La Banque Mondiale a publié le 19 juin 2013 un nouveau rapport sur la crise climatique qui évalue l'impact d'une augmentation des températures de 2 à 4 °C en Afrique, Asie du Sud et Asie du Sud-Est. Dans de nombreuses régions de notre planète, l'impact du changement climatique est déjà perceptible, et pourtant la température n'a augmenté que de 0,8°C depuis le milieu du XIXe siècle. Un réchauffement de 2°C d'ici deux ou trois décennies aurait des conséquences bien plus redoutables.

Le dernier rapport de la Banque Mondiale détaille les effets du réchauffement dans les trois régions citées ci-dessus, les dégâts au niveau de la production agricole, pour les habitants des villes côtières et sur les ressources hydriques. Or, selon les scientifiques, le scénario des deux degrés de plus risque de se concrétiser d'ici 20 à 30 ans. Le monde connaîtra alors des pénuries alimentaires généralisées, des vagues de chaleur inédites, des cyclones plus intenses... Comme dans son précédent rapport, la Banque Mondiale insiste sur le fait que ce sont les populations les plus pauvres qui seront les plus vulnérables face au changement climatique. Ce sont aussi les populations qui ont la plus faible part de responsabilité dans la crise climatique et qui sont les moins à même de mobiliser des moyens pour faire face. Les risques principaux se retrouvent au niveau des productions vivrières, des terres agricoles, des ressources hydriques. De plus, les phénomènes météorologiques extrêmes vont mettre leurs vies et leurs habitations en danger.

 

En Afrique subsaharienne, c'est la question de la sécurité alimentaire qui est le défi suprême car la modification des régimes de précipitations multiplie les risques de sécheresses et/ou d'inondations. Toujours selon le même scénario des deux degrès, 40 à 80 % des terres agricoles deviendront impropres à la culture du maïs, du millet et du sorgho d'ici 2040. Pour l'Asie du Sud-Est, le changement climatique soumet les villes côtières à un stress immense. D'ici 2040 (si rien n'est fait) une élévation du niveau des océans de 30 centimètres est attendue. Cette élévation provoquerait des inondations importantes dans les villes et les champs se retrouveraient gorgés de sel, ce qui les rendrait inutilisables pour l'agriculture. Par exemple, au Vietnam (gros producteur de riz), le delta du Mékong serait fortement menacé et la production de riz subirait une perte d'environ 11%. Les tempêtes devraient redoubler d'intensité. Le rapport montre aussi que l'acidification des océans représente une très grave menace pour le récif corallien qui ne pourrait plus assurer ses trois fonctions : habitat pour la faune marine, protection des côtes en cas de tempête, recettes touristiques. Il y a aussi un risque de réduction des prises en mer dans le sud des Philippines en raison de la destruction des biotopes. En Asie du sud, les chercheurs mettent en évidence des risques de pénuries d'eau ou d'excédents selon les régions. Ces moussons et vagues de chaleur exceptionnelles auront des conséquences sur les cultures. Le recul des glaciers de l'Himalaya diminuera le débit de fleuves comme l'Indus, le Gange et le Brahmapoutre dont on connait l'importance pour l'économie de ces régions. Des millions d'habitants seront privés de sources suffisantes en eaux et en nourriture, voire d'énergie. Le Bangladesh, Calcutta et Bombay connaitront la recrudescence des inondations, l'intensification des cyclones, l'élévation du niveau des océans et le réchauffement des températures.

 

De son côté, Le Devoir, évoque une autre étude (britannique) qui indique que le pergélisol devrait commencer à dégeler durablement d'ici 10 à 30 ans. Il renferme environ 1700 milliards de tonnes de carbone (le double du CO2 déjà contenu dans l'atmosphère). Il pourrait commencer à fondre à partir d'un réchauffement global de 1,5°C, relachant alors tout le carbone accumulé depuis des milliers d'années. Le problème, c'est que cet apport supplémentaire énorme de carbone n'était pas pris en compte jusqu'à maintenant dans les scénarios et les projections sur le réchauffement climatique qu'on utilise dans les négociations mondiales...

 

Pour freiner la hausse des températures, il faudrait contenir la concentration du CO2 à moins de 400 ppm (parties par millions). Comme nous le disions dans un de nos précédents articles, il faudrait, pour cela, laisser 80 % des réserves d'énergies fossiles mondiales dans le sous sol. Il y a encore de nombreuses pistes à explorer, il faut pour cela une véritable volonté politique.

 

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