Risques naturels

En bref : Ces risques ont des conséquences différentes selon les climats, les régions et les populations concernés. Leur réduction nécessite une connaissance approfondie des séismes, des tempêtes, des inondations ainsi que des enjeux humains, économiques et environnementaux. Souvent, leurs conséquences peuvent être aggravées par la présence de risques technologiques. Actuellement, les aspects réglementaires se renforcent, de nombreuses recherches et diverses techniques cherchent à réduire les effets des aléas et à mieux protéger les enjeux. Renforcer la prévision et la prévention ainsi que l’information des populations, imposée par la loi de 1987, devrait permettre de réduire ces risques. La gestion de la crise et de la post-crise nécessite une coordination des différents acteurs. L’école intègre peu à peu dans ses pratiques cette culture du risque ainsi que la connaissance de comportements adaptés à de telles situations.

Risque avalanche
Risque tempête
Risque séisme
Risque mouvement de terrain
Risque cyclone
Risque feu de forêt
Risque volcanique
Risque inondation

Risque avalanche

Définition

Provoquées par la rupture du manteau neigeux de structure variable, les avalanches correspondent à un déplacement rapide d’une masse de neige sur une pente, à une vitesse supérieure à un mètre par seconde. Cette masse varie de quelques dizaines de métres cubes à quelques centaines de milliers de mètres cubes.

[ Pour en savoir + ]

Historique

Les avalanches ont marqué de tout temps le territoire montagnard. Au XIXe et au début du XXe siècle, les montagnards, l’hiver, ne se hasardaient loin des villages qu’en cas d’extrême nécessité. Ce sont les expéditions militaires qui ont payé le plus lourd tribut à la montagne tel Hannibal qui perdit 18 000 hommes et 2 000 chevaux sous des coulées de neige, lors de la traversée des Alpes. Les risques d’avalanches ont été aggravés au XIXe siècle par la déforestation massive et les excès de pâturage et, à partir de 1950, par l’exode rural, le développement du tourisme et l’industrialisation qui entraînent d’énormes travaux de génie civil, l’imperméabilisation des sols et l’augmentation massive et ponctuelle de la population. Dans le contexte actuel, des événements tragiques ont conduit à renforcer considérablement la politique de sécurité en montagne en développant une cartographie des risques et un urbanisme plus réfléchi. Ces efforts ont permis de le réduire à un risque individuel lié aux loisirs dans 95 % des cas et d’en faire actuellement le risque le moins meurtrier. Il ne faut pas pour autant relâcher les efforts de prévention. Le bilan des accidents d’avalanche est établi grâce au concours des services publics de secours en montagne tels que les pelotons de gendarmerie de montagne (PGM), les pelotons de gendarmerie de haute montagne (PGHM), les compagnies républicaines de sécurité (CRS) et de certains services de sécurité des pistes des stations de ski. En 2001-2002, l’association nationale pour l’étude de la neige et des avalanches (ANENA) recensait 39 accidents dont 18 mortels. En 2002-2003, elle recensait 42 accidents dont 26 mortels. Quelques séismes de magnitude égale ou supérieure à 9 : en 1952 au Kamtchatka ; en 1957 au Chili ; en 1964 et 1960 en Alaska ; en 2004 dans le Pacifique où il provoqua des tsunamis particulièrement meurtriers.

[ Pour en savoir + ] sur l’historique.

Aléa

Les facteurs de déséquilibre du manteau neigeux sont l’augmentation du poids (nouvelle neige, présence de skieurs) et la diminution de l’équilibre du manteau neigeux, à savoir, la diminution de la cohérence de la neige, la diminution des forces de frottement (rupture de pente, longues herbes couchées, roches lisses) ainsi que la présence de vent. (formation de plaques : congères, corniches).

© Avec l’aimable autorisation de Claude Garnier

Avalanche de neige poudreuse

Caractéristiques
Faible densité : 50 à 80 kg/m3. Température négative.
Vitesse stupéfiante : 300 à 400 km/h. Trajectoire aléatoire.

Conséquences
Effets destructeurs considérables en particulier à cause de la surpression de l’air déplacé, les effets dépassent la zone concernée. Existence d’aérosol dangereux pour la respiration.

Conseils
Ne jamais s’aventurer en montagne après de fortes chutes de neige. En cas d’avalanche, se cramponner, se coucher et se couvrir le visage. Essayer de se maintenir à la surface par de grands mouvements de natation. Importance de la rapidité des secours.

 

Caractéristiques
Température négative ou proche de zéro. Forte densité : 300 kg/m3. Faible vitesse : 50 km/h. Masse considérable qui peut atteindre 500 tonnes. Le plus souvent, c’est le vent qui transforme les cristaux de neige en petites sphères pour former des plaques rigides sous forme de congères ou de corniches. Elles reposent sur une sous-couche, très instable, il suffit du passage d’un skieur pour provoquer l’avalanche.

Avalanche de plaque
(80 % des avalanches)

Conséquences
Piège redoutable car il est difficile d’échapper à une plaque qui cède sous le pas et qui n’est pas toujours visible. Risque d’avalanches secondaires parfois 10 à 100 fois supérieures à la masse initiale.

Conseils
Ne pas provoquer l’avalanche. Bien connaître le terrain et tenir compte des informations relatives à la neige et aux évolutions météorologiques. Importance de la rapidité des secours.

 

Avalanche de neige humide

Caractéristiques
Forte densité : 200 à 600 kg/m3. Température 0° (présence d’eau). Vitesse lente (10 à 20 km/h). Trajectoire bien connue, identique d’une année sur l’autre. Fréquente au printemps ou après une période de redoux.

Conséquences
Il est presque impossible de se dégager de cette neige compacte.

Conseils
Fuite latérale possible. Importance de la rapidité des secours.

Enjeux

Humains
Risque de plus en plus souvent individuel. La survie dépend de la durée et de la profondeur d’ensevelissement. La victime a 100 % de chances d’en sortir vivante si elle est dégagée moins d’un quart d’heure après l’accident ; 25 % de chance après quarante-cinq minutes et 10 % après deux heures.

Économiques
Obstruction des voies de communication, atteintes aux constructions, pylônes, arbres…

Environnementaux
Destruction de forêts…

Prévention

Le risque avalanche, conjonction de l’aléa avalanche et des différents enjeux, comprend plusieurs phases.

La vigilance
Les avalanches sont responsables à 95 % des décès de skieurs. Aussi, connaître certains comportements est vital. Et tout d’abord, s’informer des conditions météorologiques (http://www.meteofrance.com), puis connaître la signification des drapeaux (le drapeau à damiers noirs et jaunes signale un danger d’avalanche sur la station, le drapeau noir, un danger généralisé). Enfin, se munir d’un appareil de recherche des victimes d’avalanche (ARVA). Si vous avez à franchir une zone douteuse :
– détecter les zones à risques et les éléments aggravants de terrain (ruisseau, ravin) ;
– dégager dragonnes, lanières et une bretelle du sac ;
– mettre un foulard sur la bouche ;
– traverser un à un, éventuellement encordés, puis s’abriter en zone sûre ;
– ne pas céder à l’euphorie en groupe !

Aspects législatif et documentaire

Législation
Le code de l’urbanisme en particulier l’article R 111-3 définit les principes généraux servant de cadre aux politiques d’aménagement du territoire en particulier ceux en relation avec la sécurité publique dont les risques naturels. Cet article vise à assurer la protection des personnes et des biens. La loi montagne du 9 janvier 1995 : l’article 78 prévoit que l’autorité compétente doit prendre en compte les risques naturels dans les documents d’urbanisme dès qu’ils sont connus. Touchés par le plus grand nombre de risques naturels (avalanches, éboulements, crues torrentielles, chutes de blocs…), une loi spécifique aux territoires de montagne intègre la prise en compte du risque dans leur aménagement, leur développement et leur protection, dans le respect de l’identité culturelle montagnarde. Loi d’indemnisation des catastrophes naturelles du 13 juillet 1982 : l’État élabore et met en application des plans d’exposition aux risques naturels prévisibles, qui déterminent notamment les zones exposées et les techniques de prévention à mettre en œuvre tant par les propriétaires que par les collectivités ou les établissements publics. La loi de l’organisation de la sécurité civile du 12 juillet 1987 prévoit des risques de toute nature ainsi que la protection des personnes, des biens et de l’environnement contre les accidents, les sinistres, les catastrophes et l’organisation des secours lors de catastrophes naturelles ou technologiques.

Documents administratifs
La loi du 22 juillet 1987 modifiée par la loi du 2 février 1995 (article L.562-1 du C.E.) substitue les plans de prévention des risques naturels (PPR) aux plans d’expositions aux risques naturels. Ils poursuivent plusieurs objectifs pour les zones exposées et celles non exposées directement, pour les aménagements futurs et antérieurs. Les plans délimitent ainsi les zones exposées en tenant compte de la nature et de l’intensité des risques. Ils définissent les mesures de prévention, protection et sauvegarde devant être prises par les particuliers et les collectivités publiques en fonction de la nature et de l’intensité des risques. Ils prévoient des mesures allant jusqu’à l’interdiction d’aménagement.

Les PPR prescrits par arrêté préfectoral font l’objet d’études menées par les services instructeurs de l’État tels que la restauration des terrains de montagne (RTM) et le centre national du machinisme agricole, du génie rural et des eaux et forêts (CEMAGREF). Ils sont soumis à l’avis du conseil municipal puis à enquête publique. Après la prise en compte des différents avis émis, les PPR, opposables au tiers, sont approuvés par arrêté du préfet et font l’objet d’un affichage en mairie et d’une publication par voie de presse.

[ Pour en savoir + ] sur les restaurations des terrains de montagne

Plan des zones exposées aux avalanches (PZEA)
Institué par la circulaire n° 74-201 du 5 décembre 1974 doit être intégrés aux anciens POS, aux PLU ou repris par application de l’article R 111-3 du code de l’urbanisme (article aujourd’hui abrogé). Les PZEA comprennent des documents cartographiques à l’échelle 1/2 000 ou 1/5 000 qui décomposent le territoire communal en trois zones de trois couleurs différentes : la zone blanche représentant la zone présumée sans risque d’avalanche ; la rouge, zone estimée très dangereuse et la bleue, zone exposée à des avalanches de moindre intensité.

Le plan d’occupation des sols (POS) datant de 1967, remplacé par le plan local d’urbanisme (PLU) est un document de base de la planification urbaine qui fixe au niveau communal, dans le cadre du schéma de cohérence ou du schéma de secteur, les règles générales d’occupation et d’utilisation du sol ainsi que les servitudes. Il est donc le document de base pour la prise en compte et la gestion urbanistique du risque d’avalanche. La loi n° 2000-1 208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain remplace le POS par le PLU. Son suivi s’effectue grâce à l’analyse du manteau neigeux par sondage de l’épaisseur de neige, par carottage, tamisage et analyse de la neige.

Les parades techniques

La prévention des risques et la protection des populations nécessitent des mesures collectives et individuelles. Des parades sont indispensables comme la protection permanente passive localisée dans les zones d’arrêts telle que la déviation (galerie, tremplin, tourne, digue, étrave), le freinage (tas, dent, obstacle ajouré), l’arrêt (mur, digue, plage de dépôt), l’adaptation et le renforcement des constructions au site, et l’Avertissement ou alerte (signalisation, détecteur routier d’avalanche : DRA). La protection permanente active localisée dans les zones de départs d’avalanche tient compte de la modification de la rugosité du sol (Banquette étroite de reboisement avec alternance de râteliers, fauchage, drainage), du reboisement (plantation), de la fixation et du soutien du manteau neigeux (râtelier, claie, filet), ainsi que de l’utilisation de l’action du vent (barrière à neige, virevent, toit-buse). La protection temporaire passive qui tient compte d’une réglementation (interdiction, évacuation, consigne). La protection temporaire active comprend le damage et le déclenchement artificiel tel le lancement d’explosif au sol, à la main, avalancheur, CATEX, canon au gaz (GAZEX), voire en hélicoptère.

La recherche

Le Centre d’études de la neige (CEN) créé en 1959, unité de recherche spécialisée de Météo-France, réalise des recherches sur la neige, les avalanches et les domaines voisins et assure la coordination technique nationale de la prévision du risque d’avalanche. L’Unité ETNA (Érosion torrentielle, neige et avalanches) créé en 1970 recherche et expertise pour l’ingénierie de la prévention des risques naturels en montagne. Elle se concentre sur les aspects spatiaux des avalanches, les ausculte, les décortique. Elle établit les cartes, mesure leurs effets, conçoit des protections. Le transport de neige par le vent fait l’objet de collaborations entre le CEN et l’ETNA.

Gestion de la crise

En cas d’avalanche, les chances de survie diminuent de façon importante, passant de 95 % dans le premier quart d’heure d’ensevelissement à 25 % au bout de 45 minutes. Il est donc nécessaire d’intervenir rapidement : alerte, mobilisation des moyens (le plus souvent héliportés), chaîne des secours (détection, équipe cynophile, médicalisation…). Les secours sont médicalisés pour optimiser les chances de survie des accidentés.

L’organisation des secours

Le préfet définit par arrêté préfectoral les secours et la coordination des services de l’État. La loi Montagne de 1985 a instauré la possibilité aux collectivités d’exiger des intéressés ou de leurs ayants droit le remboursement des frais engagés à l’occasion d’accidents. Les plans d’urgence liés à des situations exceptionnelles sont du ressort du préfet et demandent d’importants moyens. Le plan ORSEC peut être concomitant à un plan d’urgence. Le transport héliporté qui représente plus de 95 % des opérations de secours en montagne relève surtout de l’État (gendarmerie de haute montagne, CRS et protection civile). Ils sont renforcés en cas de besoin par des guides, des volontaires de sociétés locales de secours. Les stations possèdent un service de pisteurs secouristes disposant de chiens d’avalanches qui ont une mission de prévention et de secours.

[ Pour en savoir + ]

Conduite à tenir au niveau individuel

Si l’avalanche se produit :
- Tenter de fuir latéralement.
- Se débarrasser des bâtons et du sac.
- Fermer la bouche et protéger les voies respiratoires pour éviter à tout prix de remplir ses poumons de neige.
- Essayer de se cramponner à tout obstacle pour éviter d’être emporté.
- Essayer de se maintenir à la surface par de grands mouvements de natation.

Si vous êtes enfoui :
- Ne pas s’essouffler en criant, pour tenter de se faire entendre.
- Émettre des sons brefs et aigus, l’idéal serait un sifflet.
- Faire le maximum d’efforts pour se dégager quand on sent que l’avalanche va s’arrêter.
- À l’arrêt, si l’ensevelissement est total, s’efforcer de créer une poche en exécutant une détente énergique
- Ne plus bouger pour économiser l’air.

Après crise

La loi n° 82-600 du 13 juillet 1982 modifiée, relative à l’indemnisation des victimes de catastrophes naturelles (art. L.125-1 à L.125-6 du code des assurances) a fixé pour objectif d’indemniser les victimes de catastrophes naturelles en se fondant sur le principe de solidarité nationale. Valable pour tous à l’exception du risque feux de forêt.

L’échelle européenne des risques d’avalanche

Degré de danger Stabilité du manteau neigeux. Probabilité de déclenchement. Conséquences pour les voies de communications et les habitations/recommandations. Conséquences pour des personnes hors pistes/recommandations.
1 : Faible Le manteau neigeux est en général bien stabilisé. Des déclenchements ne sont en général possibles que par forte surcharge (2) sur de très rares pentes raides extrêmes. Seules des coulées peuvent se produire spontanément. Pas de danger. En général, conditions sûres.
2 : Limité Le manteau neigeux n’est que modérément stabilisé dans quelques pentes raides (1). Ailleurs, il est bien stabilisé. Des déclenchements sont possibles surtout par forte surcharge (2) et dans quelques pentes indiquées dans le bulletin. Des départs spontanés d’avalanches de grande ampleur ne sont pas à attendre. Guère de danger d’avalanches spontanées. Conditions favorables, pour la plupart. La prudence est surtout conseillée lors de passages sur des pentes raides d’exposition et d’altitude indiquées dans les bulletins.
3 : Marqué Le manteau neigeux n’est que modérément à faiblement stabilisé dans de nombreuses pentes raides (1). Des déclenchements sont possibles parfois même par faible surcharge (2) et surtout dans de nombreuses pentes indiquées dans le bulletin. Dans certaines situations, quelques départs spontanés d’avalanches de taille moyenne, et parfois assez grosse, sont possibles. Des départs exposés mises en danger sporadiquement. Des mesures de sécurité sont à recommander dans certains cas. Conditions partiellement défavorables. L’appréciation du danger d’avalanche demande de l’expérience. Éviter autant que possible les pentes raides d’exposition et d’altitude indiquées dans les bulletins.
4 : Fort Le manteau neigeux est faiblement stabilisé dans la plupart des pentes raides (1). Des déclenchements sont probables même par faible surcharge (2) dans de nombreuses pentes raides. Dans certaines situations, de nombreux départs spontanés d’avalanches de taille moyenne, et parfois grosse, sont à attendre. Des départs exposés mises en danger pour la plupart. Des mesures de sécurité sont à recommander. Conditions défavorables. L’appréciation du danger d’avalanche demande beaucoup d’expérience. Se limiter aux terrains peu raides/considérer les zones de dépôt d’avalanches.
5 : Très fort L’instabilité du manteau neigeux est généralisée. Spontanément, de nombreux départs de grosses avalanches sont à attendre y compris en terrain peu raide. Danger aigu. Toutes les mesures de sécurité sont à recommander. Conditions très défavorables. La renonciation est recommandée.

(1) Le terrain exposé au danger d’avalanche est décrit de manière plus détaillée dans le bulletin d’avalanches (altitude, exposition, topographie, etc.)
(2) Surcharge : — forte (par exemple skieurs groupés, engin de damage, explosif) — faible (par exemple skieur seul, piéton)

Pentes raides : des pentes d’inclinaison supérieure à environ 30 degrés.
Terrain peu raide : des pentes d’inclinaison inférieure à environ 30 degrés.
Pentes raides extrêmes : défavorable en ce qui concerne l’inclinaison, la configuration du terrain, la proximité de la crête, la rugosité du sol.
Spontané : sans intervention humaine.
Exposition : point cardinal vers lequel est tournée une pente.
Exposé : signifie dans ce cas particulièrement exposé au danger.
Les degrés de danger sont valables pour toutes les Alpes.


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