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L’art équestre et les Grandes Ecuries de Chantilly


Introduction :
Les
Grandes Écuries du Domaine de Chantilly figurent parmi les plus célèbres du monde. En effet, leur architecture grandiose en fait un chef-d’œuvre de l’histoire des arts et les nombreuses fêtes princières qui s’y déroulèrent ont laissé une trace pérenne dans les mémoires collectives.

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Genèse du projet :
Nées de la volonté d’un prince de Condé passionné de chevaux et de chasse à courre, Louis-Henri de Bourbon,

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ces Grandes Écuries voient le jour le 16 mai 1721 avec la pose de la première pierre. L’architecte de ce « temple à la gloire du cheval » n’est autre que l’associé de Jules Hardouin-Mansart, créateur des Grandes Ecuries du château de Versailles : Jean Aubert.

Louis-Henri de Bourbon de Condé avait choisit ce jeune architecte car il connaissait ses aptitudes à l’ouvrage. En effet, il était le petit fils du Grand Condé et de Louis XIV. Cette filiation qui lui avait sans doute permis de visiter à plusieurs reprises le domaine de Versailles et d’observer l’évolution des chantiers.
Louis-Henri de Bourbon Condé avait des idées précises sur les écuries qu’il souhaitait faire construire. Elles devaient être grandioses, modernes, adaptées à sa passion pour la chasse à courre mais également à son désir d’organiser des fêtes et des réceptions princières de grande envergure.

La phase de construction :
Le chantier débuta par l’extraction des pierres d’une carrière située sous la pelouse de l’actuel hippodrome. Pendant plus de vingt ans, les patriciens œuvrèrent jour et nuit pour édifier ce bâtiment. Malheureusement, la mort du prince en 1740 mit fin au projet qui demeura incomplet. Aujourd’hui, cet inachèvement est illustré par la porte Saint-Denis, arche qui devait relier les bâtiments existants à une seconde aile prévue de l’autre côté de la route.



Etude des Grandes Ecuries :
Les bâtiments construits n’en demeurent pas moins un chef-d’œuvre en matière de volume architectural (186m de long, 12m de largeur intérieur, 14m de hauteur intérieur avec un point culminant à 26m pour le dôme), de modernité des aménagements intérieurs et de beauté des décors.

L’agencement du bâtit et les aménagements intérieurs :

Jean Aubert devait réunir au sein d’un même bâtiment tous les éléments nécessaires à la chasse à courre, autrement dit les chevaux, les chiens des meutes et les carrosses. Pour ce faire, il mena une réflexion poussée sur l’agencement des bâtiments et les aménagements modernes.

Les deux ailes

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© Martine Savart

principales abritaient chacune 120 chevaux. Aujourd’hui, la première aile est encore une écurie, comportant moins de chevaux.
Les deux cours latérales abritaient, à l’Est, les remises et les carrosses

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© R&B press

et à l’Ouest, les chenils.

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© Martine Savart


Les chenils avaient été particulièrement étudiés par Jean Aubert. Il avait créé des espaces spécifiques à chaque meute : celle du cerf, du daim, du chevreuil, du sanglier…un chenil pour les chiens malades, les chiennes en chaleur et même une boulangerie où l’on cuisait la pâtée. Toute la domesticité afférente était logée sur place dans les étages supérieurs des édifices.

Le décor sculpté :

L’aspect extérieur et les décors sculptés permettent immédiatement de déterminer le rang et l’appartenance des princes à la famille royale.

Le sommet du portique à colonne, qui borde l’entrée des Grandes écuries est par exemple, décoré de chevaux hennissants vers le ciel et d’une composition complexe présentant en son centre le blason des Bourbon-Condé.

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© Hermine Cléret


Ce blason est très proche de celui de la famille royale : trois fleurs de lys et la couronne royale qui le surmonte. La seule différence est la petite brisure, rectangle rouge posé au centre et en diagonale, notifiant qu’il s’agit d’une branche cadette de la famille de Bourbon.
La statue de
la Renommée

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© Hermine Cléret

qui coiffe le dôme des Grandes Ecuries avait également pour fonction d’illustrer la gloire des Bourbon-Condé. Cette jeune femme s’envole sur son cheval ailé pour aller colporter et clamer la gloire des princes de Condé.

Les frontons qui surmontent les entrées illustrent également la fonction de ces bâtiments. Les chevaux hennissants au dessus de l'entrée.


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© Hermine Cléret


ou encore les sculptures présentant
Diane et Cyparisse évoquent aussi bien les habitants des lieux que la passion des princes pour la vénerie.

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© Hermine Cléret

Ces bâtiments étaient également utilisés pour de grandes réceptions princières.
Le
dôme des Grandes Ecuries

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fût le théâtre de diners célèbres où furent notamment conviés Louis XV, le futur Tsar Paul 1er, Frédéric II de Prusse, etc. Des lampions étaient suspendus aux balcons et les musiciens accompagnaient les invités tout au long du repas.

Les Grandes Ecuries dans l’Histoire :
À la Révolution, ces bâtiments ont été transformés en caserne ce qui contribua sans doute à les sauver de la destruction. Seuls les groupes sculptés en métal, comme la Renommée, furent fondus pour faire des balles.


Au début du XIXe siècle, les Bourbon-Condé revenus d’exil au Domaine de Chantilly, réinvestirent les Grandes Écuries. En 1830, le duc de Bourbon avait installé ses 180 chevaux dans les larges nefs et 235 chiens dans les chenils. Passionné de vénerie, il fit renaître à Chantilly la pratique de la chasse à courre. Sans héritier direct, il légua le domaine à Henri d’Orléans duc d’Aumale.

Ce jeune prince, dernier fils du roi Louis-Philippe, contribua au réaménagement moderne des écuries. Il installa l’éclairage et le chauffage au gaz et construisit des boxes, installations nouvelles offrant d’avantage d’espace et de liberté de mouvement aux chevaux. Fortement influencé par l’anglomanie, courant venu d’outre-manche qui avait mis au goût du jour de nouvelles pratiques équestres, il contribua au développement des courses à Chantilly. C’est à cette époque que fut construit le premier hippodrome.

Coursechantilly

Les Grandes Ecuries aujourd’hui :
Depuis les années 1980, les Grandes Écuries abritent le Musée Vivant du Cheval. 31 salles de musée,

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présentant des collections très diversifiées, permettent d’évoquer le cheval à travers le monde et sous l’angle de multiples problématiques. Les courses, la maréchalerie, le cheval en orient, l’art de la bourrellerie, les harnais des princes de Condé sont autant de pièces remarquables qui illustrent l’histoire du cheval et de l’équitation.

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La particularité du Musée Vivant du Cheval est également d’être une écurie en activité. Les cavalières ont créé de nombreuses présentations équestres ayant pour vocation pédagogique d’initier et de présenter aux visiteurs le travail quotidien de dressage des animaux.


Chaque année, deux grands rendez-vous sont proposés aux publics :
- Le spectacle de Noël, fabuleux conte équestre, qui investit le dôme pendant les vacances d’hiver.
- Le
spectacle de l’année, création contemporaine, où costumes, jeux de lumières et musiques, redonnent toute sa splendeur au dôme, autrefois considéré comme un des plus beaux lieux des fêtes princières de Chantilly.

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© Bukajlo