OISE 1914-1918
Mémoire et Histoire

Étude d'un monument aux morts

Le monument aux morts de Noyon

Situé place de Béziers à proximité du parvis de la cathédrale, cet imposant monument décoré sur toutes ses faces a été érigé en 1925, un peu moins de sept ans après la fin du premier conflit mondial..

Origine de l'œuvre

Décidé à rendre hommage aux deux cent quatorze Noyonnais tombés au champ d'honneur, le sénateur-maire de Noyon, M. Ernest Noël, avait proposé à son conseil municipal des 1922 "d'apposer une plaque de bronze sous la loggia prévue ou a l'intérieur de l'Hôtel de Ville, pour rappeler les noms des enfants de Noyon morts en défendant le pays". Le 26 mars 1923, alors qu'un second projet prévoyait de porter les noms des victimes militaires sur le monument situé à l'entrée du cimetière, l'association des Anciens Combattants demanda à M. Noël, d'ouvrir une souscription pour l'édification d'un monument aux morts.
La commission municipale adopta l'idée et proposa aux architectes MM. Eugène Chifflot (1872-1966) et R. Lefèvre d'établir ce projet pour un montant de 60.000F à 100.000F dans les jardins de l'abside de la cathédrale, les jardins du Cours ou le square de l'évêché.
Le 21 novembre 1923, les architectes soumirent leur projet à la commission qui l'accepta à l'unanimité malgré sa réticence de voir élever un monument aux morts près du square de l'évêché (square de l'abbé Grospiron). Composé d'une crypte, ou seraient inscrits les noms des victimes militaires et d'une coupole percée de quatre baies éclairant un reposoir, le monument aux morts de Noyon serait surmonté d'un obus haut de sept mètres.
La souscription ouverte peu après permit de réunir 50.000F, somme qui fut ajoutée aux 50.000F donnés par les villes de Béziers et de Noyon. Le 7 août 1924, le conseil municipal approuva le marché avec l'entreprise Pradeau tandis que le sculpteur Emile Pinchon (1872-1933) travaillait à la réalisation de la frise ornant la coupole.

Le monument.

Le monument aux morts de Noyon a été construit en béton, en ciment et en pierre calcaire. Le portail de la crypte est orné, sur son trumeau, d'un ange de la Victoire, et sur son linteau, du nom Noyon surmonté d'un blason flanqué d'une croix de la Légion d'honneur et d'une croix de guerre. La coupole est décorée d'une frise constituée de quatre panneaux sculptés par le Noyonnais Emile Pinchon en l'honneur de la ville martyre. Ces bas-reliefs représentent la prise d'otages du 29 septembre 1914, l'entrée des troupes françaises du 13ème Corps le 18 mars 1917, les ruines de Noyon le 25 août 1918 et la remise à la ville de la Légion d'honneur et de la croix de guerre le 10 juillet 1920 en présence du Maréchal Joffre. Le "cône d'obus" privé de son amorce, quant à lui, est orné d'étoiles, rappelant les douilles ciselées par les soldats lors du conflit.
A l'intérieur de la crypte, les noms des soldats noyonnais morts pour la France et l'inscription commémorative de l'inauguration officielle sont gravés sur des tables de marbre.

L'inauguration.

Le monument aux morts de Noyon fut inauguré le dimanche 22 mars 1925 sous la présidence du maréchal Joffre, en présence des personnalités civiles et religieuses, d'une nombreuse foule composée entre autres d'anciens combattants et d'écoliers.
Après la Marseillaise, M. Ernest Noël remercia les personnalités, les associations et la population de leur présence: "(...) Ah! chères et malheureuses familles noyonnaises, croyez bien que les vôtres ne seront jamais oubliés, et que vous aurez cette suprême consolation de penser que leurs noms seront transmis aux générations futures comme un exemple d'héroisme et de suprême dévouement à la patrie (...) Ce Monument dont vous admirez les proportions élégantes et sobres, mes chers concitoyens, à un double but : garder pieusement le nom de nos Morts et inscrire sur la pierre indestructible l'histoire de Noyon à travers la guerre, placé à l'ombre de cette Cathédrale, dans le voisinage de son transept, en bordure de cette vaste place du Parvis qui va être régularisée. La poésie qui se dégage de ce cadre ou tant de vieilles choses parlent à notre pensée nous obligeait à demander à nos distingués architectes d'en respecter la noble simplicité, de ne pas chercher à imiter l'architecture de la Cathédrale tout en conservant sa belle ordonnance. Le Monument d'une Ville deux fois prise par l'ennemi ne pouvait être semblable à celui d'une autre cité, il fallait qu'il demeure dans l'histoire et ne passa pas inaperçu ; de cette conception est sortie l'œuvre que vous avez devant vous. Comme fondation, une crypte que garde jalousement une femme ... la Ville de Noyon ; crypte ou sont inscrits les noms de nos héros, sanctuaire ou le souvenir de l'être cher planera indéfiniment et sur lequel s'élève un Môle à la gloire de tous les combattants et, sur la base, sont sculptées quatre phases mémorables de Noyon pendant la guerre (...)"

Le monument aux morts de Noyon fut endommagé lors des combats de 1940 puis restauré au lendemain du second conflit mondial. Il porte depuis les noms des victimes militaires de la guerre 1939-1945.

Pour citer cet article : Étude d'un monument aux morts
Le monument aux morts de Noyon
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