Tag-Archive for » rouergue «

Qui a tué Michka ?

Pour Nora, la vie est devenue difficile depuis le déménagement. La famille a quitté un appartement pour une belle maison mais cela ne l’a pas réjouie pour autant, loin de là. La jeune fille regrette son ancien foyer, ses voisins d’origines différentes et ses copines qui habitaient dans l’immeuble. De plus, Nora est persuadée que l’arrivée dans la maison a coïncidé avec le fait que sa mère ne l’aime plus. Avant, elle était son cœur, son bonbon au miel, sa poupée, son trognon d’amour, etc. « Maintenant, plus rien. Enfin si. Je suis Nora, un point c’est tout. » Et pour finir, le plus important à ses yeux, c’est que sa peluche Michka a disparu. Quand elle a ouvert les cartons pour installer ses affaires dans sa nouvelle chambre, plus de Michka ! Une vraie catastrophe car ce nounours était son confident le plus intime, celui qui gardait tous ses secrets…

Irène Cohen-Janca analyse avec finesse la difficulté des relations mère-fille. Elle a de plus l’intelligence de partager les torts entre chacune, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Un petit roman intimiste, rédigé à la première personne et très agréable à lire. Une belle réussite en somme !


Qui a tué Michka ? d’Irène Cohen-Janca. Rouergue, 2012.
62 pages. 6,60 euros. Dès 9 ans.

 

Ma grand-mère chante le blues

La grand-mère du narrateur a, dans sa jeunesse, connu la guerre. Elle a vu, un matin d’été, les américains tomber du ciel par centaines. Parmi eux, il y avait Budy Slim, un soldat noir armé de sa guitare. Avec lui, elle a découvert le blues, une musique triste et joyeuse à la fois, inventée par les esclaves. Quand Budy Slim est reparti en Amérique après la libération, « il a laissé un grand vide dans le cœur de ma grand-mère et un grand plein dans son ventre. » Lorsqu’elle a appris la mort de Budy Slim après des émeutes raciales à Chicago, grand-mère s’est mise à jouer du blues. C’est comme cela que sa carrière internationale a commencé…

Un album aux magnifiques illustrations oscillant sans cesse entre poésie et douce nostalgie. A travers ce portrait de grand-mère moderne, les auteurs parlent d’amour, de musique mais aussi des illusions qui ne se perdent pas forcément avec l’âge. Touchant et superbement construit, Ma grand-mère chante le blues est à lire en famille.
 
Ma grand-mère chante le blues, de Simon Martin et Bertrand Dubois.
Éditions du Rouergue, 2011. 36 pages. 15 €. Dès 8 ans.
 
 
 

 

Quand j’étais déesse

 

A quatre ans, Rashmila est devenue une Kumari, une déesse vivante du Népal. Elle possédait les trente-deux signes de la beauté parfaite : des yeux noirs bleutés, une langue petite et sensible, les membres d’une biche, les cils de la vache, des dents blanches, etc. Dans son palais, elle est restée immobile chaque jour regardant droit devant elle d’un air hautain, dur, détaché de tout. Interdiction de rire ou de montrer la moindre émotion. Et surtout, interdiction de saigner. Un matin, on a trouvé quelques gouttes de sang sur son poignet. Les prêtres, effarés, ont dû appliquer la règle : quand une Kumari saigne, son règne prend fin.

Aujourd’hui âgée de douze ans, chassée de son trône, Rashmilla est retournée chez elle après avoir passé huit ans loin des siens. Traumatisée par la perte de son statut de déesse, étrangère dans une maison où elle n’a pas grandie, la petite fille reste dans un premier temps cloitrée dans sa chambre, refusant de rencontrer ceux qui viennent lui rendre visite.

Peu à peu, pourtant, la cicatrice va se refermer et Rashmilla va reprendre goût à la vie en arpentant les rues de Katmandou, libre.  

Irène Cohen-Janca propose une immersion dans une culture et des traditions souvent inconnues des occidentaux. On découvre la vie au Népal, rythmée par les cérémonies et les fêtes religieuses.

Le texte est rédigé à la première personne et les chapitres, très courts, donnent beaucoup de rythme au récit. Rashmilla est touchante car l’évocation de son passé et de ses interrogations sur l’avenir sonne juste. Un joli petit roman, original et enrichissant.  

Quand j’étais déesse, d’Irène Cohen-Janca, Rouergue, 2011.
95 pages
. 7 euros. Dès 10 ans.

 

Petit meurtre et menthe à l’eau

Les vacances de Philibert s’annoncent catastrophiques. Quinze jours au mois d’août avec son père et sa belle mère à Saint-Blédos-le-Pied-Joli. Au programme, levé à l’aube, randonnée, escalade ou encore dégustation de fruits secs et poussiéreux après avoir crapahuté pendant des heures en montagne. Le bonheur quoi ! Sans compter l’appartement qui est en fait un studio minuscule où la promiscuité rend la vie commune difficilement supportable.

En voyant une petite annonce à l’épicerie du coin, le jeune garçon pense pourtant avoir trouvé LA solution pour passer des vacances tranquilles : une femme du village offre 20 euros par jour pour que l’on vienne s’occuper de son chat pendant son séjour au Maroc. Après un entretien d’embauche sommaire et surtout après avoir réussi à convaincre son père qu’il est capable de faire ce travail, Philibert rencontre pour la première fois Poupoune, un gros matou qui va devenir la source de terribles ennuis. 

Cécile Chartre applique dans ce roman la même recette que celle du très réussi Joyeux ornithorynque : un texte à la première personne mettant en scène un préado qui n’a pas sa langue dans sa poche, des chapitres courts et percutants, un ton faussement léger dont l’humour noir n’est pas absent et toujours cette oscillation entre des moments franchement drôles et d’autres beaucoup plus graves.

Au final, ce Petit meurtre et menthe à l’eau se déguste d’une traite avec un rare plaisir. Sauf peut-être pour les amoureux des chats, mais c’est une autre histoire…

 


Petit meurtre et menthe à l’eau, de Cécile Chartre, édition Rouergue, 2011.
75 pages. 6,50 euros. A partir de 10 ans
.

 

Un indien dans mon jardin

Mia pense que son père « a un boulon qui se promène quelque part dans la cervelle ». Imaginez plutôt : il a installé un tipi dans le jardin, s’est mis des plumes sur la tête et il affirme qu’il restera sous sa tente de fortune tant qu’il n’aura pas reçu, de la terre ou du ciel, un message fondamental pour sa vie actuelle. Même sa psychologue de femme n’arrive plus à le suivre. Seule Tatie Ronchon, cette vieille tante que l’on va chercher chaque dimanche à la maison de retraite, semble détenir la clé du mystère…

Encore un texte court de la collection Dacodac qui aborde avec humour le thème des parents un peu « décalés » que leurs enfants ont du mal à comprendre. La construction d’Un indien dans mon jardin ressemble beaucoup à celle de Joyeux ornithorynque publié dans cette même collection : récit à la première personne d’une collégienne, ton humoristique et enchaînement de situations cocasses avant une conclusion un petit peu plus « sérieuse ».

Au final, ce tout petit roman se lit d’une traite et avec un réel plaisir. Que demander de plus ?


Un indien dans mon jardin, d’Agnès de Lestrade, Rouergue, 2010.
58 pages. 6 euros. Dès 9 ans.

 

Ma première nuit à la belle étoile

En cette chaude soirée d’été, Cléo et son cousin ont l’autorisation de passer la nuit à la belle étoile. Armés d’une couverture, d’une lampe de poche, d’une gourde et d’un bocal de cornichons, les enfants s’installent au fond du jardin, près du potager. Cléo n’a pas l’air tranquille, elle semble avoir peur de quelque chose. Au fil de la discussion qui s’engage, le garçon se rend compte que la jeune fille est terrorisée, non pas par le fait de dormir dehors, mais plutôt à l’idée de passer la nuit dans son lit. Pour tirer au clair ce mystère, son cousin décide d’aller voir lui-même ce qui cloche dans la chambre de Cléo.

Un roman subtil qui aborde la classique peur du noir par le biais d’une discussion quasi-psychanalytique entre deux enfants. Le texte n’est pas pompeux ou ennuyeux pour autant. Le ton est juste, empreint de finesse, même si les propos tenus par Cléo et son cousin peuvent parfois sembler trop profonds et matures pour des enfants de leur âge.

Quoi qu’il en soit, ce très court roman à dévorer d’une traite constitue un excellent moment de lecture dont il serait dommage de se priver.

Ma première nuit à la belle étoile, d’Alex Cousseau, Editions du Rouergue, 2010.
52 pages. 5,50 euros. A partir de 9 ans.