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Interview de Stéphane Tamaillon

Stéphane Tamaillon est né en 1970. Après avoir étudié les Beaux-Arts il a suivi des études d’histoire pour devenir professeur.

La littérature pour la jeunesse lui permet de conjuguer son goût pour les récits mystérieux et sa passion pour l’Histoire en plus de son métier d’enseignant.

 

« Je ne veux pas édulcorer un contexte sous prétexte que je m’adresse à de jeunes lecteurs. Ce serait les prendre pour des imbéciles. »

 

 Le site Lire pour le plaisir présente des ouvrages pour les enfants de 9 à 12 ans. Que lisiez-vous à cet âge-là ? 

Comme beaucoup de ceux de ma génération, je lisais des romans de la Bibliothèque verte. J’étais un assidu des Conquérants de l’impossible, une série de SF de Philippe Ebly qui mettait en scène les aventures de jeunes garçons, dont un chevalier rescapé du Moyen-âge, ramené à la vie après avoir été durant plusieurs siècles prisonnier des eaux d’un lac. J’adorais.

C’est vers 11 ou 12 ans que j’ai également découvert le Sherlock Holmes d’Arthur Conan Doyle, les Jules Verne. Je lisais en vérité beaucoup de romans adultes que j’empruntais à mon frère aîné : des romans d’Arthur C. Clark, de Philippe K. Dick, de Théodore Sturgeon… Le véritable choc a été la découverte de l’œuvre de Stephen King que j’ai entamé en lisant Cujo.

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

J’ai toujours eu le goût de l’imaginaire : inventer des histoires me passionnait. Je me sentais mieux dans mes rêveries que dans le monde réel. J’ai découvert la lecture avec Tintin. Mon premier album était Tintin et les picaros que j’ai reçu en cadeau de ma tante alors que je ne savais pas encore lire. C’est ma mère qui me le racontait. La BD ne m’a jamais quitté. J’en suis toujours un grand fan, en particulier des Comics. J’ai toujours écrit, en réalité : nouvelles, scénarii. Mais mon premier roman je l’ai rédigé durant la grossesse de mon épouse. Une sorte de « couvade », je pense. J’ai aussi donné vie à un bébé, mais tout droit sorti de mon imagination.

Chez quel(s) auteur(s) jeunesse actuel(s) vous retrouvez-vous le plus ?

Mon modèle en jeunesse est incontestablement Christophe Lambert qui est aussi un ami. J’admire sa capacité à construire des récits parfaitement structurés et j’apprécie les thèmes qu’il aborde.  Dans des registres, proches ou très différents, j’aime aussi le travail de Johan Heliot, de Loïc Leborgne, d’Ahmed Kalouaz ou de Patrick Ness. Mais, il y a beaucoup d’auteurs talentueux. Ce que je cherche dans un roman, adulte ou jeunesse, c’est qu’il m’emmène ailleurs. Après la destination vous convient plus ou moins. J’ai une préférence pour ce qu’on appelle les lectures de l’imaginaire : SF, Fantasy, fantastique, mais, en tant que prof d’Histoire, je suis aussi très friand de romans historiques.

Lorsque vous rencontrez vos lecteurs dans des classes ou sur des salons, quelles sont les réflexions les plus courantes à propos de vos livres ?

On me demande les raisons qui m’ont poussé à parler de telle période ou de tels thèmes. D’où viennent les idées ? Souvent, on me parle des scènes les plus dures du récit. Certains passages les effraient et les fascinent aussi, parce qu’ils sentent que c’est le reflet d’une réalité. Le début de Dans les Griffes du Klan en est un bon exemple.

 

Dans Kroko et Les griffes du Klan, vous n’hésitez pas à malmener vos personnages (voire plus) au cours de scènes assez violentes, quitte à « secouer » quelque peu vos jeunes lecteurs. Trouvez-vous que les œuvres de littérature jeunesse destinées aux 9-12 ans sont trop lisses et trop consensuelles ?

On me dit souvent que mes romans sont un peu effrayants. Il est vrai qu’ils comportent des scènes parfois un peu difficiles. Mais c’est toujours au service du récit. Je ne veux pas édulcorer un contexte sous prétexte que je m’adresse à de jeunes lecteurs. Ce serait les prendre pour des imbéciles. Je ne dis pas que les romans jeunesse sont trop lisses, mais parfois on risque de desservir son propos en prenant des tonnes de précautions. Généralement, je ne me pose pas la question. Si une scène semble nécessaire à l’histoire, je l’écris. Je préfèrerai toujours un Dracula à un Twilight où on croise je-ne-sais combien de vampires sans que coule jamais une goutte de sang. Selon ce précepte, je n’allais donc pas faire de mon Kroko un végétarien.

 

Avec Krine, vous vous lancez selon vos propres termes dans une série « fantastico-historico-streampunk » se déroulant dans le Londres de l’époque victorienne. D’où vous est venue cette idée ?

L’idée m’est tout d’abord venue de mon admiration pour l’œuvre de Conan Doyle. J’avais envie de « mon » Sherlock Holmes et j’avais aussi l’ambition de rendre hommage à la littérature fantastique du XIXe siècle et au cinéma qui s’en est inspiré. Ma passion de l’histoire m’a fait me documenter très sérieusement sur l’époque victorienne et je n’ai plus eu ensuite qu’à mettre des grains de sable « fantastiques » dans l’engrenage, avec les Grouillants, les autocabs et tout le reste. L’époque se prêtait également tout particulièrement au steampunk avec une sorte d’esthétique gothique que j’affectionne.

 

Quelle sera votre actualité en 2011 ?

Le tome 2 de Krine devrait sortir vers la fin septembre. Il mettra en scène une nouvelle intrigue tout en poursuivant et en approfondissant la relation père-fils de Krine et de Matthew. Un récit fantasy verra également le jour chez Oskar Jeunesse (je ne connais pas encore le mois de sortie prévu). Le roman devrait s’intituler Il était une fois dans l’Hüld. Encore un clin d’œil à un classique du 7e art.

Le blog Stéphane Tamaillon

Notre avis sur Kroko.

Wiggins et la ligne chocolat

1889, Londres. Wiggins, modeste vendeur de journaux, rêve de devenir détective comme son idole Sherlock Holmes (rencontré dans un épisode précédent). Mais en ce dimanche de novembre, ce n'est pas un riche client qui se présente à son appartement mais sa propre mère. Aide-cuisinière auprès du comte et de la comtesse de Brazenducke, elle est accusée d'avoir voler des objets de valeur à ses patrons. Wiggins, ne supportant pas cette injustice, décide de démasquer le véritable voleur. Ses soupçons se portent rapidement sur Marjorie, la fille du comte qui a de drôles de fréquentations. Une filature, une réunion secrète, des plans, d'étranges échanges de paquets, que cache Marjorie? Pourquoi accuse-t-elle sa mère ? L'apprenti détective n'est pas au bout de ses surprises. L'affaire semble plus complexe qu'un simple vol.

Wiggins n'est pas sorti de l'imagination de Béatrice Nicodème mais celle de Conan Doyle. En effet, il apparaît brièvement dans différentes histoires de Sherlock Holmes. La romancière en a fait le personnage principal d'une série d'enquêtes policières dans le Londres de la fin du XIXe siècle. Le célèbre détective de Baker Street fait une apparition remarquée dans chacune des aventures du petit vendeur de journaux.

On plonge facilement dans l'univers de Wiggins au cœur de Whitechapel. Les difficiles conditions de vie de ce quartier pauvre de Londres (misère, faim, froid) sont très bien décrites sans surcharger le récit policier. Wiggins, garçon courageux et enthousiaste, nous embarque sans temps mort et malgré lui dans cette histoire de complot politique. Un petit roman parfait pour découvrir le genre policier et s'immerger dans l'univers de Conan Doyle et de son célèbre détective.

Wiggins et la ligne chocolat de Béatrice Nicodème, Syros, 2010.
86 pages. 4,95 euros. A partir de 10 ans. (Première édition en 1995).