02 Avril 2012
Répondre aux besoins alimentaires de sept milliards d'humains (neuf à dix milliards demain) est un défi majeur. Le processus de modernisation agricole par la révolution verte, mis en place à la fin des années 1960 en Asie et en Amérique latine, a déjà fait la preuve de sa capacité à augmenter les rendements agricoles pour satisfaire la demande mondiale croissante en aliments. Mais ce processus semble atteindre ses limites depuis le début des années 1990 pour deux raisons. La première est son impact négatif sur l'environnement. La seconde tient à l'évolution du concept de sécurité alimentaire : il ne s'agit plus seulement de mettre à disposition de la nourriture en quantité suffisante, mais de répondre à une demande qualitative tout en tenant compte du caractère multidimensionnel de la sécurité alimentaire. Dans ce contexte, la question est de savoir si il faut passer à une nouvelle révolution verte, ou si il faut préférer le modèle alternatif de l'agroécologie. Nous chercherons dans les lignes qui vont suivre (compte rendu de la synthèse de Cédric Egal de l'IDDRI - SciencesPo.) à proposer quelques pistes de réflexion pour mieux comprendre les enjeux de ce débat.
Une nouvelle révolution verte consiste, tout en cherchant à réduire les conséquences négatives (économiques, sociales, environnementales) de la première révolution verte, à poursuivre une amélioration des rendements grâce aux semences améliorées, aux intrants chimiques et à l'irrigation. L'agroécologie se veut être le modèle alternatif. La modernisation agricole, selon ce modèle, doit se faire sur des fondements radicalement nouveaux. Par exemple, les engrais chimiques seraient remplacés par une amélioration de la fertilité à l'échelle de l'exploitation en utilisant des engrais organiques et en optimisant les synergies entre les composantes de l'écosystème. On peut aussi remplacer les pesticides par une lutte intégrée contre les ravageurs ; le recours à une irrigation massive par l'efficience maximisée de l'eau pluviale au niveau local ; ou bien encore la spécialisation sur un petit nombre de cultures par le recours à la biodiversité locale et en associant différentes activités et espèces dans l'exploitation. L'agroécologie est un concept scientifique et porteur d'innovations, elle englobe des pratiques diverses (agroforesterie, agriculture biologique, intégration de l'élevage et de l'agriculture...) qui ont pour objectif « d'améliorer les systèmes agricoles en imitant les processus naturels, créant ainsi des interactions et synergies biologiques bénéfiques entre les composantes de l'agrosystème » (Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation).
L'agroécologie est-elle capable de répondre aux enjeux de la sécurité alimentaire dans toutes les dimensions : disponibilité, accès, nutrition et stabilité ?
Disponibilité : produire suffisamment de nourriture ne veut pas dire sécurité alimentaire. Il faut augmenter le pouvoir d'achat, et donc les revenus. L'agroécologie peut y contribuer en augmentant les rendements et en réduisant ou supprimant le recours aux intrants chimiques dont le prix déjà élevé devrait suivre l'évolution ascendante de celui des énergies fossiles. Cela signifie également moins d'impacts négatifs sur l'environnement et moins de dépendance par rapport aux fournisseurs. Avec l'agroécologie, la priorité est donnée aux investissements pour des biens publics (stockage et transformations des productions, routes...) et non pas aux biens privés (subvention de la demande d'intrants...). Il y a donc moins de pertes ce qui améliore la disponibilité alimentaire en même temps que les revenus. L'agroécologie est également créatrice d'emploi : pépinières, transformation et distribution du fumier, formation et diffusion de ces pratiques...
Nutrition : contrairement à la monoculture induite par la révolution verte, l'agroécologie met en avant une diversification des cultures. Ceci devrait favoriser une alimentation plus saine et plus équilibrée.
Stabilité : La diversification des productions permet d'amortir les variations de revenus des petits agriculteurs, ceux-ci devenant moins vulnérables face à une mauvaise récolte d'une production ou à la baisse de son prix de vente. L'agroécologie étant basée sur la culture de variétés locales, elle résiste mieux aux contraintes climatiques et ravageurs locaux. Elle devrait permettre également une meilleure adaptation aux changements climatiques actuels et à leurs conséquences (sécheresses, inondations, hausse des températures, variation de la pluviométrie...). Les pratiques agroécologiques ont également pour conséquence de diminuer les causes de ce changement climatique : la diminution de l'utilisation d'intrants externes permet de réduire la consommation d'énergies fossiles qu'ils utilisent (engrais chimiques, pesticides, irrigation à grande échelle). Elles permettent aussi de séquestrer d'importantes quantités de carbone dans les sols. Par exemple, la plantation d'arbres permet de fertiliser les sols tout en séquestrant le carbone indispensable à leur croissance. Le GIEC estime que l'agriculture pourrait éviter d'être un amplificateur du changement climatique (13 % des émissions des GES actuellement au niveau global) et devenir une solution en séquestrant le carbone si on réoriente les pratiques agricoles.
L'agroécologie semble donc tout à fait en mesure de permettre une agriculture durable.
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