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Le goût de la tomate

Dans le monde de Marius et de son fils Clovis, le gazon synthétique a remplacé la pelouse naturelle et le ciment a recouvert l’ensemble des potagers. Les autorités imposent aux citoyens d’aller chercher fruits et légumes dans des centres commerciaux où les prix sont imposés et la population n’a plus le droit de cultiver quoi que ce soit à la maison. Décidés à braver l’interdiction, père et fils se lancent dans la culture clandestine de tomates. Après avoir récupéré graines et terreau au marché noir, Marius et Clovis passent de longues semaines à surveiller leurs semis…   

Un tout petit texte d’anticipation qui fait froid dans le dos. Difficile d’imaginer qu’un jour les multinationales de l’agroalimentaire puissent imposer leurs diktats avec l’aval d’un gouvernement. Malgré tout, on est en droit de se poser la question.

Au final, Clovis et son père parviendront à mener leur tâche à bien. Un acte de résistance qui sonne comme une lueur d’espoir et qui, quelque part, garde une portée universelle en tous points salutaire.

 

Le goût de la tomate, de Christophe Léon, Thierry Magnier, 2011.
44 pages. 5 euros. Dès 9 ans.

 

 

Presque Ado

La fin de semaine arrive, et la vie de Raphaëlle va changer. C’est à la boulangerie où elle se rend tous les matins qu’elle reçoit son premier choc. La boulangère n’est pas là et sa tenue de garçon manqué – elle pille chaque matin le placard de son père – induit « la remplaçante » en erreur… Nue devant son père qui entre dans sa chambre sans frapper, elle reçoit son deuxième choc : celui d’un commentaire paternel empli de fierté : « Tu commences à devenir une petite femme ». Un Alien, pense-t-elle, « la seule de son espèce [...] à neuf ans et trois mois »… Mais, de choc en choc,  à la fin de la journée, Raphaëlle a enfin apprivoisé ce nouveau corps qui change, certes, mais pas si vite, finalement.


Petit ouvrage, de lecture aisée et rapide qui illustre le moment où la petite fille devient une jeune fille. Ce livre sera certainement d’un grand secours à ces petites femmes en devenir. Complicité entre mère et fille, regard paternel, terrain de sport, questions d’ado, ce livre aborde avec humour la plupart des interrogations qui traversent l’esprit des petites filles grandies trop vite. Et puis aussi, il existe des solutions… Un peu comme si la complexité de l’adolescence pouvait être résumée à une journée où tout le monde est là pour aider au passage.


Presque ado de Charlotte Moundlic.

Thierry Magnier, 2011. Collection : Petite poche.

41 pages. 5 Euros. A partir de 8 ans et pour tous les autres.

Les invités

C’est un pays où la vie s’écoule paisiblement. Un pays où l'on aime recevoir. C’est pour cela que quand ils ont frappé à la porte ce matin-là, les étrangers ont été accueillis chaleureusement. Quand ils ont voulu rester pour dormir, on s’est serré pour leur faire de la place. Quand leur séjour s’est prolongé et qu’ils ont proposé d’enseigner leur langue pour faciliter la communication, personne n’a trouvé cela choquant. Quand ils ont amené leurs graines et ont demandé au villageois de s’occuper des champs, ils ont promis que les récoltes seraient exceptionnelles. Alors tout le monde s’est mis au travail, sauf eux. C’est quand les stocks de céréales ont disparu que la situation a dégénéré. Les villageois qui ont osé demander des explications ont été frappés. Alors, après celui de l’hospitalité, est venu le temps de la révolte…
  
Charlotte Moundlic offre une lumineuse parabole dénonçant les ravages de la colonisation. En mettant à nu le basculement progressif de l’attitude des « invités », elle souligne avec beaucoup de finesse la subtilité de l’intrusion qui, sous couvert de paix, d’amitié et d’échange, n’a d’autres buts que l’exploitation du peuple « accueillant ».

Quarante-cinq pages pour un gros quart d’heure de lecture. La concision du propos n’a d’égale que sa limpidité. Un texte à lire et à faire lire qui ne peut que susciter débat et réflexion. Indispensable !

 

Les invités, de Charlotte Moundlic, Thierry Magnier, 2011.
48 pages. 5 euros. Dès 8 ans.
 

 

La poubelle des larmes

Myriam termine son année de CM2 avec le moral dans les chaussettes. Entre le divorce de ses parents, le passage au collège qu’elle s’imagine cauchemardesque et le déménagement de son meilleur ami Ulysse, aucune perspective joyeuse à l’horizon ! Seules éclaircies dans ce sombre tableau, sa passion pour la lecture et la tenue de son journal intime, une « poubelle des larmes » dans laquelle elle peut déverser ses états d’âme et sa rancœur.

Et pourtant, au fil des mois, les bonnes surprises s’accumulent : la rentrée s’est très bien passée et le CDI du collège est un lieu magique, son père a retrouvé le moral depuis qu’il a une nouvelle fiancée et son écrivain préféré lui a écrit une lettre d’une incroyable gentillesse…

Fidèle à ses habitudes, Elisabeth Brami conjugue tendresse et humanité pour proposer un texte à la fois subtil et empreint d’optimisme. Décidément, voila une auteure qui excelle dans le registre des écrits intimes. Après l’épistolaire avec, entre autres, Chère Madame ma grand-mère, elle aborde cette fois le récit de vie à travers le prisme du journal. Une réussite de plus dans la longue bibliographie de cette romancière qui aime, comme elle le dit si bien, laisser ses personnages chuchoter à l’oreille de ses lecteurs.

A noter que cet ouvrage est le premier d’une nouvelle collection intitulée Le feuilleton des Incos et dont le but est de proposer aux enfants de 10-12 ans de pénétrer dans les coulisses de la création d’une histoire.
Plus d’informations sur le site des incorruptibles : http://www.lesincos.com/accueil-actualite.html?act_id=28

La poubelle des larmes, d’Elisabeth Brami, éditions Thierry Magnier, 2011.
94 pages. 4.95euros. Dès 9 ans.

 

Lettres à plumes et à poils

Un renard écrit à une maman poule car il souhaite épouser sa fille qu’il trouve « à croquer ». Une fourmi se plaint auprès de sa reine des cadences infernales et de la routine de son existence : elle avoue ne rêver que de farniente et d’oisiveté. Un escargot, tombé fou amoureux d’une limace aperçue dans un catalogue de graines, lui envoie des lettres enflammées. Un cochon d’inde s’adresse à un membre de l’Académie des lettres parce qu’il souhaite changer de nom. Un corbeau dénonce aux poulets les comportements répréhensibles de ses voisins avec une mauvaise foi à toute épreuve.

Cinq correspondances, cinq histoires animalières à l’humour ravageur. Des missives au ton joyeux où pointent tour à tour l’ironie, la naïveté, l’audace, la tendresse ou la colère, bref tout ce qui fait le charme des échanges épistolaires.

Originales, furieusement drôles et respectant un certain classicisme formel, ces lettres à plumes et à poils constituent à l’évidence une excellente entrée en matière dans un genre littéraire souvent méconnu des jeunes lecteurs. Bref, un véritable coup de cœur pour ce recueil à découvrir d’urgence.

 

Lettres à plumes et à poils, de Philippe Lechermeier (ill. Delphine Perret), éditions Thierry Magnier, 2011.
170 pages. 9,80 euros. A partir de 8-9 ans.

 

Extrait :


 

 

Le grand Joseph

Beyrouth, 1973. Joumana se souvient. Elle avait presque 10 ans ce matin-là. Sa grand-mère Téta Soraya lui avait demandé de la rejoindre dans sa maison de la rue Georges-Zaïdan pour l’aider à préparer le repas d’anniversaire de son oncle Bachir. Joumana se rappelle de cette Mamy, fumeuse invétérée, qui passait son temps à se plaindre de tout et de rien mais possédait au fond un cœur gros comme ça. Et que dire de Geddo Joseph, ce grand-père débonnaire mesurant plus de deux mètres. Une sorte de vieux géant qui ne pouvait presque plus marcher mais qui gardait pour sa petite fille une infinie tendresse. Une enfance heureuse dans ce Liban où il faisait bon vivre.

Mais à peine deux ans plus tard, la guerre a éclaté et Joumana a dû fuir le pays avec ses parents. Elle s’est retrouvée dans un collège français près de Versailles et là, le choc fut rude. Ne comprenant pas, au départ, le mode de vie à l’occidental de ses camarades, la jeune fille va peu à peu s’intégrer, quitte à oublier d’où elle vient.
   
Un récit touchant sur la perte d’identité et l’importance des racines. Une écriture magnifique à la première personne qui va droit au cœur. Comme quoi, la littérature de jeunesse n’a parfois rien à envier à la littérature tout court.

Le grand Joseph, de Kochka, éditions Thierry Magnier, 2010.
110 pages. 8,50 euros. Dès 10 ans.

 

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Voleuse !

Le stylo à plume de Sophia a disparu. Le coupable ne peut être que Patricia, vu que son père est en prison pour vol. Et comme chacun sait, les chiens ne font pas des chats. La seule solution pour écarter les soupçons sur Patricia, c’est que le stylo revienne.

Franck Prévot, grâce à une banale histoire de vol en classe, propose un récit sur la présomption d’innocence. Patricia nous fait vivre sa lutte contre les aprioris et les préjugés. Elle nous livre ses sentiments envers ce père en prison, ses doutes face à la justice, sa colère contre les autres qui soient la dénigrent, soit la prennent en pitié.

Encore un récit coup de poing, comme sait si bien en proposer cette collection « petite poche » des éditions Thierry Magnier.

Voleuse de Franck Prévot, Editions Thierry Magnier, 2010.
46 pages. 5 euros.
A partir de 9 ans.