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Interview de Yaël Hassan – Rue Stendhal

Yaël Hassan est née en 1952 à Paris. Elle a passé son enfance en Belgique, son adolescence en France et sa vie de jeune adulte en Israël. Elle revient en France en 1984 avec son mari et ses enfants. Victime d’un accident de voiture, elle doit mettre fin à sa carrière dans le tourisme. Elle rédige alors son premier roman : Un grand-père tombé du ciel (prix du Roman jeunesse 1996 du Ministère de la Jeunesse et des sports et Grand Prix du Jeune Lecteur de la PEEP, Prix Sorcières 1998). Depuis, elle a publié plus de quarante ouvrages.

 « Lire c’est du temps volé au temps, du temps entre parenthèse, hors tout ».

 

1-Que lisiez-vous entre 9 et 13 ans ?

Tout ce qui me tombait sous la main. Il y avait très peu de littérature dite pour la Jeunesse, alors je lisais ce qui existait : La Comtesse de Ségur, Le Club des Cinq, Heidi, Sans famille… Mais aussi des auteurs pour adultes : Les sœurs Brontë, Daphné du Maurier…  Et Le journal d’Anne Frank

2-Vous inscrivez l’intrigue de « Rue Stendhal » dans le cimetière du Père-Lachaise, aviez-vous, avant d’écrire votre ouvrage, un lien particulier avec cet endroit ? Lequel ?

Pas de lien particulier si ce n’est le fait que j’ai habité juste à côté pendant cinq ans et que j’adorais aller m’y balader.

3-L’écrivain que les enfants rencontrent à la fin du roman, c’est vous bien sûr. Avez-vous assidûment fréquenté le Père Lachaise pour écrire votre œuvre ?

 

Oui, j’y suis allée pratiquement tous les jours durant tout un été.

 

4-Avez-vous sélectionné les auteurs avant de construire votre parcours dans le cimetière ou bien est-ce l’inverse ?

 

L’inverse, j’ai sélectionné les auteurs dont je voulais parler et ai construit le parcours après.

 

5- « Rue Stendhal » s’ouvre sur un vide : l’absence du meilleur ami de votre héros. Le rôle d’un écrivain est-t-il, selon vous, grâce à ses ouvrages, de combler un manque chez son lecteur ?

L’écrivain n’a d’autre rôle, selon moi, que de donner du plaisir à ses lecteurs.

 6-La vie de l’immeuble où Esteban habite avec sa mère est particulièrement bien décrite, cela fait-il référence à votre propre enfance ?

 

Pas du tout ! Mais j’aurais adoré.


7-Le narrateur dialogue très souvent avec le lecteur dans votre ouvrage. Pourquoi ?

 

Euh….. Pourquoi pas ?


8- Pourquoi avoir choisi « Poil de carotte » de Jules Renard, au début de votre roman, pour faire entrer vos héros dans le monde des livres ?

 

C’est venu du choix de mon personnage Estéban qui est roux. L’association avec Poil de Carotte était donc évidente. 

 

9-Alors que monsieur Faure raconte « Poil de carotte » aux enfants, le temps disparaît. Est-ce ainsi que vous considérez le temps passé à lire : du temps hors du temps en quelque sorte ?

 

Lire c’est du temps volé au temps, du temps entre parenthèse, hors tout

 

10-Souhaitez-vous adresser à vos jeunes lecteurs un message en leur montrant que les personnes âgées (monsieur Faure, les vieilles dames du père Lachaise, entre autres…) peuvent leur offrir plus que ce qu’ils n’imaginent, même et surtout lorsqu’elles sont un peu étranges ?

 

Je n’écris pas pour délivrer des messages. Surtout pas, dirais-je ! J’écris pour partager mes émotions.


11-A plusieurs occasions, vous arrêtez la narration pour permettre à l’un de vos personnages de raconter l’intrigue d’un roman. Comptez-vous sur ces moments pour éveiller la curiosité de vos jeunes lecteurs et leur donner envie de lire ces textes ?

 

Non, je ne pense pas à ce genre de choses quand j’écris. Je ne construis pas mes textes. J’écris comme ça vient.

 

12-La bibliothèque idéale de l’adolescent, si tant est qu’elle existe, pourrait-elle regrouper les textes auxquelles vous faites allusion dans votre ouvrage ?

 

Il n’y a pas de bibliothèque idéale. Je n’aime pas ce genre de diktats. Les temps et les goûts changent. Mais si toutefois ces auteurs et ces textes pouvaient titiller la curiosité de certains enfants j’en serais ravie.

 

13-Pensez-vous que les adolescents ne lisent plus assez d’auteurs dits classiques ?

 

 

Pas du tout. Je comprends que les ados d’aujourd’hui ne lisent plus de « classiques ». Moi-même je n’en aurais jamais lus si je ne les avais pas étudiés à l’école. Cela dit, je suis très heureuse de les avoir lus en classe car j’en ai adoré certains qui ont contribué pour une large part à mon amour de la littérature. Je pense qu’il serait bien de continuer à les étudier comme avant en classe car ils font partie de la culture générale.

 

 

14-Souhaiteriez-vous refaire avec des enfants le parcours d’Esteban et de ses amis ?

 

Oui, je pense que ce serait très sympa !

 

15-Que leur diriez-vous au sujet des tombes que vous avez choisi de citer dans votre roman et surtout des auteurs concernés ?

 

Rien de plus que ce que j’en dis dans le livre. Je ne suis pas une spécialiste, non plus, je les ai choisies en fonction de ce que j’avais lu et connaissais des auteurs. Pour tout ce qui est anecdotiques, il y a des passionnés sur place qui font ça merveilleusement bien.


16-Vos personnages fréquentent bien vite la bibliothèque, ils sont invités à entendre une lecture, ils empruntent des ouvrages, des CD… Est-ce encore un moyen d’indiquer à vos lecteurs comment entrer dans le monde des livres et de la lecture ?

 

 Non, pour moi c’est tellement naturel de pousser la porte d’une bibliothèque que je ne m’imagine même pas qu’il faille les pousser à y entrer.   


17-Au fil du livre, les enfants s’approprient la littérature en citant eux-mêmes les textes (des poèmes de Paul Eluard, par exemple) qu’ils ont appris à l’école. Quel message est votre message ici ?

 

Pas de message. Jamais de message. Chacun le prend comme il veut.


18-Vous rencontrez fréquemment vos lecteurs. Pourquoi ?

 

J’estime que c’est une part inhérente à mon métier. On ne peut pas écrire pour la jeunesse en restant enfermé dans un bureau. Les enfants que je rencontre sont ma « matière première ».


19- Vous avez écrit près de 40 livres. Comment trouvez-vous vos sources d’inspiration ?

 

Pour la trouver il faudrait que je la cherche. Or, ce n’est pas le cas. Ça vient tout seul. J’écoute, j’observe… Je n’ai aucune imagination. Je n’invente pas grand-chose. Je suis une éponge… Je m’imbibe et recrache…


20-Quelle est votre actualité littéraire ? 

 

Sacré Hugo, chez Casterman. Encore un livre sur la lecture !

Mon rêve d’Amérique, chez Gallimard, sortie 2013

Et plein de nouveaux projets en cours très différents les uns des autres.


 

Rue Stendhal de Yaël Hassan

Les vacances d’été s’annoncent mal… Théo, le meilleur ami d’Esteban déménage et celui-ci voit mal comment il va occuper les deux interminables mois de vacances qui se profilent à l’horizon. Monsieur Faure, l’un de ses voisins, lui propose alors de l’aider à ranger sa bibliothèque. C’est flanqué des trois enfants des nouveaux voisins : Bruno, Emilie et Rosalie, ainsi que d’Idris et Lola, tous deux résidents de l’immeuble de la rue Stendhal qu’Esteban se présente à la porte du vieux monsieur. Celui-ci découvre avec stupéfaction que les enfants ne connaissent pas le monde merveilleux des livres. Chaque jour, il va donc leur adresser une lettre qui les mènera d’abord au cimetière du Père Lachaise, puis à la bibliothèque, et chaque jour, ils découvriront les tombes de quelques écrivains  célèbres, mais aussi les êtres quelque peu farfelus qui hantent le cimetière. La dernière personne qu’ils rencontreront sera l’auteur même de « Rue Stendhal »…

Ce roman nous emmène dans les allées du Père Lachaise, dans les vies d’enfants des héros, dans les cœurs des visiteurs permanents du cimetière, mais aussi dans le dédale parfois obscur pour les jeunes lecteurs des ouvrages de nos grands auteurs : Alexandre Dumas, Alphonse Daudet, Paul Eluard, entre autres… C’est un régal de les découvrir grâce à « Rue Stendhal ». L’écriture de Yaël Hassan est alerte et vive et de rebondissement en rebondissement, le lecteur est emporté dans un monde qu’il aura bien vite envie de découvrir. A mettre absolument entre toutes les mains.

Rue Stendhal de Yaël Hassan. Casterman junior, 2011.
128 pages. 7,85 Euros. A partir de 10 ans.

L’ombre

Un matin devant la porte de son immeuble, Tom, 15 ans, croit voir un fantôme, celui d'une jeune fille. Se croyant victime d'hallucination due à la fatigue, il oublie. Mais l'ombre revient, le suit et semble vouloir lui parler. Le jeune garçon est terrorisé et même son meilleur ami Quentin n'est pas très enclin à croire à ses apparitions, surtout que seul Tom peut la voir.

Peu à peu, le jeune homme s'habitue à sa présence, elle devient familière, presque amicale. La découverte d'une vielle boîte à la cave va mettre Tom sur la piste de l'histoire de l'ombre, une douloureuse histoire en plein cœur de la seconde guerre mondiale.

Yaël Hassan propose un roman de forme originale : un discours à deux voix avec d'un côté Tom qui raconte sa rencontre avec l'ombre et son entêtement à reconstituer un passé que beaucoup voudrait taire (texte de Yaël Hassan) et de l'autre, l'ombre, cette jeune fille en quête de reconnaissance et pour qui Tom est le seul espoir (texte de Rachel Hausfater). Les deux protagonistes racontent tour à tour leur rencontre, leurs ressentis et les incompréhensions dues au manque de communication verbale. A noter que la mise en page et la graphie différente en fonction du narrateur permettent au lecteur de ne pas confondre Tom et l'ombre.

Entre roman fantastique et roman historique, les auteurs construisent une histoire bouleversante mais sans pathos. Elle permettra aux jeunes lecteurs de découvrir un pan de notre histoire guère flatteur à travers les yeux de Tom, un ado bien de notre époque.

L'ombre de Yaël Hassan et Rachel Hausfater, Nathan poche, 2010.
136 pages. 4,95 euros. A partir de 11 ans. (Première édition en 2005)

 

 

Albert le toubab

Albert vit seul avec son chat depuis le décès de sa femme Alicia, dans un pavillon non loin d’une cité peuplée selon lui de « petits crétins brûleurs de voitures ». Le vieil homme bourru accepte, en mémoire de son épouse, la présence de Zaïna. La jeune sénégalaise, par gratitude pour le travail d’alphabétisation accomplie par Alicia auprès des femmes de la cité, vient faire le ménage et les courses du plus râleur des retraités. Mais un jour, Zaïna perd connaissance dans la cuisine et est obligée d’être hospitalisée d’urgence. Albert fait alors la connaissance de Mémouna, sa fille, et est par la force des choses contraint de s’en occuper. Entre la fillette de neuf ans au caractère bien trempé et le vieux ronchon, les relations vont être plus qu’explosives. Albert va, au contact de Mémouna, revoir ses préjugés sur la cité et s’investir plus qu’il n’aurait pu l’imaginer auprès de la fillette.

Yaël Hassan donne une belle leçon de vie en abordant les relations intergénérationnelles sans ton moralisateur ni misérabilisme. Albert apprend, grâce à la joie de vivre de Mémouna, à s’ouvrir aux autres et accepte de remettre en cause ses aprioris sur la diversité culturelle et sa vision des cités et de leurs habitants. Le ton volontairement léger et emprunt d’humour permet d’aborder des sujets dits « sensibles » et surtout de donner de nombreuses pistes de réflexion sur l’immigration, l’intégration. Certes, en tant qu’adulte, on peut trouver ce texte trop  optimiste mais c’est un roman jeunesse s’adressant  à un public qui a encore en majorité, au moins pour cette tranche d’âge, une vision positive de la vie.

Quoi qu’il en soit, on referme ce court roman avec un large sourire et ça fait du bien.
 

Albert le toubab de Yaël Hassan, Casterman junior, 2008.
132 pages. 7,75 euros. A partir de 10 ans.