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Sélection d’objets

Photo

Enfant Saint-Cyrien

Cette photographie encadrée, prise avant la guerre, représente un enfant habillé en soldat. Confectionnés par les familles elles-mêmes ou proposés par des magasins spécialisés, les uniformes pour enfants ont été nombreux en France, Grande Bretagne ou en Allemagne durant le conflit.
Ils témoignent d’une imprégnation de la guerre et de ses valeurs dans toute la société civile, notamment dans le cadre familial.
Ils sont ainsi la manifestation d’une forme de mobilisation des enfants dès avant le conflit : par leur tenue, les enfants font également la guerre. Ils se substituent à leur père ou à leur grand frère. Ils deviennent hommes. Ce statut nourri des valeurs et des attitudes inhérentes à la condition d’adulte est particulièrement illustré sur cette photo.

Debout, jambes croisées, une cigarette dans la main droite, accoudé à un guéridon, l’enfant dont le visage est grave dégage une assurance et une détermination qui sont celles d’un adulte responsable, courageux et conscient de ses devoirs.
La force, la solennité et le sérieux voulus et recherchés sont renforcés par la nature de l’uniforme même : il s’agit de la tenue d’un Saint-cyrien.
Fondée en 1802 par Bonaparte, l’Ecole Spéciale Militaire est transférée à Saint Cyr en 1808. Dès l’origine, sa devise est fixée :
« ils s’instruisent pour vaincre
 ». Destinés à devenir officiers d’infanterie ou de cavalerie, les élèves recrutés entre 16 et 18 ans suivent une scolarité de deux ans marquée par une discipline stricte. Ils constituent une élite sociale et forment ce que d’aucuns qualifient de premier bataillon de France (titre honorifique). Un prestige dont témoigne la célèbre tenue, celle de l’uniforme de l’infanterie en ligne.
Esquissée en 1845, elle prend sa forme définitive (en tout cas, il n’y a pas de modification majeure avant 1919) sous le Second Empire.
Elle comporte :

  Le shako, posé ici sur le guéridon, orné d’un plumet tricolore appelé casoar (référence à l’oiseau dont le plumage est magnifique. Un oiseau qui fit son apparition au jardin d’acclimatation de Paris justement sous le Second Empire).

  Les épaulettes de laine écarlates que porte l’enfant.

   Les gants blancs et le sabre-baïonnette constituent les autres effets de la tenue, mais ne sont guère présents sur la photo.

En août 1914, au soir du départ pour le front, la promotion Montmirail (12-14) fait le serment de monter à l’assaut en casoar et en gants blancs. Serment ô combien symbolique de ce prestige entretenu.


© CRDP de l’académie d’Amiens - Les Enfants dans la Grande Guerre, juin 2003.
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