Selon le journal de la communauté universitaire (Université de Laval), la frontière du sol gelé en permanence dans la région de la baie James est 130 km plus au nord qu'il y a 50 ans (article de février 2010). Selon les deux chercheurs (Simon Thibault et Serge Payette), si la tendance se maintient, la disparition complète du pergélisol de cette région surviendra à brève échéance. Le réchauffement climatique semble l'explication la plus probable à ce phénomène, des données provenant d'un site étudié dans le nord par le professeur Payette montrent que la température annuelle moyenne a augmenté de deux degrés Celsius depuis 1988. Peut-on faire les mêmes observations pour l'ensemble du pergélisol ? Et dans cette hypothèse, quelles seraient les conséquences probables de ce phénomène de recul du permafrost sur le climat, sur les conditions de vie sur notre planète ? Voici quelques pistes pour tenter de faire le point sur ces questions.


Pour commencer, revenons sur la définition du pergélisol. Pour Brigitte Van Vliet-Lanoë (Sédimentologie et géodynamique – Université Sciences et technologie de Lille) c'est « la partie du sol située sous la surface qui ne dégèle pas pendant au moins deux années consécutives. Il enregistre le déficit thermique climatique sur une longue durée (103 ans) avec une accumulation de glace de ségrégation, sous forme d'un feuilletage de lentilles centimétriques, surtout dans les premiers dix mètres du sol. Il sert de plancher estival aux eaux superficielles. »

C'est aussi une gigantesque réserve de carbone organique (restes de plantes et d'animaux qui se sont accumulés pendant des millénaires). Ce carbone est neutralisé par le gel dans le sous-sol, mais avec le réchauffement les organismes microbiens commencent à le décomposer et à en libérer une partie dans l'atmosphère.

Y aurait-il donc des raisons de s'inquiéter ? Certains estiment que le pergélisol pourrait constituer « une véritable bombe à retardement capable de transformer un jour la planète en véritable fournaise... », en effet, des millions de tonnes de méthane (et de tourbe qui pourrait être bio-dégradée en cas de disparition du pergélisol) sont emprisonnées dans la « merzlota » (le territoire russe est constitué pour une bonne partie par ce permafrost), et avec l'accélération du dégel, la concentration de ce gaz dans l'atmosphère pourrait augmenter dans des proportions considérables.  Or c'est un des principaux GES, son impact sur le réchauffement climatique est estimé à 25 fois celui du CO2 (pour l'instant son impact est beaucoup plus faible, car l'atmosphère en contient 210 fois moins). Le méthane libéré par le réchauffement climatique entraînerait un accroissement de ce dernier, libérant encore plus de méthane pour un effet boule de neige (les deux phénomènes s'amplifieraient mutuellement) auto-entretenu jusqu'à l'épuisement final des réserves de méthane (et de tourbe) dans le pergélisol.

Pour d'autres, le scénario est beaucoup moins inquiétant. L'institut polaire français Paul Emile Victor souligne qu'en Alaska, en Islande et au Spitzberg, « les formes de pergélisol discontinu ou sporadique se dégradent et disparaissent. Avec un réchauffement important du climat, on peut s'attendre à une rétraction du pergélisol dans ses limites d'il y a 8 000 ans, mais pas à sa disparition totale. » Les causes sont souvent anthropiques : déforestation (voir par exemple en Yakoutie), circulation, plans d'eau... L'augmentation actuelle des précipitations a comme conséquence d'accélérer le phénomène. Mais « le risque de dégazage d'hydrates est quasi-inexistant. » De plus, en zone côtière, le relèvement des températures n'est pas responsable de la dégradation très rapide du pergélisol. Les causes sont plutôt liées au relèvement du niveau  marin, à l'augmentation de la violence des tempêtes et au point de congélation plus bas de l'eau de mer. C'est une zone clef d'un point de vue biodiversité en raison de la « préservation de souches anciennes de bactéries dans le pergélisol tertiaire de Sibérie ». Il faut considérer également que le dégel de la merzlota permettrait de libérer une surface agricole à prendre en compte pour l'avenir de l'humanité. Mais cela modifierait considérablement l'hydrologie de l'hémisphère nord. Le réchauffement actuel est surtout sensible en milieu hypercontinental et il n'affecte le permafrost que superficiellement (au contraire il s'épaissit dans le secteur péri-atlantique, voir cet autre article par H. Le Treut sur la possibilité de prévoir les variations anthropiques du climat).

Toutefois, selon les études les plus récentes la fonte accélérée du pergélisol va renforcer l'effet du réchauffement climatique dans des proportions qui étaient largement sous-estimées par les modèles climatiques utilisés jusqu'à présent. Avec une augmentation de 2,5 degrés Celsius d'ici 2040 (par rapport à la moyenne 1985-2004), on obtiendrait 30 à 63 milliards de tonnes de carbone, et pour 7,5 degrés de plus on aurait 232 à 380 milliards de tonnes en plus. Ces estimations sont 1,7 à 5,2 fois plus grandes que celles qu'on avait retenues dans les études récentes.

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