OISE 1914-1918
Mémoire et Histoire

Portraits

FABRE Albert (1852-1918)
[Civil] [Elu] [Lassigny]

Né à Vermand en 1852, Albert Fabre est fils de percepteur et gendre de Jules Lefranc (maire et conseiller général de Lassigny), ce docteur en droit fait une brillante carrière : attaché au cabinet du garde des sceaux Le Royer en 1879, juge d'instruction à Bourges en 1882, conseiller à la Cour de Bourges en 1884, avocat général, conseiller à la Cour d'Amiens en 1892. Devenu juge d'instruction au Tribunal de la Seine, il est notamment chargé d'instruire les procès Déroulède et Buffet, lesquels s'achèvent en Haute-Cour, et le procès des « Assomptionaires ».

Directeur du personnel au Ministère de la Justice en 1900, il est élu conseiller général de Lassigny en 1904. En 1914, emmené en Allemagne avec son épouse, il subit une captivité de 18 mois. Rapatrié en janvier 1916, il reprend sa fonction au conseil général. Lors de la séance du 1er mai 1916, il expose à ses collègues :
« Oui, j'ai enduré toutes les souffrances : affronté tous les dangers, subi les traitements les plus humiliants et les plus cruels pendant les dix-sept mois que j'ai vécu sur le front et dans les régions envahies. Je n'ai rien à regretter, j'aurais pu éviter toutes ces misères, toutes ces horreurs. Je suis resté là-bas, dans ma commune, au milieu de la population meurtrie, ravagée, j'avais des devoirs à remplir, je ne me suis pas senti le courage de m'y soustraire. Je n'ai quitté Lassigny qu'au moment où l'ennemi m'a arraché de mon foyer. J'avais à protéger et à soutenir les femmes, les vieillards, les enfants, je n'ai pas voulu faillir à ma tâche. Je suis rentré sain et sauf, le cauchemar est évanoui. J'ai la satisfaction du devoir accompli. Je suis si violemment atteint d'émotion que je ne trouve plus de paroles pour exprimer ma pensée, excusez-moi. » Son nom figure sur le monument aux morts de Lassigny.
Ernest Noël lui rend hommage en ouverture de la séance départementale du 16 septembre 1918 : « Depuis notre dernière réunion, nous avons perdu un de nos plus charmants collègues, M. Fabre, conseiller général du canton de Lassigny, président de la commission départementale, président de la commission des finances, président de chambre à la Cour de Paris, mort victime de son dévouement à ses concitoyens. Lors de la ruée allemande il restait dans sa demeure pour tâcher de protéger ses concitoyens et de sauver autant que faire se pourrait leurs biens. Après la bataille de la Marne, sa commune et surtout sa maison qui se trouvait en un point culminant à côté de l'église furent bombardées, et ce n'est que cinq ou six semaines après, lorsque la maison était à moitié détruite par les obus que les Allemands l'arrachèrent à ses ruines pour l'emmener en captivité à Chauny. Il subit là toutes les épreuves que connaissent ceux qui ont été en captivité, toutes les humiliations infligées par les Allemands à ceux qui tombent entre leurs mains. Au cours (de cette captivité, sa santé s'altéra. Rapatrié au commencement de 1916, il fut nommé président de chambre à la Cour d'Appel de Paris, ce qui lui imposait un surcroît de travail considérable. En mars 1917, lorsque le canton de Lassigny fut libéré, il pensa que sa présence devait être au milieu de ses concitoyens et il s'efforça courageusement de ramener la vie et la prospérité là ou régnaient la ruine et la mort. Il s'y anémia, s'y intoxiqua, là est l'origine de la maladie qui devait plus tard l'emporter. Revenu souffrant à Paris, il reprit son incessant labeur, mais bientôt il dut aller dans le midi pour se reposer, et malgré les soins assidus qui l'entouraient, il expirait quelques semaines après à Paris. Vous vous rappelez, mes chers collègues, quel fut le rôle d'Albert Fabre parmi nous ; très laborieux, très au courant des affaires-départementales, il prit part à toutes nos discussions, à la solution de toutes les questions importantes qui figuraient à notre ordre du jour. Il s'y donna entièrement et je peux dire que, s'il était un laborieux, un travailleur infatigable, c'était aussi le collègue le plus charmant, avec lequel nous avions tous les meilleurs rapports en raison de la délicatesse de son esprit et de son cœur. Je crois, mes chers collègues, être votre interprète en adressant à sa veuve et à sa fille de notre ancien collègue M. Fabre qui a partagé ses joies et ses douleurs, l'expression de notre vive et douloureuse sympathie. »

Jean-Yves Bonnard
Atelier CANOPE 60 - Beauvais, 2016