| Menaces
Des perturbations fréquentes de la
biodiversité
Au cours des temps géologiques, la planète
a subi plusieurs extinctions massives et brutales d’espèces.
Ces crises biologiques ont touché la plupart des groupes d’animaux
et de végétaux,
dans tous les milieux.
Par exemple, la disparition des dinosaures a marqué la célèbre
crise Crétacé-Tertiaire il y a 65 millions d’années
(MA). Les quatre autres crises majeures ont eu lieu vers – 440 MA
(fin Ordovicien), – 365 MA (fin Dévonien), – 250 MA
(fin Permien) et – 210 MA (fin Trias). Les causes de ces perturbations
de la biodiversité sont encore hypothétiques : volcanisme
intense, chutes de météorites, changements climatiques à l’échelle
globale…
[ Pour
en savoir + ]
Plus
localement, certains phénomènes naturels ont profondément
perturbé et perturbent encore les écosystèmes, entraînant
la disparition de certaines espèces : séismes, incendies,
cyclones, tsunamis, influence des courants marins dont * El
Niño *
[ Pour
en savoir + ]
Dès le début du Quaternaire, Homo sapiens a
influencé ses
environnements par ses activités quotidiennes : chasse, pêche,
cueillette, utilisation du feu…
Ensuite, au fur et à mesure de la colonisation des continents
et des îles, les sociétés humaines « primitives » ont également
eu un impact non négligeable sur la biodiversité. Ainsi,
on estime que les espèces disparues d’oiseaux des îles
du Pacifique représentent entre un tiers et la moitié depuis
que l’homme s’y est installé, en raison de la chasse,
de l’introduction de prédateurs et de la transformation
des habitats. Ce peuplement de l’Océanie a débuté il
y a 30 000 ans par les îles Salomon et s’est poursuivi
jusqu’en 1200 avec l’arrivée des Maoris en Nouvelle-Zélande.
Actuellement, l’explosion démographique et la plupart des
activités humaines sont directement ou indirectement à l’origine
d’une érosion de la biodiversité. En effet, plusieurs
facteurs agissent en synergie : la surexploitation des espèces,
les invasions biologiques, la dégradation des sols, les pollutions
de l’air et de l’eau, les perturbations climatiques et leurs
conséquences… La diminution de la biodiversité liée à ces
causes multifactorielles devient tellement préoccupante que certains
scientifiques n’hésitent pas à parler de sixième
crise biologique majeure.
Cet appauvrissement de la biodiversité, à un
rythme de plus en plus rapide, a conduit l’Union mondiale pour
la nature (UICN) à établir une « liste rouge »,
c’est-à-dire une classification des espèces en fonction
de leur risque d’extinction. Celui-ci est particulièrement
important pour les espèces
endémiques des îles.
[ Pour
en savoir + ]
Certains hauts lieux de
la diversité biologique
ou hot-spots (en orange sur la carte),
présentant une concentration très importante d’espèces,
sont particulièrement concernés par une perte accélérée
de leurs habitats. On les trouve surtout dans les zones tropicales et
méditerranéennes.


Déforestation et biodiversité
La déforestation est phénomène ancien puisque,
dès le Néolithique et les débuts de l’agriculture,
les hommes ont commencé à détruire les forêts
par l’utilisation du feu (culture sur brûlis). À la
conquête de nouvelles terres agricoles s’est ajoutée
l’exploitation du bois comme combustible et matériau de
construction.
Dégradation des forêts tempérées
Ce sont d’abord les forêt tempérées
d’Europe,
d’Amérique du Nord et d’Extrême-Orient qui ont été victimes
des activités humaines. On estime par exemple qu’en un siècle,
entre 900 et 1900, plus des trois quarts de la surface forestière
européenne a disparu, entraînant la perte de biodiversité végétale
et la régression de l’habitat de nombreuses espèces
animales.
Même si une grande forêt n’est pas totalement détruite,
c’est son morcellement en petits bois espacés qui est souvent
la cause d’une érosion de la biodiversité. En effet,
la fragmentation des habitats peut entraîner la disparition d’espèces
animales qui ont besoin de grands domaines vitaux, comme certains prédateurs.
Le lynx pardelle par exemple, qui peuplait autrefois les forêts
de la péninsule ibérique, a vu sa population décliner
pour atteindre moins de 600 individus aujourd’hui ; il est
désormais classé « en danger grave » sur
la liste rouge de l’Union mondiale pour la nature (UICN).
[ Pour
en savoir + ]
De plus, des études scientifiques ont montré qu’à partir
du moment où il n’y avait plus de relations de reproduction
possibles entre les individus d’une espèce peuplant une
grande forêt et ceux habitant un petit bois trop éloigné,
ces derniers étaient menacés d’extinction par manque
de brassage génétique. C’est ainsi qu’un oiseau,
le pic mar, a disparu de plusieurs petits bois isolés de Suède
et de Suisse.
Actuellement, la superficie des forêts tempérées
augmente grâce au reboisement mis en place dans plusieurs pays
occidentaux, mais avec un rythme plus lent que dans les années
1990. Cependant, ce reboisement n’est pas toujours synonyme de
biodiversité. En effet, les espèces choisies appartiennent
très souvent aux conifères (en raison de leur croissance
plus rapide) et les plantations sont fréquemment monospécifiques
(pin maritime, sapin de Douglas…). En France par exemple, des
forêts de pins ont remplacé des forêts de hêtres
ou de chênes, provoquant une acidification du sol par les aiguilles
mortes, une raréfaction de la végétation du sous-bois
en raison du manque de lumière, et finalement une diminution de
la biodiversité animale.
En Tasmanie, île située au sud
de l’Australie, la déforestation
par incendies prend des proportions alarmantes en raison de l’utilisation
de napalm. Cette destruction de forêts, en particulier d’eucalyptus,
menace de nombreuses espèces parmi lesquelles le wallaby, un petit
kangourou, et le fameux diable de Tasmanie, mammifère marsupial
* endémique * de
cette île.
[ Pour
en savoir + ]
Dégradation
des forêts tropicales
C’est vers le milieu du XXe siècle que la déforestation
a commencé à prendre de l’ampleur dans les forêts
tropicales, en lien avec l’explosion démographique des pays
en voie de développement.
Actuellement, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation
et l’agriculture (FAO), près de 15 millions d’hectares
sont détruits chaque année, même si les pertes de
superficie forestière ont diminué entre 2000 et 2005
par rapport à la période 1990-2000. Les forêts concernées
se situent essentiellement en Amérique centrale, en Amérique
du Sud, en Afrique intertropicale, en Inde, en Asie du sud-est et en
Indonésie.
[ Pour
en savoir + ]
Les causes de la déforestation sont surtout la conversion en
terres cultivées et en pâturages, la construction d’infrastructures,
la mise en place de sites industriels tels que des mines, l’exploitation
légale ou illégale du bois (en particulier du bois précieux)…
Les cultures de plantes destinées à la production de biocarburants,
palmier sur l’île de Bornéo ou canne à sucre
au Brésil par exemple, sont responsables d’une destruction
forestière non négligeable. Dans les prochaines années,
l’accroissement de la production de ces carburants de substitution
pourrait accélérer la déforestation.
Sachant que les forêts tropicales regroupent
plus de la moitié de
la biodiversité mondiale, leur destruction entraîne la disparition
de nombreuses espèces végétales et, par voie de
conséquence, celle de nombreuses espèces animales (rupture
des chaînes alimentaires, manque de nourriture, régression
des habitats). Selon le biologiste Edward O. Wilson, 27 000
espèces seraient ainsi menacées d’extinction chaque
année. Les exemples sont nombreux, parmi lesquels on peut citer
plusieurs espèces de lémuriens endémiques
de Madagascar, qui ont disparu à la fin du XXe siècle
suite à la destruction importante de la forêt de cette grande île
africaine.
 |
| Un lémurien
de Madagascar © IRD |

Agrosystèmes et agriculture
intensive
Au fil des siècles, les agriculteurs ont recherché un
meilleur rendement pour leurs cultures et ont donc sélectionné les
espèces les plus productives. Peu d’espèces végétales
sont finalement cultivées et seulement six d’entre elles
assurent la majeure partie de l’approvisionnement alimentaire de
la population mondiale : le blé, le riz, le maïs, la
pomme de terre, l’orge et le manioc.
Pour faire face à l’explosion démographique, l’agriculture
intensive a abouti à la sélection d’un petit nombre
de variétés à haut rendement, mais qui ont tendance à s’uniformiser
du point de vue génétique. De plus, elles nécessitent
un apport conséquent d’engrais et de pesticides.
L’agriculture moderne a donc conduit à une baisse importante
de la biodiversité végétale au niveau des agrosystèmes. [ Pour
en savoir + ]
L’extension des terrains agricoles au détriment des forêts,
des prairies ou des zones humides entraîne une réduction
et une fragmentation des habitats de nombreuses espèces à l’origine
d’une érosion de la biodiversité.
De plus, la mécanisation des pratiques agricoles, nécessitant
l’augmentation de surface des parcelles cultivées, a provoqué l’abattage
progressif des arbres isolés et surtout des haies. Ces dernières
constituent pourtant un réservoir de biodiversité, tant
végétale qu’animale, et représentent des lieux
de nourriture et de reproduction de nombreux animaux, en particulier
des oiseaux. Les haies jouent également le rôle de « biocorridors »,
zones de passage de la faune entre différentes aires de répartition.
La destruction des haies entraîne non seulement la disparition
de nombreuses plantes herbacées et d’arbustes, mais aussi
celle d’une multitude d’espèces animales vivant dans
ces petits écosystèmes, par rupture des chaînes alimentaires
et des communications entre les zones d’habitat.
L’agriculture intensive s’accompagne
d’une
forte utilisation de produits phytosanitaires ayant un impact sur la
biodiversité. En effet, les herbicides sont responsables du déclin
de plantes adventices (coquelicots, bleuets…) et les insecticides
menacent les populations de certaines espèces d’insectes « nuisibles »,
mais aussi d’insectes pollinisateurs comme les abeilles.

Réduction, fragmentation et dégradation des écosystèmes
Impact de la poussée
démographique
L’une des causes de l’érosion
de la biodiversité est
la dégradation des milieux de vie des espèces liée
principalement à l’accroissement de la population mondiale.
En effet, le nombre d’êtres humains est passé d’environ
1 milliard en 1800 à plus de 6,5 milliards aujourd’hui ;
il atteindra sans doute 9 milliards en 2050. Cette poussée
démographique s’accompagne d’une augmentation des
terres agricoles pour satisfaire les besoins alimentaires, d’une
urbanisation galopante, du développement des surfaces industrialisées,
des infrastructures pour les transports et des installations touristiques,
de l’extension des zones polluées… Tout ceci se traduit
par une colonisation croissante de la surface terrestre par l’Homme
au détriment des écosystèmes.
Il en résulte une réduction, une fragmentation, une dégradation
voire une destruction des habitats qui menacent la biodiversité.
Les espèces particulièrement touchées sont celles
qui vivent dans des milieux aux exigences écologiques précises
et qui n’ont pas de grandes facultés d’adaptation.
C’est le cas par exemple des espèces endémiques qui
ne peuplent qu’une région bien limitée.
Atteinte et pollution des eaux
Assèchement et pollution
des zones humides
 |
Comaret
des marais, plante caractéristique des tourbières,
plateau du Cézallier, Auvergne
© Franck
De-Filippis |
Les zones humides sont des milieux aquatiques peu profonds tels que
les marais, les étangs, les tourbières, les mangroves,
les lagunes, les deltas, les estuaires…
Ces zones ont depuis longtemps subi l’action de l’homme :
–
drainage
pour l’assainissement et la lutte contre les moustiques
vecteurs de maladies ;
–
assèchement pour la conquête de nouvelles terres
agricoles et de terrains constructibles (en Thaïlande par
exemple, de grandes surfaces de mangrove sont détruites
au profit de l’installation de centres d’élevage
intensif de crevettes ou d’infrastructures touristiques) ;
–
pollution
par les pesticides et par les rejets domestiques ;
– *
eutrophisation * due
aux sels minéraux (nitrates et phosphates) présents
dans les engrais ou les lessives utilisés en excès.
Or, les zones humides jouent des rôles essentiels : elles
filtrent les eaux de pluies, limitent l’érosion des terres
et les effets dévastateurs des crues et abritent surtout une
flore et une faune spécifiques d’une grande richesse.
C’est en particulier le cas des tourbières.
La dégradation de ces milieux fragiles
porte donc atteinte à leur
biodiversité. Un cas particulier concerne la pollution des rivières
par le mercure en Amazonie et en Asie du Sud-est. En effet, ce métal
est utilisé par les chercheurs d’or pour amalgamer les
précieuses paillettes. L’orpaillage illégal est
ainsi responsable de la contamination de ces écosystèmes
aquatiques tropicaux. Le mercure va en effet s’accumuler tout
le long des chaînes alimentaires. Les poissons par exemple concentrent
le mercure dans leurs tissus et sa toxicité peut provoquer leur
mort. Les populations locales d’Amérindiens qui consomment
régulièrement ces poissons présentent des taux
de concentration du mercure dans le sang très supérieurs à la
valeur seuil recommandée par l’Organisation mondiale de
la santé.
« Domestication » et
pollution des cours d’eau
L’aménagement des fleuves et des
rivières permet
de réguler les crues et d’éviter les inondations,
de créer des voies navigables, d’exploiter l’énergie
hydraulique et de disposer d’eau douce pour l’irrigation
des terres agricoles. Mais cette « domestication » n’est
pas sans conséquence sur la biodiversité. En effet, la
canalisation des cours d’eau et le bétonnage des rives
appauvrissent leur diversité biologique. La construction de
barrages fait disparaître sous les eaux la faune et la flore
des régions
en amont, et prive au contraire les régions en aval de la fertilisation
apportée par les crues. Ces barrages perturbent en particulier
la migration de certaines espèces de poissons comme l’anguille
ou le saumon.
Le détournement des cours d’eau peut avoir des conséquences
dramatiques. Au Kazakhstan par exemple, dans les années 1960,
le cours de deux grands fleuves a été modifié afin
d’irriguer les plantations de coton. Or ces fleuves alimentaient
la mer d’Aral, quatrième mer intérieure du monde.
Cette dernière a alors perdu près de 75 % de son
volume, entraînant une réduction de sa surface et une
augmentation de sa salinité. La plupart des espèces animales,
en particulier les poissons, n’ont pas supporté ces changements
rapides d’environnement et ont disparu. La flore a également été très
affectée par l’assèchement des sols et par l’excès
de sel. En quelques décennies, la région est devenue
désertique. Heureusement, un projet de sauvetage de
la mer d’Aral a été lancé par la Banque
mondiale et le gouvernement du Kazakhstan, moyennant la construction
d’un barrage, d’une série de digues et de canaux.
Le niveau de l’eau est remonté depuis…
[ Pour
en savoir + ]
La biodiversité des cours d’eau est également menacée
par la pollution : rejets domestiques par les égouts, pesticides
et engrais en excès provenant du lessivage des terres agricoles,
produits chimiques rejetés par les industries, déversement
d’eau réchauffée par les centrales nucléaires…
Pollution des eaux marines et des zones
côtières
 |
| Tortue
marine luth (Dermochelys coriacea) relâchée après
capture par des pêcheurs. © IRD |
La biodiversité marine et côtière
paie un lourd tribut aux pollutions par les hydrocarbures, lors des
marées
noires accidentelles ou, plus fréquemment, lors des « dégazages » illégaux
des pétroliers : intoxication des invertébrés
marins et des poissons, morts des oiseaux dont le plumage est souillé par
le pétrole, destruction du plancton et des algues…
Les quantités importantes de déchets déversés
dans les mers et les océans sont responsables aussi de la mort
de nombreux animaux. Par exemple, des tortues marines s’étouffent
en ingérant des sacs plastiques qu’elles prennent pour
des méduses, leur aliment préféré.
[ Pour
en savoir + ]

Surexploitation des espèces
Pour se nourrir, se vêtir, se parer, assouvir sa passion de collectionneur,
l’homme a très tôt contribué à la diminution,
voire à l’extinction, de certaines espèces.
Chasse et érosion de la biodiversité
Les hommes ont chassé et chassent encore les animaux non seulement
pour leur chair, mais aussi pour leur fourrure, leur peau, leurs défenses,
leurs cornes, leurs plumes…
Certaines espèces éteintes sont devenues de véritables
symboles :
– l’aurochs, mammifère considéré comme « l’ancêtre » de
nos bovins, a disparu au début du XVIIe siècle
en raison de la chasse et de la régression de son habitat ;
–
le
dodo de l’île Maurice, gros oiseau coureur de plus
de 20 kilos, chassé par les hommes et certains de leurs animaux
domestiques, a disparu au XVIIe siècle ;
–
le grand
pingouin, dont le dernier spécimen a été tué en
Islande en 1844, peuplait l’Atlantique Nord où il était
chassé pour ses plumes au XVIIIe et au XIXe siècle ;
–
le
zèbre couagga des savanes sud-africaines, dont le dernier
spécimen mourut en 1858, était chassé par les
fermiers afrikaners qui l’accusaient de se nourrir des plantes
destinées à l’élevage du bétail ;
–
le
bison, ressource naturelle abondante et essentielle pour les indiens
d’Amérique du Nord, a disparu à la fin
du XIXe siècle car chassé de manière
abusive par les immigrants ;
–
le pigeon voyageur nord-américain, qui comptait des millions
d’individus au XIXe siècle, fut victime
des chasseurs et disparut au début du XXe siècle ;
–
le
kiwi de Nouvelle-Zélande, oiseau incapable de voler qui
fut presque exterminé par les premiers colons, est devenu
aujourd’hui l’un des symboles de ce pays.
De nombreuses espèces sont encore menacées par une prédation abusive
ou par le braconnage, parmi lesquelles on peut citer :
 |
L'éléphant est
un des grands mammifères actuellement menacés dans
leur milieu naturel, car les populations ont fortement régressé au
cours des dernières décennies. © IRD |
– le crocodile et d’autres reptiles
chassés pour leur
peau ;
–
différentes espèces de singes recherchées
pour leur chair ;
–
le rhinocéros pour ses cornes aux supposées vertus
aphrodisiaques ;
–
l’éléphant pour l’ivoire de ses défenses ;
–
l’antilope saïga des déserts et steppes d’Asie
centrale pour sa viande et ses cornes ;
–
le tigre et d’autres fauves pour leur fourrure ;
– les baleines
pour leur chair et leur graisse…
[ Pour
en savoir + ]
La baisse des effectifs d’une espèce et sa disparition
peut mettre en danger l’équilibre d’un écosystème,
le plus souvent en rompant ou en perturbant les chaînes alimentaires.

Pêche et érosion de la biodiversité
Qu’elle soit traditionnelle ou industrielle, la pêche prélève
dans le milieu aquatique des poissons, mais aussi des crustacés
et des mollusques. La « surpêche », c’est-à-dire
la pêche excessive et non sélective, associée à une
modernisation des techniques, est à l’origine d’un
appauvrissement de la biodiversité. En outre, la capture d’individus
de plus en plus jeunes compromet la reproduction de certaines espèces
et risque d’entraîner leur extinction. La morue par exemple
est victime d’une surpêche dans l’Atlantique.
[ Pour
en savoir + ]
La pêche en profondeur, de plus en plus pratiquée dans
des pays comme la France, menace des espèces telles que l’empereur
ou le grenadier. En effet ces dernières arrivent à maturité sexuelle
plus tardivement et les capacités de renouvellement des stocks
sont donc plus limitées que pour les espèces de surface.
De nombreux autres poissons sont actuellement menacés. On estime
par exemple que 90 % des grands prédateurs marins ont disparu.
C’est le cas des requins, notamment le requin bleu, dont les populations
sont en déclin pour deux raisons :
–
la pêche excessive pour la chair mais surtout pour les ailerons,
très appréciés dans les pays Est-asiatiques ;
–
la
capture accidentelle dans les palangres et les filets de pêche.
Dans la mesure où les requins sont au sommet des chaînes
alimentaires, la diminution du nombre de ces prédateurs risque
de perturber le fonctionnement des écosystèmes océaniques.
Collections et trafics
Les nombreuses personnes qui collectionnent les animaux comme les papillons
ou les plantes comme les orchidées, peuvent contribuer à une érosion
de la biodiversité.
Mais c’est surtout le trafic d’animaux et de végétaux
menacés qui met en danger leur survie. C’est le cas par
exemple des nouveaux animaux de compagnie tels que mygales, scorpions,
serpents, singes, félins… Ils suscitent un réel
engouement et font l’objet d’un commerce international
considéré comme la troisième source de revenus illicites
après le trafic des drogues et celui des armes.
 |
| Une petite mygale sur une feuille © IRD |

Introduction d’espèces
et invasions biologiques
Que ce soit intentionnellement ou non, les
hommes introduisent assez souvent de nouvelles espèces dans leur environnement. Ces espèces « exotiques »,
originaires d’un autre milieu, peuvent entrer en compétition
avec les espèces « indigènes », les
supplanter, voire entraîner leur disparition. Un exemple bien connu
est celui de l’écureuil gris nord-américain qui,
introduit au début du XXe siècle dans les îles
britanniques, est en train d’y évincer progressivement l’écureuil
roux européen.
Les autres exemples sont nombreux et certains ont été particulièrement
médiatisés :
C’est le cas par exemple de la perche du Nil introduite volontairement
dans les années 1950 dans le lac Victoria en Afrique orientale afin
d’augmenter les rendements de la pêche. Cet énorme poisson
prédateur a été l’un des facteurs à l’origine
de la disparition de plusieurs petites espèces autochtones (poissons
de la famille des Cichlidés) déjà fragilisées par
l’
* eutrophisation * du
lac.
L’hydrobiologiste Christian Lévêque, chercheur à l’Institut
de Recherche pour le Développement, a publié plusieurs
articles sur ce sujet :
- en novembre 1994 dans Le
courrier de l’environnement ;
- en novembre 2006, dans La Recherche (article intitulé « Le
paradoxe de Darwin »).
Autre exemple plus récent, l’introduction
accidentelle en 1984 de la caulerpe dans les eaux méditerranéennes
près
de Monaco. Cette algue verte tropicale est présente naturellement
le long des côtes du sud de l’Australie, d’Amérique
centrale et d’Afrique. Elle se développe beaucoup plus rapidement
que les espèces natives et concurrence en particulier les herbiers à posidonies
qui abritent une grande biodiversité. Également toxique
pour la faune locale, la caulerpe menace ainsi tout l’écosystème
du littoral méditerranée.
En France, plusieurs espèces introduites par l’homme perturbent
de plus en plus la biodiversité autochtone :
– des plantes invasives telles que la jussie originaire d’Amérique
du Sud, le myriophylle du Brésil, la renouée du Japon, la berce
du Caucase ou encore le cerisier tardif nord-américain menacent de disparition
des espèces locales moins compétitives ;
[ Pour en savoir + ] : La
jussie • Le
cerisier tardif
– des animaux envahissants tels que la tortue de Floride, la grenouille
taureau importée des États-Unis ou le ragondin sud-américain
modifient l’équilibre des écosystèmes.
Plus récemment, deux espèces d’insectes ont été introduites
sur le territoire français :
– la chrysomèle du maïs, coléoptère qui sévit
en Amérique du Nord et dont les larves s’attaquent aux racines de
cette céréale. La progression de ce ravageur dans les champs d’Île-de-France à partir
de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle laisse supposer une migration
sans doute accidentelle par avion dès 2002.
– le
frelon chinois, hyménoptère
débarqué fortuitement
en 2005 et qui s’attaque préférentiellement aux abeilles.
La menace pour la biodiversité est accentuée lorsque des espèces
sont introduites dans un milieu insulaire. C’est le cas par exemple des îles
Galapagos, dans l’océan Pacifique, classées au patrimoine
mondial de l’humanité par l’Unesco. La faune endémique
est mise en danger par des rats, introduits il y a environ un siècle,
qui se nourrissent en particulier des œufs de tortues.
 |
| Tortue
géante des Galapagos (Geochelone elephantop) © IRD |
Quant à la flore indigène, elle est menacée par les arbres à quinine
plantés par l’homme, les ronces ou les passiflores.

OGM et biodiversité
Un OGM, Organisme Génétiquement Modifié,
est une espèce
dont on a modifié artificiellement le * génome * en
y introduisant un gène provenant d’une autre
espèce. On peut obtenir ainsi des micro-organismes, des végétaux
ou des animaux transgéniques qui vont acquérir une propriété ou
une caractéristique qu’ils ne possédaient pas avant le
transfert du gène « étranger ». Les exemples
les plus connus sont des bactéries capables de produire de l’insuline
humaine, des plants de maïs devenus résistants à un insecte
parasite, des saumons ayant un développement accéléré par
la production d’hormone de croissance humaine…
Ainsi, en créant de nouveaux organismes, l’homme agit sur la biodiversité.
Certains scientifiques mettent en avant l’intérêt des OGM
pour l’agriculture : réduire l’utilisation d’insecticides
en cultivant des plantes transgéniques ayant acquis une résistance à certains
insectes, créer des espèces plus résistantes à la
sécheresse, etc.
Cependant, il n’est pas exclu que l’introduction d’OGM dans
les écosystèmes puisse menacer la biodiversité :
des espèces ayant acquis artificiellement de nouveaux caractères,
plus avantageux, pourraient proliférer, entrer en compétition
avec les espèces autochtones et progressivement les éliminer.
Par exemple, une étude menée par des scientifiques britanniques
a montré que la culture de colza et de betterave transgéniques,
ayant acquis une résistance à un herbicide, se traduisait par
une réduction de la flore en raison de l’épandage d’herbicide
non sélectif dans les champs. Cette diminution de la biodiversité végétale,
par rapport à une culture conventionnelle, a comme conséquence
une baisse de la diversité animale.
Il faut donc développer les recherches pour évaluer le réel
impact des OGM sur la biodiversité et mener des programmes de surveillance à long
terme (biovigilance) sur l’influence éventuelle de ces organismes
transgéniques.
Les OGM sont à l’origine d’un débat très
vif dans la société. Alors qu’ils sont admis par les citoyens
en Amérique du Nord, les Européens refusent leur utilisation
en agriculture, contre l’avis des instances scientifiques

Impact de la pollution atmosphérique
Les activités humaines (transports, industries…)
rejettent dans l’atmosphère une quantité importante de
gaz polluants tels que le dioxyde de soufre (SO2) et le dioxyde d’azote
(NO2). Ces molécules peuvent se combiner à l’eau pour former
respectivement de l’acide sulfurique et de l’acide nitrique qui
vont acidifier les précipitations. Ces pluies acides se forment surtout
au dessus des régions industrielles d’Amérique du Nord,
d’Europe
et d’Asie, mais peuvent être déplacées par les vents
et concerner des régions relativement éloignées. De nombreuses
forêts de l’hémisphère Nord sont ainsi affectées
par les pluies acides, en particulier les forêts de conifères :
les aiguilles jaunissent, puis meurent et les arbres finissent par dépérir
en raison d’un déséquilibre nutritif. Les pluies acides
menacent également le plancton marin et celui des eaux douces.
Même si l’impact des pluies acides est aujourd’hui moins
important, grâce notamment à la baisse des émissions de
SO2, ce phénomène n’a pas été totalement éradiqué.
L’ozone troposphérique est un polluant
secondaire qui se forme sous l’action des rayons solaires sur des substances
polluantes telles que les oxydes d’azote et les composés organiques
volatils, toutes deux issues des gaz d’échappement.
A forte concentration, l’ozone provoque des nécroses sur les feuilles
pouvant entraîner la mort de certaines espèces végétales.
Réchauffement climatique et biodiversité
On constate actuellement une hausse des températures
moyennes à la
surface du globe due à une accentuation de l’effet de serre. Ce
phénomène est lié à l’augmentation des rejets
de gaz à effet de serre tels que le dioxyde de carbone (CO2)
et le méthane
(CH4) par les activités anthropiques (utilisation de combustibles
fossiles tels que le charbon, le pétrole ou le gaz).
Ce réchauffement climatique commence à menacer
la biodiversité par
son impact sur les habitats :
–
dans les régions arctiques par exemple, la fonte de la banquise
et des glaces continentales réduit le territoire de chasse de l’ours
polaire ;
– au Népal, la régression
des glaciers himalayens dégrade
peu à peu l’habitat du léopard des neiges ;
–
dans les régions équatoriales, le réchauffement des
eaux serait responsable de la mort de nombreuses espèces de coraux.
En effet, ces animaux vivent en symbiose avec des algues vertes, les zooxanthelles,
qu’ils expulsent lorsque la température de l’eau devient
trop élevée. Les coraux blanchissent et finissent par mourir.
 |
| Corail blanchi
dans les fonds marins. Le blanchissement indique le dépérissement
du corail. © IRD |
Le réchauffement climatique risque de perturber
les écosystèmes
en modifiant les aires de répartition des espèces. On constate
déjà que certains insectes sont présents à des
latitudes plus élevées ; il en est de même pour certaines
espèces d’oiseaux et de poissons.
[ Pour en savoir + ] : Insectes
ravageurs • Poissons
tropicaux
Mais peut-être certains êtres vivants n’auront-ils pas le
temps de s’adapter aux nouvelles conditions climatiques. En effet, cette
hausse de température importante s’est réalisée
en moins d’un siècle, ce qui est très rapide à l’échelle
de l’évolution. De plus, les espèces qui ne peuvent pas
se déplacer (animaux vivant fixés et surtout végétaux)
risquent d’être particulièrement affectées par ces
modifications du climat.
Certains scientifiques redoutent que l’extension
des zones chaudes à l’échelle
de la planète ne favorise la multiplication et la diversification
de certains micro-organismes (protozoaires parasites, bactéries et virus)
et de leurs vecteurs (moustiques par exemple) entraînant la recrudescence
de maladies tropicales ou l’émergence de nouvelles maladies.
[ Pour
en savoir + ]

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