Dans le contexte actuel de crise financière puis de crise économique, de demi succès (demi échec ?) du sommet de Durban, un débat déjà ancien a tendance à revenir dans toutes les conversations sur l'EDD : faut-il « parler le langage de la vérité » (Bernard Perret1), et regarder les choses en face ou « ne pas culpabiliser ni faire peur » ?...

Pas facile pour les éducateurs, les enseignants, les adultes de trancher et de choisir la bonne attitude. Cet article a pour simple ambition d'aider à y voir plus clair, de mieux entendre les enjeux du débat. La question posée est en fait celle des indicateurs à utiliser. Classiquement, ils avaient pour objectif de permettre de suivre l'évolution générale des sociétés. En revanche, les plus récents sont pensés pour renseigner les individus sur les effets de leurs actes, par exemples l'étiquetage environnemental ou les compteurs intelligents comme ceux qui nous donnent en instantané la consommation d'essence... L'objectif de ces nouveaux indicateurs est de créer « des médiations techniques entre nos actes quotidiens et leurs effets sur la biosphère » (B. Perret).

Nous proposons donc, quelques éléments de réflexion et des ressources sur les principaux indicateurs à notre disposition.

Le développement durable voudrait « répondre aux ambitions de l'humanité actuelle et future, sans sacrifier les plus démunis ». Pour cela la France a adopté une stratégie nationale de développement durable (SNDD) en 2003. Actuellement nous en sommes à la stratégie pour la période 2010-2013 (intitulée « vers une économie verte et durable ») ; elle fixe des objectifs et se donne 54 indicateurs pour en évaluer les résultats. On peut les répartir dans trois ensembles : 15 indicateurs phares complétés par 35 indicateurs de second niveau et 4 pour le contexte économique et social. L'INSEE propose un dossier très complet sur ces trois ensembles. En effet, l'Institut fournit pour chacun un résumé de l'évolution, un graphique (qu'on peut agrandir d'un simple clic), les enjeux qui lui sont liés et une analyse. Voici en quelques mots (mais bien sûr, il vaut mieux se reporter au site de l'INSEE pour une compréhension détaillée) ce que l'on peut globalement en retenir. Depuis le début de ce siècle, la croissance économique par habitant a été plus modérée dans l'hexagone que pour l'ensemble de l'UE, mais on observe une relative maîtrise d'une partie des pressions sur les ressources naturelles (voir, par exemple, les émissions de GES et la productivité des ressources). Un gros travail reste à faire au niveau des engagements à plus long terme. D'autre part, la biodiversité continue à subir de fortes pressions et à diminuer. Le diagnostic est contrasté pour ce qui concerne le bien-être et la cohésion sociale : pour le côté positif, on retiendra une amélioration de l'espérance de vie en bonne santé et un taux de pauvreté monétaire inférieur à la moyenne en Europe ; pour les aspects négatifs, il faut prendre en compte le faible taux d'emploi des séniors et la part élevée des 16-25 ans hors emploi et formation. Au niveau des objectifs « du millénaire » (participation de la France aux objectifs du DD à l'échelle mondiale) un effort accru s'impose, en particulier pour ce qui est de l'aide publique au développement.

Un fichier excel (« Données associées au graphique » précise la définition pour chaque indicateur. Le site propose également à chaque fois en téléchargement une fiche en pdf. On y trouve, en plus, des liens vers des ressources complémentaires. Voici un inventaire rapide de ces 54 indicateurs. Pour commencer, il y en a quatre qui précisent le contexte (Revenu national net et PIB/hab. UE), taux de chômage et taux de sous-emploi, distribution des revenus et le taux de fécondité pour l'aspect démographique). Ensuite, les indicateurs phares et de second niveau sont classés en fonction de neuf défis à relever. Pour chacun, nous vous proposons des indicateurs phares et des exemples d'indicateurs complémentaires (ils sont tous détaillés sur le site de l'INSEE). Défi 1 : Consommation et production durables (Productivité matière, production et recyclage de déchets...). Défi 2 : Société de la connaissance (Sortie précoces du système scolaire, R&D...). Défi 3 : Gouvernance (Participation des femmes aux instances de gouvernance, participation aux élections, nombre d'agenda 21 locaux...). Défi 4 : Changement climatique et énergie (Emissions de GES, empreinte carbone, énergie renouvelable...). Défi 5 : Transports et mobilité durables (Consommation d'énergie des transports et PIB, répartition modale des transports...). Défi 6 : Conservation et gestion durable de la biodiversité et des ressources naturelles (Indice d'abondance des populations d'oiseaux communs, artificialisation des sols...). Défi 7 : Santé publique, prévention et gestion des risques (Espérance de vie, renoncement aux soins pour raisons financières, taux de décès par suicide, déchets radioactifs...). Défi 8 : Insertion sociale, démographie et immigration (Taux de pauvreté monétaire après transferts sociaux, ménages surendettés, écart de revenu et de salaire hommes-femmes...). Défi 9 : Défi internationaux en matière de développement durable et pauvreté dans le monde (Aide publique au développement...).

On peut le voir, la difficulté ici est justement de trouver les moyens de faire les liens entre les séries d'indicateurs pour chaque secteur (économiques, sociaux, environnementaux, culturels, de gouvernance démocratique) afin d'évaluer les processus de transformations en inter-action dans ces différents domaines. Est-il possible de concevoir des indices synthétiques ? Une partie de la réponse sur le site « Adéquations » : quelques indicateurs formulés par les institutions. En voici quelques exemples, l'ONU propose les « Indicators of Sustainable Development ». L'UNDP vous propose cette page pour tout savoir sur les Indicateurs Internationaux de Développement Humain, soit l'IDH (données utilisées et les meilleures et plus récentes valeurs disponibles). On peut aussi consulter la page « Indicateurs du DD » du Ministère de l'Ecologie, du Développement Durable, des transports et du logement ; voir aussi cette autre page du même ministère.

Le Forum pour de nouveaux indicateurs de richesse (FAIR) est à l'origine de la publication « La richesse autrement » autour de la problématique des « vraies richesses et la façon de les compter ». Une société est-elle riche quand le PIB est élevé ou quand le lien social est de qualité, les individus bien éduqués et en bonne santé, l'environnement préservé ?... Vous en trouverez une description complète sur cette page d'Alternatives économiques avec de nombreux liens vers des articles qui en détaillent le sommaire.

Bonnes lectures.

1 : Bernard Perret, membre du CGEDD – Conseil Général de l'Environnement et du Développement Durable – ingénieur, socio-économiste, haut fonctionnaire au Ministère de l'équipement et essayiste.

 

 

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