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La croisade
des enfants

La croisade des enfants : une guerre pour la civilisation

(1)   L’entrée en guerre et la réalisation de l’Union sacrée furent l’occasion de réveiller les ardeurs patriotiques. En France, le phénomène prit une intensité et une force plus importantes qu’ailleurs; cela se comprend par le choc que représentaient l’invasion et l’occupation d’une partie du territoire et qui ne pouvait manquer de réveiller les douloureux souvenirs de l’invasion de 1870. L’exaltation du sentiment patriotique fut bien sûr un leitmotiv du discours à destination des enfants dont on attendait qu’ils se montrent dignes de l’exemple donné par leurs aînés combattant au front. L’œuvre patriotique devenait partie intégrante, quand elle n’était pas exclusive du travail scolaire. Elle était encouragée vivement par les autorités ministérielles qui montrèrent l’exemple en inscrivant au programme des écoles l’organisation de « journées patriotiques ». A l’école, mais aussi dans les autres secteurs culturels à destination des enfants, les repères patriotiques établis au cours des décennies précédentes furent réactivés sans que ne fussent pour autant oubliée l’actualité de la guerre dont les emprunts servaient à illustrer la justesse et la bonne foi de la cause engagée. La guerre est présentée comme une guerre de défense patriotique mais avec des contenus nationaux posés en termes éthique et de civilisation dont la période précédant la guerre avait offert quelques traits. Le caractère messianique donné à la guerre pour la patrie s’exprime chez  les différents belligérants avec un ton et des contenus qui varient suivant les spécificités nationales. En Allemagne, la guerre pour la « Deutsche Kultur » expliquée aux enfants « apparaît bien souvent sous les traits d’une tentative de rompre l’encerclement insupportable des puissances acharnées à la perte de l’Allemagne et de son allié principal » nous explique Stéphane Audoin-Rouzeau. Du côté des alliés, la guerre est également présentée comme une guerre de défense de la civilisation. En France, l’idée est entretenue par le souvenir traumatisant de la guerre de 1870, par l’occupation bien réelle d’une partie du  territoire ainsi que par le « vieux messianisme républicain qui tendait à faire de la France depuis la Révolution le phare de l’humanité » (1).
Stéphane Audoin-Rouzeau,
La guerre des enfants, 1914-1918,
Armand Colin, 1993.


Olivier Loubes montre que ce sont ces principes qui ont alimenté le discours enseignant à la rentrée scolaire de 1914 où la guerre était présentée comme une guerre faite au nom des valeurs patriotiques et civiques de la Grande Nation, une guerre de défense et de libération dont l’invasion de la Belgique confirmait la légitimité. Ce n’est qu’en 1915, avec l’installation de la guerre, que les représentations se transformèrent dans le sens d’un patrio-bellicisme ; une « brutalisation » des consciences à l’école plus en phase qu’à la rentrée de 1914 avec la réalité et le temps présent de la guerre (2).

(2)  

Olivier Loubes,
L’école de la patrie,
histoire d’un désenchantement,
1914-1940
, Belin, 2001.

 


En Grande-Bretagne, le concept de guerre défensive ne pouvait être ressenti de la même manière qu’en France en raison de traditions militaires et historiques différentes et de la moindre menace qui pesait sur le territoire britannique. L’idée de défense était en fait élargie à l’Empire ce qui donnait à la guerre sa conception civilisatrice où il s’agissait de faire triompher la cause de la Liberté, du Droit et de la Justice. Cela conduit sans doute à voir dans cette option civilisatrice commune dépassant les particularismes et spécificités nationales auxquels chaque nation avait recours, un effet de la massification des cultures patriotiques au cours des décennies précédant la guerre et du rôle joué par la modernité dans son exploitation.

   

© CRDP de l’académie d’Amiens - Les Enfants dans la Grande Guerre, juin 2003.
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