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Les bibliothèques du château de Chantilly

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Bibliothèque du théâtre © Martine Savart

Henri d’Orléans, duc d’Aumale (1822-1897) hérita en 1830 du château de Chantilly et des œuvres qu’il avait contenues. La bibliothèque des Condé, confisquée en 1792, avait été restituée en 1815, mais sans ses livres imprimés, dispersés à la Bibliothèque nationale et dans divers dépôts de province. Le duc d’Aumale entra ainsi en possession de huit cents manuscrits.
Il s’agissait alors d’une bibliothèque princière dont l’origine remontait à la fin du Moyen-âge. On peut y distinguer deux bibliothèques du XVe siècle :
- celle d’Antoine de Chourses et de son épouse Katherine de Coétivy, entrée par héritage à Chantilly au XVIIe siècle et
- celle de Jean du Mas, seigneur de l’Isle, vendue par sa belle-fille au connétable Anne de Montmorency au XVIe siècle.
A cet ensemble étaient venues s’ajouter les acquisitions personnelles d’Anne de Montmorency, puis, au XVIIe siècle, celles du Grand Condé.

Durant ses campagnes en Algérie, le duc d’Aumale s’empara lors de la prise de la Smalah d’Abd el Kader de 42 manuscrits arabes juridiques, littéraires, historiques et religieux faisant partie de la bibliothèque personnelle de l’émir. Exilé en Angleterre en 1848, il entreprit de constituer une collection de livres rares et devint l’un des plus grands bibliophiles de son temps. En cinquante ans, il acquit 545 manuscrits (et 11 500 livres imprimés rares et précieux), favorisé par sa grande fortune, mais aussi par l’intense circulation des livres dans la période qui suivit la Révolution.
Durant toute la seconde moitié du XIXe siècle, il fit des acquisitions, à Londres, à Paris comme en Italie ou en Allemagne, chez les libraires et lors de toutes les grandes ventes aux enchères. Dès 1851 il acheta en bloc les 3 504 volumes de la collection de Frank Hall Standish, léguée en 1840 à Louis-Philippe et qui comprenait 250 incunables, ouvrages imprimés entre 1450 et 1500. En 1859, il acheta la collection d’Armand Cigongne, qui était alors considérée, avec ses 2910 volumes, comme la plus belle bibliothèque de Paris.
Il constitua ainsi un très bel ensemble de manuscrits enluminés, parmi lesquels des pièces majeures de l’art médiéval occidental. En 1856, il acheta en Italie le manuscrit des
Très riches Heures du duc de Berry, enluminé au XVe siècle par les frères de Limbourg et Jean Colombe  ; en 1891, les quarante enluminures de Jean Fouquet pour le Livre d’heures d’Etienne Chevalier, et l’année suivante, le Psautier de la reine Ingeburge de Danemark, du début du XIIIe siècle.

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Les Très Riches Heures du duc de Berry

Après son retour en France en 1871, il entreprit de reconstruire le château de Chantilly et fit aménager par l’architecte Honoré Daumet un cabinet des Livres afin d’y abriter sa collection. En 1888-1889, il fit construire une seconde bibliothèque, dite « bibliothèque du théâtre », car située à l’emplacement de l’ancien théâtre des princes de Condé, destinée aux livres du XIXe siècle et aux ouvrages bibliographiques.

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Le cabinet des livres © Hermine Cléret

La bibliothèque de Chantilly se compose donc d’un espace de visite, le cabinet des Livres, qui conserve 13 000 ouvrages, parmi lesquels 1 600 manuscrits précieux, (dont 360 enluminés) qui constituent l'essentiel de la collection de Chantilly. Le plus ancien date du Xe siècle. Elle comprend également deux espaces de conservation non accessibles au public : la bibliothèque du Théâtre, et la Tour des Chartes, où sont conservées les archives. Elle dispose enfin d’une salle de lecture accessible aux chercheurs sur rendez-vous. 60 000 ouvrages, manuscrits et imprimés, sont réunis à Chantilly, ainsi qu’un fonds d'archives consacré essentiellement à la gestion des domaines des seigneurs de Chantilly dans l’Oise et diverses régions de France.
Une politique d’expositions temporaires régulières permet au visiteur de découvrir chaque année une partie de ce fonds exceptionnel.