headervert


Le parc et ses jardins

chateau8
© Michel Bureau


L’histoire du parc de Chantilly est très liée à celle des bâtiments. L’aménagement des abords du château suit en effet les évolutions de l’architecture.

Avant la Renaissance, les abords des demeures, ne sont pas considérés comme des lieux susceptibles d’être aménagés. Les forêts sont essentiellement dédiées à la chasse, quand elles ne sont pas transformées en champs pour les cultures. On vit à l’intérieur, l’habitat étant considéré comme un lieu sûr. L’architecture a en effet une fonction avant tout défensive jusqu’à la fin du Moyen-âge et les espaces extérieurs, même proches de la demeure sont considérés comme dangereux.
On possède néanmoins plusieurs témoignages de l’existence de jardins au Moyen-âge, mais ils demeurent clos car entourés de murs d’enceintes (
hortus conclusus) et réservés à un usage privé. Ils sont souvent dévolus à la culture des fleurs, des fruits ou plantes médicinales.
La nature qui s’étend donc tout autour du château de Chantilly est d’abord sauvage.

A la Renaissance, les jardins connaissent un regain d’intérêt. L’influence de l’Italie est perceptible en Europe quand l’architecture s’ouvre sur l’extérieur et par les débuts de l’aménagement des espaces verts.
«  Les jardins ont aussi leur part à l’ornementation de la demeure » écrit Serlio en publiant quatre modèles de « compartiments », dessins de parterres et de labyrinthes en 1537.
A Chantilly, cette époque est celle de l’accession d’Anne de Montmorency à la propriété du Domaine. Ce dernier ayant accompagné François 1
er dans les guerres d’Italie revient pétri des innovations culturelles et esthétiques italiennes.
Il décide de construire un pavillon de plaisance, à l’image des villas italiennes dans un tout autre style que celui du château dont il a hérité. Ce petit pavillon ne présente aucune fonction défensive à la différence la forteresse médiévale qu’est le Grand château.

Dans ce même mouvement de création d’une demeure de plaisance, Anne de Montmorency initie les premiers aménagements du parc de Chantilly. De cette période, rien ne nous est parvenu en l’état, mais les archives nous révèlent que le château était entouré de parterres et de jardins. Henri I et Henri II de Montmorency continuent l’œuvre de leur père et font de Chantilly un véritable lieu de villégiature.
En 1603, le jardin de la volière est créé. Le pavillon de Sylvie et ses abords sont élevés en 1605. Les jardins du XVIIe siècle présentent des parterres de buis aux dessins géométriques et aux arabesques décoratives en buis.

Des tables de pierres et des glacières sont installées dans les sous bois proches du château et servent aux collations des invités.

En 1643, le domaine, après avoir été confisqué par Louis XIII est rendu à Charlotte-Marguerite de Montmorency, épouse du prince Henri II de Condé, et mère de Louis II de bourbon Condé, dit le Grand Condé.
Chantilly devient ainsi la demeure des cousins du roi de France.

Dès 1660, le Grand Condé occupe ses loisirs et son argent à embellir son domaine. L’ère des grands aménagements du parc commence alors.
Il fait appel l’équipe d’André Le Nôtre, créateur du parc de Versailles, pour dessiner et réaliser son parcours parc. Une pompe hydraulique destinée à alimenter en eau les fontaines de la partie occidentale du parc est conçue par Jacques de Manse.

L’œuvre de Le Nôtre est aujourd’hui encore évoquée à Chantilly par le jardin à la française ou parterre nord qui s’étend sous le Grand Degré. Il présente tous les principes des jardins à la française :
Vastes espaces qui s’offrent à la contemplation, dessins des pelouses et des bassins miroirs parfaitement géométriques qui conduisent le regard vers l’horizon, donnent au jardin une dimension spectaculaire. A cela s’ajoutent les jets d’eau et fontaines des parterres qui, à Chantilly, ont la particularité de fonctionner jour et nuit. Cet atout fondamental, par rapport aux autres grands domaines comme Versailles ou Marly qui devaient pomper puis injecter de l’eau dans les fontaines, fit dire à Le Nôtre que le parc de Chantilly avait été sa création préférée.

parterre

Une des richesses de Chantilly est son terrain abondamment riche en eaux. Le Nôtre utilise cette ressource naturelle de manière très ingénieuse. Il canalise la rivière Nonette pour créer le Grand Canal qui revient vers le château par l’intermédiaire du bassin de la Manche. Il crée également un buffet d’eau majestueux, alimenté par un bassin le surplombant qui au grand étonnement des invités du Grand Condé ne se vide jamais. Il est en effet alimenté de manière souterraine, ce qui pour l’époque était un trait de génie et de modernité remarquable. Des jets d’eau et des fontaines agrémentent la partie occidentale du parc.

Au XVIIIe siècle, la mode n’est plus aux grands espaces et le goût s’oriente davantage vers les petits jardins invitant à la promenade, la conversation et les marivaudages. C’est à l’automne 1772, que le prince Louis-Joseph de Condé demande à son architecte Jean-François Leroy de lui édifier un petit hameau constitué de sept maisonnettes d’aspect rustique à l’extérieur et d’un luxe insoupçonnable à l’intérieur. Les abords de ces maisonnettes sont formés de petits canaux sinueux, bordés de fines allées invitant à la promenade. Au XVIIIe siècle, des promenades en barques étaient organisées.

hameau

A partir de 1792, la Révolution porte des coups terribles au Domaine de Chantilly.
La partie Ouest du parc, aménagée par Le Nôtre est totalement détruite. Les bâtiments subissent eux aussi des dommages irréparables : le Grand château est rasé jusqu’à ses fondations médiévales. Seuls subsistent les Grandes Ecuries, construites au XVIIIe siècle et le Petit château d’Anne de Montmorency.

Quand le prince de Condé revient en 1814 à Chantilly, les désastres sont tels qu’il ne peut tous les réparer. Il se contente de créer un jardin à l’anglaise dans la partie Ouest du parc. Ce jardin répond à la mode des débuts du XIXe siècle et au goût romantique véhiculé par l’anglomanie.
Composé d’étendues d’eau entre lesquelles courent des chemins menant à des fabriques telles que le Temple de Vénus ou encore l’île d’Amour, ce jardin invite à la rêverie et au vagabondage visuel. L’architecte paysagiste Victor Dubois suit les principes des jardins anglais en privilégiant les courbes, les végétaux plantés irrégulièrement afin de donner l’impression que la Nature domine. On s’éloigne donc en tous points des perspectives rectilignes et des grands espaces caractéristiques de Le Nôtre et des parterres à la française.

jardinanglais
© Martine Savart

Sans héritier, le prince de Condé donne en héritage le Domaine à son jeune neveu de huit ans : le duc d’Aumale.

C’est à cet homme que nous devons sans doute le Domaine de Chantilly comme nous le connaissons aujourd’hui. Passionné d’art et amateur éclairé, il consacre une grande partie de son existence à faire de Chantilly un lieu dédié aux arts. Il restaure le parc et ses jardins, reconstruit le château et y installe ses collections d’œuvres d’art et sa riche bibliothèque, rénove les grandes écuries et les aménage pour ses chevaux de courses. Il contribue ainsi à faire ce lieu le plus grand domaine princier de France.

Aujourd’hui, le Domaine de Chantilly présente une variété de jardins tout à fait exceptionnelle, permettant de retracer l’histoire de l’art du paysage et les évolutions du goût dans l’aménagement des espaces extérieurs. Cette caractéristique unique en fait un lieu parfaitement adapté à un discours didactique sur l’histoire des jardins.