 Tom Morgan est le page du chevalier Brynmor. Après avoir sellé Duk et Papyrus, leurs chevaux ailés, Tom et son maître partent à la recherche de l’Antique Racine. Le voyage leur réservera bien des surprises…

Voila un très court roman de Fantasy sans prétention. Les habitués du genre seront forcément déçus par le manque de densité de l’intrigue. Par contre, pour les petits lecteurs qui se découragent devant des pavés de 500 pages, ce titre peut constituer une bonne entrée en matière pour découvrir les histoires de dragons, d’elfes et de sorciers.

La fantastique équipée de Tom Morgan, d’Anne-sophie Sylvestre, Éveil & découvertes, 2009.
90 pages. 8,90 euros. A partir de 8 ans.

 

Le crime de la pierre levée

Juin 1101. Bruna est obligée de quitter ses montagnes natales et son grand-père pour suivre sa marraine, Annette, au château de Roquemaure. Elle doit travailler dans les cuisines du sieur Bernard. Mais à peine arrivée, Bruna découvre qu'elle remplace une jeune fille retrouvée morte trois jours plus tôt à la lisière des bois de la pierre levée, à moitié dévorée par les loups. Les canidés sont accusés du meurtre mais d'autres crimes toujours à la pleine lune et d'étranges rumeurs sur les pouvoirs magiques de la pierre levée vont amener Bruna à chercher le véritable coupable au péril de sa vie.

Catherine Cuenca, spécialiste des romans historiques ayant pour cadre la première guerre mondiale se lance dans une nouvelle époque : le moyen âge aux lendemains de la première croisade. Au delà de l'intrigue policière, l'auteur nous décrit parfaitement l'importance de la religion au quotidien, la persistance des croyances païennes, la vie et les mœurs de la population. Deux bémols toutefois : il manque un petit lexique à la fin du roman pour les nombreux termes religieux spécifiques et surtout, l'enquête policière, trame pourtant essentielle, peine à se mettre en place, l'héroïne ne semblant pas être très préoccuper par la situation. Le petit lecteur pourrait être rapidement découragé, dommage.

Le crime de la pierre levée, de Catherine Cuenca, Flammarion jeunesse, 2010.
130 pages. 5,50 euros. A partir de 10 ans.

 

Ma première nuit à la belle étoile

En cette chaude soirée d’été, Cléo et son cousin ont l’autorisation de passer la nuit à la belle étoile. Armés d’une couverture, d’une lampe de poche, d’une gourde et d’un bocal de cornichons, les enfants s’installent au fond du jardin, près du potager. Cléo n’a pas l’air tranquille, elle semble avoir peur de quelque chose. Au fil de la discussion qui s’engage, le garçon se rend compte que la jeune fille est terrorisée, non pas par le fait de dormir dehors, mais plutôt à l’idée de passer la nuit dans son lit. Pour tirer au clair ce mystère, son cousin décide d’aller voir lui-même ce qui cloche dans la chambre de Cléo.

Un roman subtil qui aborde la classique peur du noir par le biais d’une discussion quasi-psychanalytique entre deux enfants. Le texte n’est pas pompeux ou ennuyeux pour autant. Le ton est juste, empreint de finesse, même si les propos tenus par Cléo et son cousin peuvent parfois sembler trop profonds et matures pour des enfants de leur âge.

Quoi qu’il en soit, ce très court roman à dévorer d’une traite constitue un excellent moment de lecture dont il serait dommage de se priver.

Ma première nuit à la belle étoile, d’Alex Cousseau, Editions du Rouergue, 2010.
52 pages. 5,50 euros. A partir de 9 ans.