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Là encore, l’image
habituelle illustrant le mois de mars - la taille de la vigne –
est intégrée dans une composition plus vaste figurant les
premiers travaux des champs de l’année : labour, semailles
et taille de la vigne.
Cette scène paysanne, dominée par la puissante forteresse
de Lusignan, verrou stratégique du royaume en Poitou, que le duc
de Berry avait fait transformer et moderniser , sert parfaitement l’intention
encomiastique des Très Riches Heures. Elle symbolise le pouvoir
politique et économique du prince en montrant le château
et ses dépendances, des terres cultivées par des serfs domestiques
et des paysans corvéables . Après une tenure, l’artiste
nous présente la réserve, le domaine directement exploité
par le seigneur.
Devant le château, au premier
plan, on assiste à une scène de labour : un paysan à
la barbe blanche, très concentré sur son travail, guide
deux bœufs qui tirent une charrue. Il porte une cotte bleue et un
surcot – un genre de tunique – grise. Un mouchoir rouge, retenu
par son chapeau couvre sa nuque ; un autre sort de sa ceinture. Ses vêtements
semblent plus misérables que ceux des paysans de février.
Il tient de la main droite l'aiguillon pour diriger les bœufs, et
de la gauche, le mancheron de la charrue. La charrue est en bois, le soc
et le versoir en fer.
A faire remarquer : les ombres portées des jambes du laboureur
et de la charrue.
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Au second plan, à droite,
les premières semailles : un paysan se penche sur un sac pour en
prendre le grain qu'il va semer.
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A gauche, trois ouvriers taillent
les ceps de vigne (leurs outils : une hache, une serpe) ; leurs échalas
sont soigneusement disposés en faisceaux .
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De l’autre côté
du chemin de terre, dans un autre enclos, l’artiste a représenté
une vigne déjà taillée au pied de la maisonnette
du closier. Il a fini sa tâche : la ville a été taillée,
labourée, sarclée.
Au Moyen-Age, le vin est en Occident la boisson par excellence. Il est
jugé bon pour la santé. C’est un don de Dieu. Aussi
le vignoble français est beaucoup plus étendu qu'aujourd'hui,
et les vins du Poitou, blancs et rouges sont extrêmement réputés
et exportés, par La Rochelle, en Angleterre et dans les Flandres.
Cependant au XVe siècle, ces vins commencent à subir la
concurrence de ceux de Bordeaux et de Bourgogne.
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Au troisième plan, à
gauche, un berger et son chien gardent un troupeau de moutons. A l'intersection
des différentes pièces de terre, un petit monument gothique,
appelé Montjoie, sert de borne.
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Le château : L’enlumineur
a non seulement placé le château en position dominante sur
la miniature mais il a également tenu à en souligner la
puissance par la précision de son architecture : de gauche à
droite, on distingue la double enceinte, la barbacane – fortification
avancée, la Tour de l'Horloge et la Tour Poitevine d'où
s'échappe la fée Mélusine, figurée en dragon
ailé.
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L’allusion à la fée Mélusine
participe aussi à la célébration de la puissance
du duc.. En 1392, Jean d'Arras composa pour Jean de Berry un roman de
Mélusine, la fée fondatrice du lignage et du château
de Lusignan ; l’ouvrage, La noble histoire de Lusignan, rappela
que par sa mère, le prince descendait de la fée. Selon la
légende, cette fée avait pris l'apparence d’une très
belle femme et avait épousé un mortel nommé Raymondin
auquel elle apportait la richesse et le bonheur tant qu’il respecterait
un interdit. Mais un jour, Raymondin viola le pacte et découvrit
le secret de la fée qui se métamorphosait en serpente le
samedi. La fée disparut alors, et il perdit le bonheur qu'elle
lui avait apporté.
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