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L’artiste introduit dans
cette miniature illustrant le mois de février une innovation du
point de vue de la composition : il intègre l’image habituelle
– un personnage au coin du feu – à une scène
de la vie paysanne. L’espace est étendu et les personnages
multipliés.
Représentation réaliste de la campagne sous la neige mais
aussi scène idéalisée reflétant un monde pacifié
à une époque où les campagnes comme les villes étaient
victimes des pillards, des bandes de mercenaires et de la guerre civile
.
Au premier plan, la ferme entourée
d’un enclos : le plessis, destiné à tenir écartées
les bêtes sauvages.
A gauche, l’artiste nous dévoile l'intérieur de l’humble
demeure où trois personnages, détendus et tranquilles, se
chauffent devant le feu tandis que sèche le linge. Ils sont vêtus
bien plus simplement que les personnages figurant sur la miniature du
mois de janvier. La palette des couleurs utilisées pour les vêtements
souligne cette différence de condition sociale . Un chat gambade
près de la cheminée, ce qui accentue l’atmosphère
de sérénité. Les murs nus, sans décoration,
sont en bois, le toit de chaume est surmonté d’une cheminée
en osier tressé. Dans le fond, on aperçoit les deux seules
fenêtres que comporte le logis. Elles sont très étroites.
En général, il n’y a qu’une seule porte que
l’on ferme –comme les fenêtres – de l’intérieur,
au moyen d’un volet de bois et d’une barre. La maison se compose
d’une pièce unique avec un renfoncement pour les lits et
une petite cuisine. Le plafond est bas, le sol en terre battue. Le paysan
du Moyen-Age ne vit pas à l’intérieur de sa maison.
Elle lui sert à manger, dormir, s’abriter l’hiver.
C’est pourquoi, aussi riche soit-il, il est peu attaché à
sa demeure et ne cherche pas à l’embellir ou à la
rendre plus confortable.
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A u centre et à droite de
l’enclos,
une bergerie avec un nombre assez important de moutons pour l’époque,
derrière, la grange où sont entreposés le blé,
la paille et le foin quatre ruches en paille. Le miel avait au Moyen-Age
une importance capitale. Utilisé systématiquement dans l’alimentation
(le sucre de canne ne se substitua au miel que peu à peu à
partir du XIIIe siècle), il servait aussi de médicament
et se vendait très cher. Elever des abeilles constituait donc une
source importante de revenus.
Un pigeonnier : plus que les autres possessions, signifie la position
sociale importante de cette famille de paysans, au sein du village.
Des tonneaux, des fagots de bois, une charrette, des pigeons qui picorent
: tous ces indices nous laissent à penser que cette ferme appartient
à des paysans aisés qui possèdent animaux et instruments
de travail et qui vivent peut-être sur une tenure, une pièce
de terre qui leur a été concédée par Jean
de Berry auquel, en échange, ils doivent une partie de leur production
en nature ou en argent ainsi que des services en travail à faire
sur la réserve, c’est-à-dire le domaine directement
exploité par le duc.
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A l'extérieur, au second plan, une meule
de foin et trois personnages saisis sur le vif. L’un souffle dans
ses doigts et s'apprête à regagner la maison, tandis que
l'autre abat un arbre. Derrière lui, un troisième mène
un âne chargé vers un village. Les maisons du village sont
bâties autour de l’église dont on aperçoit le
clocher au-dessus des bâtiments. Ces constructions n’ont pas
besoin, semble-t-il, de s’abriter derrière un rempart.
L’utilisation de couleurs éteintes noyées dans la
blancheur de la neige, la précision de certains détails
comme la lourde marche du paysan, la buée qui sort de la bouche
du personnage qui se hâte de rentrer, les empreintes de pas dans
la neige sur le seuil de la chaumière, l’ébauche de
perspective atmosphérique, accentue l’expression de la rudesse
de la vie paysanne par rapport à la vie de plaisirs menée
à la cour du duc.
Tout dans cette scène champêtre donne une impression de paix
: c’est le pendant de la scène de cour qui précède
(glorification de la paix).
L’artiste nous livre une image neuve de l'hiver qui annonce l'art
de Bruegel.
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