La musique au temps des Clouet
 

Au début de la renaissance, la musique française brille d’un éclat sans pareil. Une vie nouvelle s’ouvre à tous les genres musicaux créés par le moyen âge avec un élan et un développement considérable. Ce développement va bénéficier, au début du xvie siècle d’une grande découverte : l’imprimerie musicale.
C’est en Italie que son créateur, Octtaviano dei Pétrucci imprimeur à Venise, publie ses premières tablatures en 1501 en vertu d’un privilège du conseil de cette ville, daté de 1498. La découverte d’une telle invention fait date dans l’histoire de la musique par le nouvel élan qu’elle donne à l’imprimerie musicale.
Ce n’est seulement qu’en 1528 que le Français Pierre Attaingnant, imprimeur rue de la Harpe à Paris, publie les premières tablatures françaises. Ainsi, une abondante littérature musicale va voir le jour grâce à l’imprimerie.
En France, c’est sous l’impulsion de François 1er que les belles demeures seigneuriales telles que le Louvre, Fontainebleau, les châteaux de la Loire où de l’Île de France vont assister à la naissance d’un art typiquement français : la chanson polyphonique, qui confirme à la France un épanouissement jusqu’à la fin du xvie siècle. À son tour, sous l’influence des Médicis et de la noblesse Italienne, les musiciens produisent un grand courant d’idées, une nouvelle théorie de la musique, la notion de la tonalité et de l’harmonie ainsi que la naissance de l’opéra. Cependant, il ne faut surtout pas oublier que si l’Italie instruit l’Europe au xviie siècle, elle reçut sa première éducation musicale des flamands et des français qui depuis le xive siècle ne cessèrent de porter leurs chefs d’œuvre et dicter leurs leçons.


La Renaissance fut également le prétexte à de grandioses manifestations, aussi bien religieuses que profanes. Lors des fêtes populaires, jongleurs, comédiens, musiciens, chanteurs, participent aux spectacles de rues dont les fêtes stupéfiaient les foules. Le peuple se laissait emporter dans des farandoles accompagnées par les chants d’une population en liesse. Dans les confréries, les musiciens interprètent une musique solennelle adaptée aux différents évènements de celles-ci comme pour l’élection des maîtres de la confrérie ou pour les offices religieux.


La musique savante, quant à elle, s’adresse à un public raffiné aux goûts délicats qui écoute dans les demeures seigneuriales les airs de cours, les mélodies accompagnées aux sons du luth et du clavecin.


François 1er avait à sa cour des joueurs de viole à son service, ce qui affirme son goût délicat, car la viole était un instrument précieux. Ainsi, il pouvait écouter des concerts en toute intimité. La musique faisait partie de l’éducation des princes. Le nombre de musiciens attaché au service d’un seigneur ou d’un prince soulignait l’importance et la grandeur de celui-ci. Au cours de ses expéditions dans le royaume de Naples ou dans le Milanais, les italiens exercèrent une grande influence sur François 1er et les seigneurs français. La découverte de tant d’œuvres d’art éblouit le roi et ses compagnons. Les alliances de nos familles avec celles de l’Italie nous ont fait découvrir les merveilles artistiques de cette époque. La douceur du climat, la splendeur architecturale des demeures, les marbres, les sculptures, les peintures, tout un faste inoui où le charme et la beauté étaient réunis pour se marier au sublime.


Ces divertissements émerveillèrent le jeune monarque et sa suite. Les fêtes données en leur honneur dépassaient leur imagination. L’élégance de la noblesse italienne, la beauté des femmes, la préciosité de leurs costumes de drap de soie brodé d’or et d’argent, parsemés de perles et de pierres précieuses les fascinaient.


Ce n’étaient que bals, festins, mascarades. La mode des masques les ravissait, ils s’extasiaient sur la diversité des danses où la noblesse Italienne aimait à se prêter. En comparaison des quelques basses danses pratiquées à la cour de France, ils découvraient une grande variété des gestes de pas, d’attitudes où s’échangeaient la grâce et l’élégance. Épris de magnificience et de splendeur, François 1er fut conquis par l’éclat et l’apparat des cours italiennes. Avec l’influence grandissante de la bourgeoisie, armateurs, marchands, financiers, rivalisèrent avec la noblesse où dans la somptuosité des demeures se déroulaient des fêtes plus somptueuses les unes que les autres. Si la polyphonie vocale est à son apogée, les instruments de musique dans cette première moitié du xvie siècle impose un combat décisif aux voix montrant l’importance de plus en plus grande à l’épanouissement d’une musique instrumentale.


Nombreux sont les arts qui témoignent de la présence des instruments en usage à l’époque. Les poètes évoquent l’intimité du luth ou la mélodie d’une flûte et les artistes illustrent dans leurs œuvres la présence de la musique dans la vie quotidienne. De même, la musique à l’église est largement représentée, et cela dès le début du xiiie siècle. Si l’orgue est l’un des maîtres de la musique religieuse, la maîtrise fait souvent appel aux nombreux autres instruments. La voix vocalise fidèlement le texte, tandis que les parties de ténor et de contraténor sont confiées aux instruments.


Chaque année, des processions ont lieu à Chartres, Amiens, Lyon et autres nombreuses villes de France.
Les musiciens, chanteurs accompagnent de leurs instruments ces prières musicales. On les retrouve aussi comme participants à un tournoi, à une chasse, à une guerre.


Peu populaires pendant le Moyen-âge, les aérophones eurent un essor tout à fait nouveau pendant la Renaissance. Le xvie siècle assiste à une pratique des cuivres dont l’épanouissement sonore favorise une expression nouvelle. L’adresse des fabriquants d’instruments à vent joua un rôle important dans l’évolution de la facture instrumentale. Le cornet prend différentes formes qu’il gardera tout au long de son histoire. La trompette adopte la forme qu’elle conservera pendant trois siècles. On n’a jamais amélioré le principe de la coulisse, de la sacqueboute et le trombone moderne est toujours construit d’après le même schéma de base. Au niveau des progrès réalisés dans l’acoustique, le pavillon multiplicateur a été particulièrement important, permettant une meilleure diffusion sonore qu’un simple entonnoir. Ces cuivres sont indispensables à l’apparat d’un cortège royal, et augmentent le prestige d’une cérémonie publique.


Pendant la Renaissance, aucune autre famille que les aérophones en bois ne donne naissance à autant d’instruments. Les matériaux utilisés pour leur construction sont l’ivoire ou divers bois, le buis pour les plus petits et le peuplier pour les plus grands. Un alignement très précis des trous permet au musicien d’utiliser la main droite ou la main gauche en position supérieure. En plus de l’introduction des jeux de clefs, les principales innovations résident dans le développement du capuchon d’anche du cromorne et de ses dérivés. Bien que la diversité des bois soit incontestable à l’époque, peu de compositeurs écrivent des œuvres adaptées à leur registre. Néanmoins, les joueurs disposent d’un vaste répertoire, étant donné que la musique instrumentale et surtout la musique de danse convient à une grande variété d’instruments.


La prédominance des instruments à cordes durant la Renaissance ne fait aucun doute. Fidèlement représentées dans de nombreux livres et peintures de l’époque, les cordes bénéficient d’une immense popularité. L’étendue de leur registre et la possibilité qui leur est naturelle de rivaliser avec la voix humaine permettent aux instruments à cordes d’être présents pour les musiques d’intérieur, les musiques de danse et la musique d’église. C’est principalement pour ces instruments que diverses formes de musique d’ensemble ont vu le jour. Comme pour le clavecin, les cordes se sont constituées un répertoire de soliste et la quantité de musique écrite qui leur est consacrée pendant la Renaissance est énorme.


On s’aperçoit qu’une proportion écrasante est écrite pour les cordophones et plus particulièrement pour les instruments à cordes pincées : le luth, le théorbe, le cistre, la harpe, la guitare, la mandore et parmi les instruments à archet ou à cordes frottées : la viole.


Jouer des instruments à cordes est un passe-temps aristocratique très recommandé, cependant, le violon reste encore un instrument populaire.
Un nombre impressionnant d’instruments à percussion (membranophones, idiophones) est représenté dans l’iconographie et la littérature de l’époque. Aucune information précise ne mentionne leur utilisation car ils sont surtout employés dans la musique de danse et la musique militaire.


Pendant la Renaissance, l’art du clavier devient essentiellement un art de soliste. Tous les membres de la société, qu’ils soient amateurs ou professionnels, pratiquent ces instruments. Les claviers dans la musique d’ensemble, interviennent le plus souvent en tant qu’accompagnateurs. Bien que nous ne sachions pas exactement comment ces musiciens interprètent leur portée, il est possible de penser qu’ils soutiennent le continuo. À l’église, l’orgue joue en soliste, mais accompagne également les voix des fidèles.