La concentration de CO2 dans l'atmosphère est sur le point de passer le seuil des 400 ppm (parties par million) pour la première fois dans l'histoire humaine. Selon l'observatoire Mauna Loa d'Hawaï (qui dépend de la NOAA – l'Agence américaine océanique et atmosphérique) la concentration de CO2 a atteint 399,72 ppm le 25 avril 2013. Christiana Figueres – responsable de l'ONU pour le climat – a exprimé son inquiétude et appelé à une action urgente devant cette évolution.

Pour rappel, il faut dire que l'objectif est de contenir la hausse de la température globale à 2 degrés Celsius par rapport au niveau préindustriel : les scientifiques estiment qu'au-delà, le système climatique s'emballerait. Pour parvenir à une augmentation limitée à une valeur comprise entre 2 et 2,4 degrés Celsius, il faudrait que la concentration en CO2 ne dépasse pas 350 à 400 ppm. En 1958, les premières observations permettaient de relever 316 ppm, et avant la période industrielle (donc avant le recours aux énergies fossiles) la concentration devait être de 280 ppm selon les estimations. Dans ce contexte, revenons sur quelques chiffres et les commentaires proposés par Bill McKibben dans un article de LaRevueDurable (N=° 48, mars, avril, mai 2013)

 

Tout d'abord, si il faut ne retenir qu'un seul chiffre du sommet sur le climat de Copenhague (2009), c'est celui des deux degrés Celsius. En effet, le premier paragraphe de l'accord reconnaît « la vision scientifique que l'augmentation de la température globale devrait rester inférieure à 2°C ». Et le paragraphe suivant déclare que des baisses profondes d'émissions globales sont nécessaires... pour maintenir la hausse de la température globale en dessous des 2°C. L'augmentation observée actuellement est de 0,8 °C. Et cela a provoqué des dommages bien plus importants que ce à quoi la plupart des scientifiques s'attendaient (les océans 30 % plus acides, des accidents climatiques -comme les tornades, cyclones, sécheresses, inondations- plus graves et plus fréquents).

 

Ensuite, le deuxième chiffre est : 565 gigatonnes. C'est, selon les scientifiques, ce que l'humanité peut encore déverser de CO2 dans l'atmosphère d'ici 2050 tout en gardant l'espoir de rester sous les 2°C. Ce chiffre provient de Carbon tracker initiative. Cet organisme s'inspire d'une étude parue dans Nature en 2009, par Meinshausen. Sur les 38 ans qu'il reste d'ici 2050, cela signifie 15 milliards de tonnes par an, soit deux fois moins que le rythme actuel (32 milliards de tonnes en 2011 selon l'AIE). Il faut savoir également que si nous cessions d'augmenter la quantité de CO2 dans l'atmosphère maintenant, la température continuerait probablement d'augmenter de 0,8 °C. Nous avons donc, en fait, déjà réalisé les trois quart du chemin vers la cible des 2°C. Or, sauf en 2009, nous continuons, année après année, de déverser des quantités record de carbone dans l'atmosphère.

 

Une dernière valeur pour terminer : 2795 gigatones. C'est la quantité de carbone contenu dans les réserves déjà prouvées des entreprises d'énergie fossile et de certains pays qui ne vivent que de cette ressource (Venezuela, Koweït...) et qui se comportent comme ces entreprises. C'est donc l'énergie fossile que nous envisageons de brûler, c'est cinq fois plus que les 565 dont nous parlions dans le précédent paragraphe. Et ces chiffres ne tiennent pas compte des énergies non conventionnelles comme les gaz de schiste. Nous devrions donc conserver 80 % de ces réserves dans le sous sol pour éviter un destin funeste. Les 2795 gigatonnes d'émissions de carbone valent environ 27 000 milliards de dollars, ce qui veut dire que si l'on en garde 80 % sous terre cela reviendrait à supprimer 20 000 milliards d'actifs. Est-ce envisageable ?

 

Comment expliquer de tels profits pour l'industrie de l'énergie fossile ? Ils sont liés à une particularité historique : seule dans le monde des affaires, cette industrie est autorisée à se débarrasser gratuitement de son principal déchet : le CO2. Faut-il donc mettre un prix au carbone ? Le consommateur (pollueur) devenant le payeur, les énergies non polluantes gagneraient en compétitivité... Mais peut-on réduire la profitabilité de l'industrie de l'énergie fossile ? Le bilan très décevant de Rio+20 en juin 2012 laisse penser que la Terre est toujours sans gouvernance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

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