OISE 1914-1918
Mémoire et Histoire

Portraits

Odent René Eugène (1855-1914)
[Civil] [Elu] [Senlis] [Chamant]

Né le 25 août 1855 à Senlis, fils d'Henri Odent (1826-1911), maire de Senlis en 1870, marié et père de deux enfants, Eugène Odent est propriétaire élu maire en 1912. Il est fusillé dans l'exercice de ses fonctions à Chamant par les Allemands le 2 septembre 1914 et inhumé sur place au lieudit « Le Poteau », son corps sera exhumé le 12 septembre suivant pour recevoir une sépulture définitive dans le caveau familial de Senlis en avril 1919.
Le Journal Officiel le cite le 24 janvier 1915 : « Pris comme otage, tué à l'ennemi dans l'exercice de ses fonctions, chevalier de la Légion d'honneur, officiel du 9 octobre 1909) ».
Le livre du Tableau d'honneur 14-18 indique : « Ne voulut pas quitter son poste, malgré l'abandon de sa ville par la plupart des autorités et des notables. Seul à la mairie lors de l'arrivée des Allemands, il fut emmené en otage, brutalisé et assassiné sans jugement. – « Les troupes françaises avaient tiré ! » on le rendit responsable de cet acte ».

Cette carte postale met en scène une idée de l'exécution de M. Odent bien différente de celle décrite par les témoins

Eugène Odent est fait chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume par décret du 6 octobre 1919. La même année, le Guide Michelin sur l'Ourcq (Chantilly - Senlis - Meaux) publia le récit relatant ses derniers instants : « (...) Quand les Allemands pénétrèrent dans Senlis, un officier supérieur se rendit à l'hôtel de ville et fit demander le "bourgmestre". Le maire, M. Odent, se présenta (...) Le maire reçoit les reproches véhéments de l'officier au sujet de l'aspect désert de la ville - à peine 1 000 habitants sur 7 000 sont restés et pendant le bombardement, les maisons et boutiques se sont fermées - on lui fait également grief de l'absence de proclamations invitant les habitants à déposer leurs armes à la mairie et à n'offrir aucune résistance... M. Odent invoque la rapidité des événements, les habitudes pacifiques de la vieille cité. Il est néanmoins conduit à l'hôtel du Grand -Cerf où se tient l'état-major. Presque aussitôt, les premiers coups de feu tirés par l'arrière-garde française partent du bas de la ville. L'officier furieux déclare au maire qu'il le rend responsable et que sa tête répond de la vie des soldats allemands. Le secrétaire de la mairie propose à M. Odent d'aller chercher les adjoints, mais il refuse, disant : « Ce sera assez d'une victime. » Du Grand-Cerf, l'otage résigné est transporté à Chamant. Il est brutalisé, on lui arrache ses gants pour les lui jeter au visage, on lui prend sa canne et on l'en frappe violemment à la tête (...). En compagnie de quelques autres otages, M. Odent passe plusieurs heures dans l'attente cruelle du destin. (...) [Les Allemands] le préviennent qu'il va être fusillé. M. Odent revient alors vers ses compagnons de captivité, leur remet ses papiers et son argent, leur serre la main et, très dignement, leur fait ses adieux. Il retourne ensuite auprès des officiers. Sur l'ordre de ceux-ci, deux soldats l'entraînent à une dizaine de mètres et lui mettent deux balles dans la tête. Le sol, hâtivement creusé, reçoit le corps sous une couche de terre si mince que ses pieds n'en sont pas recouverts. (...) Quelques heures avant la mort du maire, un groupe de six autres otages avait été fusillé et enterré dans le même champ. »

Médaillon représentant Eugène Odent sculpté en haut-relief dans le monument aux morts de Senlis. L'acte d'état-civil porte la mention « tué à l'ennemi dans l'exercice de ses fonctions »

Son nom est gravé sur le monument aux morts de la ville de Senlis, sur une plaque commémorative dans la cathédrale de Senlis et sur une stèle à Chamant. Une rue de Senlis rend hommage aux trois maires Odent de la ville. De nombreuses cartes postales et ouvrages publiés durant la guerre évoquent le sort d'Eugène Odent élevé comme symbole national de la barbarie allemande.

Extrait du livre "Senlis pendant l'invasion allemande 1914" écrit par Loup Bertroz et édité par Le Courrier de l'Oise, n.d

Jean-Yves Bonnard
Atelier CANOPE 60 - Beauvais, 2016