OISE 1914-1918
Mémoire et Histoire

Portraits

BRIEST Marcel Georges (1893-1916)
[Soldat] [Mort pour la France] [8e BCP] [ARCY] [REMY]

Né à Rémy (Oise) le 13 janvier 1893, demeurant à Arcy, inscrit au recrutement de Péronne au n°942, chasseur de 2e classe au 8e BCP sous le matricule 2460, il est tué à l'ennemi à Rancourt (Somme) le 28 septembre 1916. Il était titulaire de la médaille militaire et de la croix de guerre.
L'historique régimentaire du 8e Bataillon de Chasseurs à Pied rapporte les circonstances du combat de Rancourt au cours duquel il fut tué : « Le 12 septembre 1916, le bataillon débarque à Formerie. Une semaine de repos à Moliens, dans l'Oise, et le voilà dirigé vers la ligne de feu. En cours de route, les chasseurs rencontrent de nombreux soldats anglais avec qui ils échangent des propos aimables, empreints de la plus loyale camaraderie. Ils se rendent compte de l'immense effort fourni par les Alliés, ils admirent au passage, ces nouvelles machines, ces bizarres tanks dont on commence à parler. Dans la nuit du 19 au 20 septembre, le bataillon traverse les champs de bataille des journées précédentes : Maricourt, Maurepas, Le Forest. Le 20 au matin, il occupe ses positions devant Rancourt qu'il aura mission d'attaquer, le 25. Il semble que les Boches sentent l'imminence d'un nouveau coup de bélier. Ils essaient de le parer par un violent bombardement d'obus de gros calibre et d'obus asphyxiants qui précède une très grosse attaque d'infanterie. Ce bombardement fait quelques victimes, mais n'ébranle la confiance d'aucun chasseur. Le 25 septembre, heureux anniversaire de l'offensive de Champagne, le bataillon se trouve rassemblé, dès 3 heures du matin, dans la tranchée de départ. L'aumônier passe dans tous les rangs et absout les chasseurs qui se signent. La majestueuse simplicité de ce geste laisse entendre à tous que l'affaire va devenir sérieuse. Le soleil se lève radieux et inonde de ses rayons la campagne qui ne semble pas trop dévastée par la mitraille. En avant, à gauche, Rancourt est assis dans un nid de verdure, à droite on voit la route de Béthune et l'on distingue nettement les ruines de Bouchavesnes. Dans le fond, à flanc de coteau, les premiers arbres du bois Saint-Pierre-Vaast ferment l'horizon. Notre artillerie donne sans arrêt. Les chasseurs attendent en devisant et boivent un dernier quart de vin. Le sérieux profond, précurseur des heures graves, qui est empreint sur leurs visages et rend leurs yeux rêveurs, est, cent fois, chassé par les vives saillies d'un camarade boute-en-train. Midi trente-cinq ! C'est l'heure de partir. La haute silhouette du commandant de GRILLEAU apparaît soudain au-dessus du parapet. Sans un mot, il agite par deux fois sa grosse canne et s'avance d'un pas assuré, tranquille, calme. A droite et à gauche, à quelques mètres les uns des autres, les commandants de compagnie imitent les gestes du chef. Les chasseurs suivent par files parallèles. Le tir de barrage que l'on redoutait arrive trop tard et est très mal réglé. Le bataillon va de l'avant, il franchit un long glacis de 800 ou 900 cents mètres, incline à gauche et, sans perdre un seul homme, arrive à l'entrée du village. Tout à coup, d'une tranchée presque invisible, qui serpente le long d'un petit chemin creux, les mitrailleuses ennemies font entendre leur bref crépitement. On est obligé de manœuvrer et l'on tâche de tourner l'obstacle. A l'ouest, le capitaine L'HUILLIER, d'un mouvement habile, aborde Rancourt et installe solidement sa compagnie dans les vergers. Une attaque de nuit sur la tranchée receleuse de mitrailleuses boches échoue sur des fils de fer tendus au ras du sol. L'obstacle ne diminue pas le courage des chasseurs, mais ancre plus profondément dans leur âme la volonté de vaincre. Le 26, vers 16 heures, une nouvelle poussée à la grenade est menée avec un entrain splendide. Un groupe de trois chasseurs s'empare de quatre mitrailleuses boches et fait une cinquantaine de prisonniers dont deux officiers. A la faveur des ténèbres, les autres éléments du bataillon progressent. A la tombée de la nuit, la route de Béthune est dépassée, le village complètement occupé. Au petit jour, les reconnaissances atteignent les lisières du bois Saint-Pierre-Vaast. Le bois est formidablement organisé, puissamment défendu de toutes parts par d'épais réseaux de fil de fer et des flanquements de mitrailleuses. Le morceau est d'importance. Les chasseurs y mordent avec obstination durant trois jours, les 27, 28 et 29 septembre, et, lorsque dans la nuit du 29 au 30 le bataillon est relevé, ils ont le droit d'être fiers de l'ouvrage accompli. Tous les objectifs fixés ont été atteints, le terrain conquis a été intégralement conservé et solidement organisé. Le 8e se retire sensiblement diminué dans son effectif, grandi dans son honneur, dans sa juste fierté et dans son légitime orgueil. »

Jean-Yves Bonnard
Atelier Canopé 60 - Beauvais, 2015

BRIEST Maurice Ernest (1895-1917)
[Soldat] [Mort pour la France] [127e RI] [ARCY]

Né à Arcy le 10 novembre 1895, soldat au 127e Régiment d'Infanterie recruté à Péronne sous le matricule 238, inscrit au corps sous le matricule 11383, il est tué à 22 ans au plateau de Vauclerc à Oulches (Aisne) le 16 avril 1917. Il était titulaire de la médaille militaire et de la croix de guerre.
L'historique régimentaire du 127e RI, publié en 1920, raconte la journée du 16 avril 1917 au cours de laquelle Maurice Briest perdit la vie :
« OFFENSIVE DU 16 AVRIL 1917
Le 16 Avril, à 6 Heures, l'attaque d'infanterie est déclenchée. Le 1er Bataillon s'élance des tranchées et en quelques minutes, malgré les feux ennemis, atteint la tranchée Von Schmettau, première tranchée ennemie. La régiment de droite, gêné par les mitrailleuses (bois B. I.), progresse difficilement. Les difficultés de direction et de liaison sont rendues très difficiles à cause des énormes entonnoirs creusés par la préparation de notre artillerie. La gauche du 1er Bataillon, continuant sa progression, enlève la tranchée des Friches, puis la tranchée de l'Abri qu'elle dépasse de 200 mètres environ et pénètre dans la forêt de Vauclerc. La droite progresse plus difficilement par les boyaux, tout en continuant à assurer la liaison avec le Régiment de droite, toujours arrêté par les feux des mitrailleuses de la première tranchée allemande, dont les défenseurs, l'abri dans de profonds tunnels et dans de fores casemates, prennent le 127e Régiment d'Infanterie de flanc.
L'ennemi réagit énergiquement, son artillerie bombarde violemment le plateau et empêche la nôtre de s'y installer. Des fractions de nègres, de la Division de gauche, privées de leurs cadres blancs qui ont été tus, égarées dans la bataille, viennent se jeter dans nos lignes et formant sur le plateau de gros rassemblements très visibles, attirent, tout particulièrement sur le Régiment d'Infanterie, la réaction de l'artillerie. Les 1e et 2e Bataillons subissent de fortes pertes. Le 2e Bataillon, derrière le 1er , occupe la tranchée des Friches et s'y maintient malgré les tirs d'enfilade des mitrailleuses et le bombardement auquel est soumis tout le plateau.
Le 3e Bataillon occupe la tranchée Von Schmettau et établit la liaison avec le 2e Bataillon d'une part et le Régiment de droite.
En fin de journée, aucune progression n'ayant pu être réalisée malgré plusieurs tentatives du Régiment de droite, la gauche du 1er bataillon se replie dans la tranchée de l'Abri où elle est relevée par les éléments du 273e Régiment d'Infanterie chargée d'assurer la liaison de gauche.
Le 1e Bataillon, avec son Chef, le Commandant de Bouchony, par l'énergie et la vaillance qu'il a déployées en cette journée a mérité d'être cité à l'ordre de la Division. »

Jean-Yves Bonnard
CANOPE-CDDP de l’Oise, 2015