CDDP de l'Oise      
Concours National de la Résistance et de la Déportation

 

Retour achives 2007

 

 
Témoignages

 

L'aide aux persécutés
par Evelyne Sullerot, fille du Dr Hammel, chef de clinique à Saint-Jean-aux-Bois

 
"Saint-Jean-aux-Bois,
l'installation..."
 

 

 
"L'aide aux Juifs..."
 

 

 
" La médaille des Justes..."
 

 

En annexe

Evelyne Sullerot
tenant le portrait de son père,
le Dr Hammel.

 

Les « Justes des Nations »
reçoivent de Yad Vashem
un diplôme d'honneur
ainsi qu'une médaille
sur laquelle est gravée
cette phrase du Talmud :
«Quiconque sauve une vie
sauve l'univers tout entier».

 

Résumé
Evelyne Sullerot évoque la vie de son père, le Dr Hammel, pasteur et chef de clinique psychiatrique à Saint-Jean-aux-Bois, qui cacha, durant deux ans et demi, dix juifs adultes et une enfant originaires d’Europe de l’est mais aussi des parachutistes alliés pendant plusieurs semaines en 1944.

Contexte
Installée en 1931 dans le hameau de Malassise, à Saint-Jean-aux-Bois, la clinique psychiatrique du docteur Hammel devient à partir de 1942 un refuge pour quelques familles juives. Maire de sa commune, pasteur protestant et médecin, André Hammel utilise toutes les ressources liées à ses différentes fonctions pour cacher onze personnes pourchassées par les polices allemandes et de Vichy pour le seul motif d’être né juif. La clinique « Béthanie » devient un lieu où se côtoient la famille du Dr Hammel, le personnel de la clinique, des malades juifs, des malades non juifs et des juifs non malades…
Malgré les « descentes » allemandes, les juifs de Saint-Jean-aux-Bois ne sont pas découverts et regagnent la vie civile avec la libération de Compiègne le 31 août 1944. Le docteur Hammel et son épouse recevront, à titre posthume, la médaille des Justes par l’Institut Yad Vashem.

Personnes citées
André Hammel ; Jean-Pierre Hammel ;

Index
Yad Vashem : Les « Justes des Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : «Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier»

Evelyne Sullerot
Fille de André Hammel, d'abord Pasteur de l'Eglise Réformée, puis docteur en médecine, psychiatre, directeur de clinique, chevalier de la légion d'honneur, et de Georgette Roustain. Tous deux très engagés religieusement, socialement et politiquement, le Dr et Mme Hammel, à titre posthume, ont reçu la médaille des Justes de Yad Vashem, pour avoir sauvé onze Juifs pendant la guerre. Ils ont eu cinq enfants ; Evelyne était la troisième. Mme Hammel est morte à 44 ans, et, orpheline à 18 ans, Evelyne a dû s'occuper de ses frère et soeurs plus jeunes. Pendant son année de philosophie, elle a été arrêtée puis jugée à Nîmes par la police de Vichy pour "propagande antinationale et propos hostiles au Chef de l'Etat" (Pétain). Revenue en zone occupée, elle est alors entrée dans la résistance à l'OCMJ (Organisation Civile et Militaire des Jeunes). Entrée aux Sciences Politiques (la plus jeune de l'Ecole), en 1942, elle sera handicapée dans ses études par ses charges familiales et les engagements dans la résistance de sa famille et d'elle-même. Mariée à François Sullerot, elle se trouve, à 23 ans, élevant trois jeunes enfants, et s'occupant encore de son dernier frère. A 29 ans, elle a un quatrième enfant. Années ménage-cuisine-couture-enfants. En 1955, elle propose à la gynécologue Marie-Andrée Well-Halle de fonder une association de femmes pour promouvoir le "contrôle des naissances". Ce sera la "Maternité Heureuse", qui devint, deux ans plus tard "le Mouvement Français pour le Planning Familial". Marie-Andrée Well-Halle, Présidente, prend en charge les aspects médicaux ; Evelyne, Secrétaire Générale, les aspects psycho-sociologiques, sociologiques et démographiques. Elle reprend ses études pour mieux faire face à ces fonctions et fait des enquêtes pour le CNRS auprès des femmes. Elle découvre l'influence de la presse féminine (alors plus puissante qu'aujourd'hui et tout à fait décalée par rapport aux vrais problèmes des femmes), publie son premier livre, La presse féminine (1963) et passe sa thèse à l'Institut français de la Presse sur l'Histoire de la presse féminine (1964). En 1965, son livre prémonitoire, Demain les femmes, est traduit en onze langues. En 1967, elle fait à l'Université Paris X Nanterre le premier cours au monde sur les études consacrées aux femmes : de la génétique à la place des femmes dans la vie politique, en passant par la sociologie et le travail des femmes. En 1968, elle publie Histoire et sociologie du travail féminin et la CEE lui demande le premier rapport sur "L'Emploi des femmes et ses problèmes dans la CEE" qui sera à l'origine de la "Directive européenne sur l'égalité de traitement entre hommes et femmes". Internationalement reconnue comme expert, elle commence alors une série de missions pour le BIT, les Nations Unies et l'UNESCO. Elle publie, en plusieurs langues, La femme dans le monde moderne, qui met l'accent sur les handicaps spécifiques des femmes : mauvaise prise en compte des maternités et de la charge des enfants, mauvaise formation professionnelle initiale, etc. Mais le devant de la scène médiatique est occupé alors par le MLF et autres mouvements issus de mai 1968 qui prétendent "libérer" les femmes par une sorte de révolution permanente contre l'oppression "sexiste". Elle décide ne pas participer à cette ébullition féministe brouillonne qui, à son sens, n'avance pas la résolution des problèmes. Elle décide, d'une part, d'approfondir les connaissances fondamentales alors établies par les sciences biologiques et par les sciences sociales sur les femmes ; d'autre part de rechercher une action pratique de terrain pour rendre service à un public féminin défavorisé. Pour atteindre son premier objectif, elle entreprend avec Jacques Monod, prix Nobel, de réunir les meilleurs spécialistes du monde en génétique, biologie, médecine, anthropologie, psychologie, histoire et sociologie, capables de répondre, chacun dans sa discipline à la question : Qu'est-ce qu'une femme ? le colloque a lieu en 1976 et elle en assure l'édition sous le titre Le Fait Féminin, préface de A. Lwoff, prix Nobel de médecine, qui obtint un très gros succès. Il est encore au programme de nombre d'universités. Pour réaliser son deuxième but, en 1974, elle fonde RETRAVAILLER pour les femmes n'ayant jamais travaillé ou ayant dû interrompre leur vie professionnelle qui désirent revenir sur le marché de l'emploi à 35 ans ou plus (environ un million et demi sont alors dans ce cas en France). Elle invente une méthode (une première mondiale en direction des adultes), permettant un bilan personnalisé des aptitudes et une orientation professionnelle appropriée au bassin d'emploi : elle recrute et entraîne des formatrices (qui enrichiront la méthode par l'expérimentation) et recherche des aides publiques (chiches). Le succès vient rapidement ; on voit se créer dans toute la France des centaines et des centaines de stages RETRAVAILLER ; près de 400.000 femmes les ont fréquentés durant les 15 années où elle fut Présidente. Elle essaima cette action dans plusieurs pays d'Europe, et aussi au Canada et au Japon.

En 1974, elle est nommée membre du Conseil Économique et Social, renouvelée en 1979 et en 1984. Durant ces quinze années, elle siégera à la section du Travail et à celle des Affaires Sociales, et fera plusieurs rapports.

  • Problèmes posés par le travail et l'emploi des femmes
  • La situation démographique de la France et ses conséquences économiques et sociales
  • Les modes de garde des enfants de moins de six ans
  • Le statut matrimonial et ses conséquences juridiques, sociales et fiscales
  • Problèmes posés par la toxicomanie.

Plusieurs des propositions formulées dans ces rapports ont abouti à des changements de législation, de règlementation ou de politique. L'Union Européenne lui demande un rapport sur La diversification des choix professionnels des jeunes filles et des femmes (1984) dans laquelle elle formule 80 "recommandations" dont 78 seront adoptées par le Conseil des Ministres des États membres. On lui confie la coordination des recherches et actions sur les choix d'études et les choix professionnels des jeunes filles et des femmes dans l'ensemble des neuf puis douze États membres. Elle poursuivra cette tâche jusqu'en 1992, faisant un rapport de synthèse par an et supervisant de nombreuses "actions positives" en faveur des femmes dans toute l'Europe.

En même temps que ces fonctions très officielles et ces actions sur le terrain, elle poursuit son oeuvre d'écrivaine, parfois éloignée de ces sujets austères. Elle a ainsi publié

  • une " Mythologie de l'Amour : huit cent ans d'écrits féminins" couronnée par l'Académie Française,
  • trois romans : "L'amant", "L'enveloppe", "Alias", ce dernier réédité en "poche" en 1999,

ainsi que des essais plus particulièrement consacrés aux bouleversements observés dans les couples et les familles Pour le meilleur et sans le pire, Quels pères ? Quels fils ? consacré à la crise de la paternité (réédité en poche en 1995), Le Grand Remue-ménage, crise de la famille et Diderot dans l'autobus, qui évoque les revendications "homo parentales" et les conséquences des découvertes de la génétique sur la famille. Elle est toujours très active dans le monde associatif : Présidente, puis Présidente d'honneur en 2000, de l'association "Population et Avenir", Vice-présidente des "Associations Familiales Protestantes", Vice-présidente de la "Fédération nationale des Associations de Prévention de la Toxicomanie". Elle a été élue en 2000, membre correspondant de l'Académie des Sciences Morales et Politiques. Elle est Commandeur de l'Ordre de la légion d'honneur et Commandeur de l'Ordre du mérite.

Extrait de : www.annuaire-au-feminin.net

Date de l’entretien
12 octobre 2007

Pour en savoir plus
Evelyne Sullerot est l’auteur du roman « Alias » qui s’inspire de son histoire familiale

Réalisation
JYB/CDDP de l’Oise, avec l’aimable autorisation d’Evelyne Sullerot

 

***