Menaces

Des perturbations fréquentes de la biodiversité

Au cours des temps géologiques, la planète a subi plusieurs extinctions massives et brutales d’espèces. Ces crises biologiques ont touché la plupart des groupes d’animaux et de végétaux, dans tous les milieux. Par exemple, la disparition des dinosaures a marqué la célèbre crise Crétacé-Tertiaire il y a 65 millions d’années (MA). Les quatre autres crises majeures ont eu lieu vers – 440 MA (fin Ordovicien), – 365 MA (fin Dévonien), – 250 MA (fin Permien) et – 210 MA (fin Trias). Les causes de ces perturbations de la biodiversité sont encore hypothétiques : volcanisme intense, chutes de météorites, changements climatiques à l’échelle globale…

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Plus localement, certains phénomènes naturels ont profondément perturbé et perturbent encore les écosystèmes, entraînant la disparition de certaines espèces : séismes, incendies, cyclones, tsunamis, influence des courants marins dont * El Niño *

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Dès le début du Quaternaire, Homo sapiens a influencé ses environnements par ses activités quotidiennes : chasse, pêche, cueillette, utilisation du feu…
Ensuite, au fur et à mesure de la colonisation des continents et des îles, les sociétés humaines « primitives » ont également eu un impact non négligeable sur la biodiversité. Ainsi, on estime que les espèces disparues d’oiseaux des îles du Pacifique représentent entre un tiers et la moitié depuis que l’homme s’y est installé, en raison de la chasse, de l’introduction de prédateurs et de la transformation des habitats. Ce peuplement de l’Océanie a débuté il y a 30 000 ans par les îles Salomon et s’est poursuivi jusqu’en 1200 avec l’arrivée des Maoris en Nouvelle-Zélande.

Actuellement, l’explosion démographique et la plupart des activités humaines sont directement ou indirectement à l’origine d’une érosion de la biodiversité. En effet, plusieurs facteurs agissent en synergie : la surexploitation des espèces, les invasions biologiques, la dégradation des sols, les pollutions de l’air et de l’eau, les perturbations climatiques et leurs conséquences… La diminution de la biodiversité liée à ces causes multifactorielles devient tellement préoccupante que certains scientifiques n’hésitent pas à parler de sixième crise biologique majeure.

Cet appauvrissement de la biodiversité, à un rythme de plus en plus rapide, a conduit l’Union mondiale pour la nature (UICN) à établir une « liste rouge », c’est-à-dire une classification des espèces en fonction de leur risque d’extinction. Celui-ci est particulièrement important pour les espèces endémiques des îles.

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Certains hauts lieux de la diversité biologique ou hot-spots (en orange sur la carte), présentant une concentration très importante d’espèces, sont particulièrement concernés par une perte accélérée de leurs habitats. On les trouve surtout dans les zones tropicales et méditerranéennes.

Déforestation et biodiversité

La déforestation est phénomène ancien puisque, dès le Néolithique et les débuts de l’agriculture, les hommes ont commencé à détruire les forêts par l’utilisation du feu (culture sur brûlis). À la conquête de nouvelles terres agricoles s’est ajoutée l’exploitation du bois comme combustible et matériau de construction.

Dégradation des forêts tempérées

Ce sont d’abord les forêt tempérées d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Extrême-Orient qui ont été victimes des activités humaines. On estime par exemple qu’en un siècle, entre 900 et 1900, plus des trois quarts de la surface forestière européenne a disparu, entraînant la perte de biodiversité végétale et la régression de l’habitat de nombreuses espèces animales.
Même si une grande forêt n’est pas totalement détruite, c’est son morcellement en petits bois espacés qui est souvent la cause d’une érosion de la biodiversité. En effet, la fragmentation des habitats peut entraîner la disparition d’espèces animales qui ont besoin de grands domaines vitaux, comme certains prédateurs. Le lynx pardelle par exemple, qui peuplait autrefois les forêts de la péninsule ibérique, a vu sa population décliner pour atteindre moins de 600 individus aujourd’hui ; il est désormais classé « en danger grave » sur la liste rouge de l’Union mondiale pour la nature (UICN).

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De plus, des études scientifiques ont montré qu’à partir du moment où il n’y avait plus de relations de reproduction possibles entre les individus d’une espèce peuplant une grande forêt et ceux habitant un petit bois trop éloigné, ces derniers étaient menacés d’extinction par manque de brassage génétique. C’est ainsi qu’un oiseau, le pic mar, a disparu de plusieurs petits bois isolés de Suède et de Suisse.
Actuellement, la superficie des forêts tempérées augmente grâce au reboisement mis en place dans plusieurs pays occidentaux, mais avec un rythme plus lent que dans les années 1990. Cependant, ce reboisement n’est pas toujours synonyme de biodiversité. En effet, les espèces choisies appartiennent très souvent aux conifères (en raison de leur croissance plus rapide) et les plantations sont fréquemment monospécifiques (pin maritime, sapin de Douglas…). En France par exemple, des forêts de pins ont remplacé des forêts de hêtres ou de chênes, provoquant une acidification du sol par les aiguilles mortes, une raréfaction de la végétation du sous-bois en raison du manque de lumière, et finalement une diminution de la biodiversité animale.

En Tasmanie, île située au sud de l’Australie, la déforestation par incendies prend des proportions alarmantes en raison de l’utilisation de napalm. Cette destruction de forêts, en particulier d’eucalyptus, menace de nombreuses espèces parmi lesquelles le wallaby, un petit kangourou, et le fameux diable de Tasmanie, mammifère marsupial * endémique * de cette île.

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Dégradation des forêts tropicales

C’est vers le milieu du XXe siècle que la déforestation a commencé à prendre de l’ampleur dans les forêts tropicales, en lien avec l’explosion démographique des pays en voie de développement.
Actuellement, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), près de 15 millions d’hectares sont détruits chaque année, même si les pertes de superficie forestière ont diminué entre 2000 et 2005 par rapport à la période 1990-2000. Les forêts concernées se situent essentiellement en Amérique centrale, en Amérique du Sud, en Afrique intertropicale, en Inde, en Asie du sud-est et en Indonésie.

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Les causes de la déforestation sont surtout la conversion en terres cultivées et en pâturages, la construction d’infrastructures, la mise en place de sites industriels tels que des mines, l’exploitation légale ou illégale du bois (en particulier du bois précieux)…
Les cultures de plantes destinées à la production de biocarburants, palmier sur l’île de Bornéo ou canne à sucre au Brésil par exemple, sont responsables d’une destruction forestière non négligeable. Dans les prochaines années, l’accroissement de la production de ces carburants de substitution pourrait accélérer la déforestation.

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Sachant que les forêts tropicales regroupent plus de la moitié de la biodiversité mondiale, leur destruction entraîne la disparition de nombreuses espèces végétales et, par voie de conséquence, celle de nombreuses espèces animales (rupture des chaînes alimentaires, manque de nourriture, régression des habitats). Selon le biologiste Edward O. Wilson, 27 000 espèces seraient ainsi menacées d’extinction chaque année. Les exemples sont nombreux, parmi lesquels on peut citer plusieurs espèces de lémuriens endémiques de Madagascar, qui ont disparu à la fin du XXe siècle suite à la destruction importante de la forêt de cette grande île africaine.

Un lémurien de Madagascar © IRD

Agrosystèmes et agriculture intensive

Au fil des siècles, les agriculteurs ont recherché un meilleur rendement pour leurs cultures et ont donc sélectionné les espèces les plus productives. Peu d’espèces végétales sont finalement cultivées et seulement six d’entre elles assurent la majeure partie de l’approvisionnement alimentaire de la population mondiale : le blé, le riz, le maïs, la pomme de terre, l’orge et le manioc.
Pour faire face à l’explosion démographique, l’agriculture intensive a abouti à la sélection d’un petit nombre de variétés à haut rendement, mais qui ont tendance à s’uniformiser du point de vue génétique. De plus, elles nécessitent un apport conséquent d’engrais et de pesticides.
L’agriculture moderne a donc conduit à une baisse importante de la biodiversité végétale au niveau des agrosystèmes.

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L’extension des terrains agricoles au détriment des forêts, des prairies ou des zones humides entraîne une réduction et une fragmentation des habitats de nombreuses espèces à l’origine d’une érosion de la biodiversité.
De plus, la mécanisation des pratiques agricoles, nécessitant l’augmentation de surface des parcelles cultivées, a provoqué l’abattage progressif des arbres isolés et surtout des haies. Ces dernières constituent pourtant un réservoir de biodiversité, tant végétale qu’animale, et représentent des lieux de nourriture et de reproduction de nombreux animaux, en particulier des oiseaux. Les haies jouent également le rôle de « biocorridors », zones de passage de la faune entre différentes aires de répartition.
La destruction des haies entraîne non seulement la disparition de nombreuses plantes herbacées et d’arbustes, mais aussi celle d’une multitude d’espèces animales vivant dans ces petits écosystèmes, par rupture des chaînes alimentaires et des communications entre les zones d’habitat.

L’agriculture intensive s’accompagne d’une forte utilisation de produits phytosanitaires ayant un impact sur la biodiversité. En effet, les herbicides sont responsables du déclin de plantes adventices (coquelicots, bleuets…) et les insecticides menacent les populations de certaines espèces d’insectes « nuisibles », mais aussi d’insectes pollinisateurs comme les abeilles.

Réduction, fragmentation et dégradation des écosystèmes

Impact de la poussée démographique

L’une des causes de l’érosion de la biodiversité est la dégradation des milieux de vie des espèces liée principalement à l’accroissement de la population mondiale.
En effet, le nombre d’êtres humains est passé d’environ 1 milliard en 1800 à plus de 6,5 milliards aujourd’hui ; il atteindra sans doute 9 milliards en 2050. Cette poussée démographique s’accompagne d’une augmentation des terres agricoles pour satisfaire les besoins alimentaires, d’une urbanisation galopante, du développement des surfaces industrialisées, des infrastructures pour les transports et des installations touristiques, de l’extension des zones polluées… Tout ceci se traduit par une colonisation croissante de la surface terrestre par l’Homme au détriment des écosystèmes.
Il en résulte une réduction, une fragmentation, une dégradation voire une destruction des habitats qui menacent la biodiversité. Les espèces particulièrement touchées sont celles qui vivent dans des milieux aux exigences écologiques précises et qui n’ont pas de grandes facultés d’adaptation. C’est le cas par exemple des espèces endémiques qui ne peuplent qu’une région bien limitée.

Atteinte et pollution des eaux

Assèchement et pollution des zones humides

Comaret des marais, plante caractéristique des tourbières, plateau du Cézallier, Auvergne
© Franck De-Filippis

Les zones humides sont des milieux aquatiques peu profonds tels que les marais, les étangs, les tourbières, les mangroves, les lagunes, les deltas, les estuaires…

Ces zones ont depuis longtemps subi l’action de l’homme :
– drainage pour l’assainissement et la lutte contre les moustiques vecteurs de maladies ;
– assèchement pour la conquête de nouvelles terres agricoles et de terrains constructibles (en Thaïlande par exemple, de grandes surfaces de mangrove sont détruites au profit de l’installation de centres d’élevage intensif de crevettes ou d’infrastructures touristiques) ;
– pollution par les pesticides et par les rejets domestiques ;
* eutrophisation * due aux sels minéraux (nitrates et phosphates) présents dans les engrais ou les lessives utilisés en excès.

Or, les zones humides jouent des rôles essentiels : elles filtrent les eaux de pluies, limitent l’érosion des terres et les effets dévastateurs des crues et abritent surtout une flore et une faune spécifiques d’une grande richesse. C’est en particulier le cas des tourbières.
La dégradation de ces milieux fragiles porte donc atteinte à leur biodiversité. Un cas particulier concerne la pollution des rivières par le mercure en Amazonie et en Asie du Sud-est. En effet, ce métal est utilisé par les chercheurs d’or pour amalgamer les précieuses paillettes. L’orpaillage illégal est ainsi responsable de la contamination de ces écosystèmes aquatiques tropicaux. Le mercure va en effet s’accumuler tout le long des chaînes alimentaires. Les poissons par exemple concentrent le mercure dans leurs tissus et sa toxicité peut provoquer leur mort. Les populations locales d’Amérindiens qui consomment régulièrement ces poissons présentent des taux de concentration du mercure dans le sang très supérieurs à la valeur seuil recommandée par l’Organisation mondiale de la santé.

« Domestication » et pollution des cours d’eau

L’aménagement des fleuves et des rivières permet de réguler les crues et d’éviter les inondations, de créer des voies navigables, d’exploiter l’énergie hydraulique et de disposer d’eau douce pour l’irrigation des terres agricoles. Mais cette « domestication » n’est pas sans conséquence sur la biodiversité. En effet, la canalisation des cours d’eau et le bétonnage des rives appauvrissent leur diversité biologique. La construction de barrages fait disparaître sous les eaux la faune et la flore des régions en amont, et prive au contraire les régions en aval de la fertilisation apportée par les crues. Ces barrages perturbent en particulier la migration de certaines espèces de poissons comme l’anguille ou le saumon.
Le détournement des cours d’eau peut avoir des conséquences dramatiques. Au Kazakhstan par exemple, dans les années 1960, le cours de deux grands fleuves a été modifié afin d’irriguer les plantations de coton. Or ces fleuves alimentaient la mer d’Aral, quatrième mer intérieure du monde. Cette dernière a alors perdu près de 75 % de son volume, entraînant une réduction de sa surface et une augmentation de sa salinité. La plupart des espèces animales, en particulier les poissons, n’ont pas supporté ces changements rapides d’environnement et ont disparu. La flore a également été très affectée par l’assèchement des sols et par l’excès de sel. En quelques décennies, la région est devenue désertique. Heureusement, un projet de sauvetage de la mer d’Aral a été lancé par la Banque mondiale et le gouvernement du Kazakhstan, moyennant la construction d’un barrage, d’une série de digues et de canaux. Le niveau de l’eau est remonté depuis…

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La biodiversité des cours d’eau est également menacée par la pollution : rejets domestiques par les égouts, pesticides et engrais en excès provenant du lessivage des terres agricoles, produits chimiques rejetés par les industries, déversement d’eau réchauffée par les centrales nucléaires…

Pollution des eaux marines et des zones côtières

Tortue marine luth (Dermochelys coriacea) relâchée après capture par des pêcheurs. © IRD

La biodiversité marine et côtière paie un lourd tribut aux pollutions par les hydrocarbures, lors des marées noires accidentelles ou, plus fréquemment, lors des « dégazages » illégaux des pétroliers : intoxication des invertébrés marins et des poissons, morts des oiseaux dont le plumage est souillé par le pétrole, destruction du plancton et des algues…
Les quantités importantes de déchets déversés dans les mers et les océans sont responsables aussi de la mort de nombreux animaux. Par exemple, des tortues marines s’étouffent en ingérant des sacs plastiques qu’elles prennent pour des méduses, leur aliment préféré.

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Surexploitation des espèces

Pour se nourrir, se vêtir, se parer, assouvir sa passion de collectionneur, l’homme a très tôt contribué à la diminution, voire à l’extinction, de certaines espèces.

Chasse et érosion de la biodiversité

Les hommes ont chassé et chassent encore les animaux non seulement pour leur chair, mais aussi pour leur fourrure, leur peau, leurs défenses, leurs cornes, leurs plumes…

Certaines espèces éteintes sont devenues de véritables symboles :

– l’aurochs, mammifère considéré comme « l’ancêtre » de nos bovins, a disparu au début du XVIIe siècle en raison de la chasse et de la régression de son habitat ;
– le dodo de l’île Maurice, gros oiseau coureur de plus de 20 kilos, chassé par les hommes et certains de leurs animaux domestiques, a disparu au XVIIe siècle ;
– le grand pingouin, dont le dernier spécimen a été tué en Islande en 1844, peuplait l’Atlantique Nord où il était chassé pour ses plumes au XVIIIe et au XIXe siècle ;
– le zèbre couagga des savanes sud-africaines, dont le dernier spécimen mourut en 1858, était chassé par les fermiers afrikaners qui l’accusaient de se nourrir des plantes destinées à l’élevage du bétail ;
– le bison, ressource naturelle abondante et essentielle pour les indiens d’Amérique du Nord, a disparu à la fin du XIXe siècle car chassé de manière abusive par les immigrants ;
– le pigeon voyageur nord-américain, qui comptait des millions d’individus au XIXe siècle, fut victime des chasseurs et disparut au début du XXe siècle ;
– le kiwi de Nouvelle-Zélande, oiseau incapable de voler qui fut presque exterminé par les premiers colons, est devenu aujourd’hui l’un des symboles de ce pays.

De nombreuses espèces sont encore menacées par une prédation abusive ou par le braconnage, parmi lesquelles on peut citer :

L'éléphant est un des grands mammifères actuellement menacés dans leur milieu naturel, car les populations ont fortement régressé au cours des dernières décennies. © IRD

– le crocodile et d’autres reptiles chassés pour leur peau ;
– différentes espèces de singes recherchées pour leur chair ;
– le rhinocéros pour ses cornes aux supposées vertus aphrodisiaques ;
– l’éléphant pour l’ivoire de ses défenses ;
– l’antilope saïga des déserts et steppes d’Asie centrale pour sa viande et ses cornes ;
– le tigre et d’autres fauves pour leur fourrure ;
– les baleines pour leur chair et leur graisse…

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La baisse des effectifs d’une espèce et sa disparition peut mettre en danger l’équilibre d’un écosystème, le plus souvent en rompant ou en perturbant les chaînes alimentaires.

 

 

Pêche et érosion de la biodiversité

Qu’elle soit traditionnelle ou industrielle, la pêche prélève dans le milieu aquatique des poissons, mais aussi des crustacés et des mollusques. La « surpêche », c’est-à-dire la pêche excessive et non sélective, associée à une modernisation des techniques, est à l’origine d’un appauvrissement de la biodiversité. En outre, la capture d’individus de plus en plus jeunes compromet la reproduction de certaines espèces et risque d’entraîner leur extinction. La morue par exemple est victime d’une surpêche dans l’Atlantique.

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La pêche en profondeur, de plus en plus pratiquée dans des pays comme la France, menace des espèces telles que l’empereur ou le grenadier. En effet ces dernières arrivent à maturité sexuelle plus tardivement et les capacités de renouvellement des stocks sont donc plus limitées que pour les espèces de surface.

De nombreux autres poissons sont actuellement menacés. On estime par exemple que 90 % des grands prédateurs marins ont disparu. C’est le cas des requins, notamment le requin bleu, dont les populations sont en déclin pour deux raisons :
– la pêche excessive pour la chair mais surtout pour les ailerons, très appréciés dans les pays Est-asiatiques ;
– la capture accidentelle dans les palangres et les filets de pêche.

Dans la mesure où les requins sont au sommet des chaînes alimentaires, la diminution du nombre de ces prédateurs risque de perturber le fonctionnement des écosystèmes océaniques.

Collections et trafics

Les nombreuses personnes qui collectionnent les animaux comme les papillons ou les plantes comme les orchidées, peuvent contribuer à une érosion de la biodiversité.
Mais c’est surtout le trafic d’animaux et de végétaux menacés qui met en danger leur survie. C’est le cas par exemple des nouveaux animaux de compagnie tels que mygales, scorpions, serpents, singes, félins… Ils suscitent un réel engouement et font l’objet d’un commerce international considéré comme la troisième source de revenus illicites après le trafic des drogues et celui des armes. 

Une petite mygale sur une feuille © IRD

Introduction d’espèces et invasions biologiques

Que ce soit intentionnellement ou non, les hommes introduisent assez souvent de nouvelles espèces dans leur environnement. Ces espèces « exotiques », originaires d’un autre milieu, peuvent entrer en compétition avec les espèces « indigènes », les supplanter, voire entraîner leur disparition. Un exemple bien connu est celui de l’écureuil gris nord-américain qui, introduit au début du XXe siècle dans les îles britanniques, est en train d’y évincer progressivement l’écureuil roux européen.
Les autres exemples sont nombreux et certains ont été particulièrement médiatisés : C’est le cas par exemple de la perche du Nil introduite volontairement dans les années 1950 dans le lac Victoria en Afrique orientale afin d’augmenter les rendements de la pêche. Cet énorme poisson prédateur a été l’un des facteurs à l’origine de la disparition de plusieurs petites espèces autochtones (poissons de la famille des Cichlidés) déjà fragilisées par l’ * eutrophisation * du lac.

L’hydrobiologiste Christian Lévêque, chercheur à l’Institut de Recherche pour le Développement, a publié plusieurs articles sur ce sujet :
- en novembre 1994 dans Le courrier de l’environnement
 ;
- en novembre 2006, dans La Recherche (article intitulé « Le paradoxe de Darwin »).

Autre exemple plus récent, l’introduction accidentelle en 1984 de la caulerpe dans les eaux méditerranéennes près de Monaco. Cette algue verte tropicale est présente naturellement le long des côtes du sud de l’Australie, d’Amérique centrale et d’Afrique. Elle se développe beaucoup plus rapidement que les espèces natives et concurrence en particulier les herbiers à posidonies qui abritent une grande biodiversité. Également toxique pour la faune locale, la caulerpe menace ainsi tout l’écosystème du littoral méditerranée.

En France, plusieurs espèces introduites par l’homme perturbent de plus en plus la biodiversité autochtone :
– des plantes invasives telles que la jussie originaire d’Amérique du Sud, le myriophylle du Brésil, la renouée du Japon, la berce du Caucase ou encore le cerisier tardif nord-américain menacent de disparition des espèces locales moins compétitives ;

[ Pour en savoir + ] : La jussieLe cerisier tardif

– des animaux envahissants tels que la tortue de Floride, la grenouille taureau importée des États-Unis ou le ragondin sud-américain modifient l’équilibre des écosystèmes.

Plus récemment, deux espèces d’insectes ont été introduites sur le territoire français :
– la chrysomèle du maïs, coléoptère qui sévit en Amérique du Nord et dont les larves s’attaquent aux racines de cette céréale. La progression de ce ravageur dans les champs d’Île-de-France à partir de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle laisse supposer une migration sans doute accidentelle par avion dès 2002.
le frelon chinois, hyménoptère débarqué fortuitement en 2005 et qui s’attaque préférentiellement aux abeilles.

La menace pour la biodiversité est accentuée lorsque des espèces sont introduites dans un milieu insulaire. C’est le cas par exemple des îles Galapagos, dans l’océan Pacifique, classées au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. La faune endémique est mise en danger par des rats, introduits il y a environ un siècle, qui se nourrissent en particulier des œufs de tortues.

Tortue géante des Galapagos (Geochelone elephantop) © IRD

Quant à la flore indigène, elle est menacée par les arbres à quinine plantés par l’homme, les ronces ou les passiflores.

OGM et biodiversité

Un OGM, Organisme Génétiquement Modifié, est une espèce dont on a modifié artificiellement le * génome * en y introduisant un gène provenant d’une autre espèce. On peut obtenir ainsi des micro-organismes, des végétaux ou des animaux transgéniques qui vont acquérir une propriété ou une caractéristique qu’ils ne possédaient pas avant le transfert du gène « étranger ». Les exemples les plus connus sont des bactéries capables de produire de l’insuline humaine, des plants de maïs devenus résistants à un insecte parasite, des saumons ayant un développement accéléré par la production d’hormone de croissance humaine…
Ainsi, en créant de nouveaux organismes, l’homme agit sur la biodiversité.

Certains scientifiques mettent en avant l’intérêt des OGM pour l’agriculture : réduire l’utilisation d’insecticides en cultivant des plantes transgéniques ayant acquis une résistance à certains insectes, créer des espèces plus résistantes à la sécheresse, etc.
Cependant, il n’est pas exclu que l’introduction d’OGM dans les écosystèmes puisse menacer la biodiversité : des espèces ayant acquis artificiellement de nouveaux caractères, plus avantageux, pourraient proliférer, entrer en compétition avec les espèces autochtones et progressivement les éliminer.
Par exemple, une étude menée par des scientifiques britanniques a montré que la culture de colza et de betterave transgéniques, ayant acquis une résistance à un herbicide, se traduisait par une réduction de la flore en raison de l’épandage d’herbicide non sélectif dans les champs. Cette diminution de la biodiversité végétale, par rapport à une culture conventionnelle, a comme conséquence une baisse de la diversité animale.
Il faut donc développer les recherches pour évaluer le réel impact des OGM sur la biodiversité et mener des programmes de surveillance à long terme (biovigilance) sur l’influence éventuelle de ces organismes transgéniques.

Les OGM sont à l’origine d’un débat très vif dans la société. Alors qu’ils sont admis par les citoyens en Amérique du Nord, les Européens refusent leur utilisation en agriculture, contre l’avis des instances scientifiques

 

Impact de la pollution atmosphérique

Les activités humaines (transports, industries…) rejettent dans l’atmosphère une quantité importante de gaz polluants tels que le dioxyde de soufre (SO2) et le dioxyde d’azote (NO2). Ces molécules peuvent se combiner à l’eau pour former respectivement de l’acide sulfurique et de l’acide nitrique qui vont acidifier les précipitations. Ces pluies acides se forment surtout au dessus des régions industrielles d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie, mais peuvent être déplacées par les vents et concerner des régions relativement éloignées. De nombreuses forêts de l’hémisphère Nord sont ainsi affectées par les pluies acides, en particulier les forêts de conifères : les aiguilles jaunissent, puis meurent et les arbres finissent par dépérir en raison d’un déséquilibre nutritif. Les pluies acides menacent également le plancton marin et celui des eaux douces.
Même si l’impact des pluies acides est aujourd’hui moins important, grâce notamment à la baisse des émissions de SO2, ce phénomène n’a pas été totalement éradiqué.

L’ozone troposphérique est un polluant secondaire qui se forme sous l’action des rayons solaires sur des substances polluantes telles que les oxydes d’azote et les composés organiques volatils, toutes deux issues des gaz d’échappement.
A forte concentration, l’ozone provoque des nécroses sur les feuilles pouvant entraîner la mort de certaines espèces végétales.

Réchauffement climatique et biodiversité

On constate actuellement une hausse des températures moyennes à la surface du globe due à une accentuation de l’effet de serre. Ce phénomène est lié à l’augmentation des rejets de gaz à effet de serre tels que le dioxyde de carbone (CO2) et le méthane (CH4) par les activités anthropiques (utilisation de combustibles fossiles tels que le charbon, le pétrole ou le gaz).

Ce réchauffement climatique commence à menacer la biodiversité par son impact sur les habitats :
– dans les régions arctiques par exemple, la fonte de la banquise et des glaces continentales réduit le territoire de chasse de l’ours polaire ;
– au Népal, la régression des glaciers himalayens dégrade peu à peu l’habitat du léopard des neiges ;
– dans les régions équatoriales, le réchauffement des eaux serait responsable de la mort de nombreuses espèces de coraux. En effet, ces animaux vivent en symbiose avec des algues vertes, les zooxanthelles, qu’ils expulsent lorsque la température de l’eau devient trop élevée. Les coraux blanchissent et finissent par mourir.

Corail blanchi dans les fonds marins. Le blanchissement indique le dépérissement du corail. © IRD

Le réchauffement climatique risque de perturber les écosystèmes en modifiant les aires de répartition des espèces. On constate déjà que certains insectes sont présents à des latitudes plus élevées ; il en est de même pour certaines espèces d’oiseaux et de poissons.
[ Pour en savoir + ] :
Insectes ravageursPoissons tropicaux

Mais peut-être certains êtres vivants n’auront-ils pas le temps de s’adapter aux nouvelles conditions climatiques. En effet, cette hausse de température importante s’est réalisée en moins d’un siècle, ce qui est très rapide à l’échelle de l’évolution. De plus, les espèces qui ne peuvent pas se déplacer (animaux vivant fixés et surtout végétaux) risquent d’être particulièrement affectées par ces modifications du climat.

Certains scientifiques redoutent que l’extension des zones chaudes à l’échelle de la planète ne favorise la multiplication et la diversification de certains micro-organismes (protozoaires parasites, bactéries et virus) et de leurs vecteurs (moustiques par exemple) entraînant la recrudescence de maladies tropicales ou l’émergence de nouvelles maladies.

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