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« Distribution solennelle des prix »

Le document est un programme annonçant la cérémonie de distribution des prix organisée pour les écoles communales du IVe arrondissement de Paris en 1912.

La présentation des festivités nous permet de découvrir la place centrale qu’occupe l’école dans le projet républicain et le système de valeurs qui lui est attaché.

Le rite scolaire que l’on ne peut dissocier du rituel républicain déroule ses caractéristiques liturgiques suivant le triptyque classique de l’unité de temps, de lieu et d’action.

Le temps scolaire : la manifestation clôt une année scolaire (juillet) et un cycle d’études sanctionné par des épreuves. Le cérémonial laïque, comparable à la profession de foi du rite catholique (« Distribution solennelle ») revêt un caractère initiatique, vu et reconnu de tous (dimanche) qui permet d’intégrer l’enfant au monde des adultes et vise plus largement à le faire entrer dans la communauté nationale. L’hommage et le brevet d’excellence décerné aux plus méritants certifient le travail accompli autant que la valeur des savoirs transmis par l’institution.

Le lieu de cérémonie : la mairie en tant que lieu de mise en scène et de représentation de la cérémonie met en valeur les institutions républicaines, et d’abord celle qui incarne le mieux l’esprit de la démocratie: la commune (en-tête du programme). Le temple de la démocratie est aussi  par excellence le lieu de la rencontre citoyenne et des événements majeurs qui rythment la vie des membres de la communauté (mariages, vie associative …).

Le cérémonial : le déroulement et les modalités de la cérémonie sont l’occasion de réaffirmer l’adhésion collective aux idéaux républicains. Le patronage  des élus, leurs interventions (allocution, discours) et la mobilisation des symboles patriotiques ( La Marseillaise, le Chant du départ, l’ Ouverture d’Egmont (1) interprétés par une musique régimentaire) sont mis au service des mythes fondateurs  du régime (la Révolution et la naissance de la République).

(1)
L’œuvre est un manifeste politique où le personnage central incarne l’idéal de justice et de liberté opposé au despotisme autoritaire.

(2)
Le Chant du départ de Marie-Joseph Chenier est un hymne guerrier exécuté pour la première fois lors de la fête nationale de 1794 pour célébrer le souvenir de la prise de la Bastille. Le chant devint promptement populaire et concourut à perpétuer auprès des jeunes le mythe des engagés volontaires, le culte de l’héroïsme guerrier ainsi que les vertus civiques et patriotiques attachées au service des armées de la République. Une des strophes rend hommage au courage et au sacrifice de deux jeunes héros-soldats des guerres de la révolution âgés de 12 et 13 ans, J. Barra et J. Vialla.

 

Ces trois unités rattachées aux trois institutions phares du régime (scolaire, démocratique et militaire) établissent un socle de représentation où se conjuguent respectivement la foi dans le progrès de l’humanité, la croyance aux principes de la révolution de 1789 et la foi dans la mission civilisatrice de la France. A cette vision dynamique et moderne du projet scolaire s’ajoute, en arrière-plan, une représentation statique et conservatrice de l’école, que les inspirateurs et pères-fondateurs de l’école de la IIIe République ont également souhaité agréger à ses missions.

Le référentiel contenu dans le seul programme ne permet pas d’en avoir une vue exhaustive, mais la mise en page contient néanmoins certains éléments caractéristiques de l’imprégnation des valeurs sociales et morales dominantes.

Le principe de l’autorité de la loi est affirmé dans la partie supérieure du programme qui place la cérémonie sous les auspices de l’Etat et de ses institutions représentatives.

Les distinctions d’ordre social sont mises en évidence à travers la finalité donnée à la cérémonie qui récompense le mérite et la réussite des élèves. La référence au modèle classique de la carrière des honneurs apparaît de manière symbolique sous la forme de parrainage des candidats élevés aux honneurs par l'élu municipal qui officie à la cérémonie et aux distinctions, aspect qu’illustre le programme par une typographie commune et distincte du reste du texte.

Les principes hiérarchiques d’ordre moral sont introduits, quant à eux, par la distinction faite entre filles et garçons. La prééminence donnée à ces derniers dans l’ordre de la cérémonie (2e partie) n’est pas seulement primauté de droit que la tradition reconnaît au genre masculin. Elle comprend également des devoirs et des missions distinctes. Les devoirs scolaires accomplis, se présentent pour les garçons les devoirs militaires. Cette mission supérieure est mise en perspective par la présence d’une musique régimentaire et plus encore par les thèmes évocateurs des intermèdes musicaux (Marseillaise, Chant du départ (2) ) dont les paroles subliment le service des armes et projettent l’enfant dans l’idéal guerrier synonyme de conquêtes et de gloire.

 

(3)
Sous l’Ancien Régime, l’appellation de « jeune fille à marier » était fréquemment utilisée dans les actes des registres paroissiaux (mariage, baptême, décès).

(4)
L’héroïne de la pièce de Shakespeare, Ophélie, à laquelle peuvent s’identifier les jeunes filles, incarne l’idéal masculin de la femme jolie, passive et soumise, spectatrice impuissante des passions masculines. Le Prélude et la Marche funèbre joués d’après l’interprétation d’Ambroise Thomas évoquent l’amour impossible d’Ophélie pour Hamlet, son sacrifice ultime quand ce dernier est investi de la mission supérieure de venger et de laver l’honneur de son père.

 

Pour les filles, la projection s’opère dans un tout autre registre : le qualificatif employé de « jeune fille » rappelle à celle qui vient d’être diplômée son statut de mineure en tant que femme tout comme son caractère provisoire ainsi qu’il était de coutume d’en faire part pour désigner le sexe  « faible » avant le mariage (3).

Il en va de même du thème musical choisi pour ouvrir la distribution des prix féminins. Si la référence au patrimoine culturel et aux humanités enseignés est commun aux deux sexes, elle n’en contient pas moins, outre son classicisme (4), une portée hautement symbolique pour le sexe féminin qui relie le bien reçu en héritage aux fonctions de transmission qui sont attachées à sa condition, à ses vertus morales et éducatives.

 

Extraits :

 Refrain :

« La République nous appelle
Sachons vaincre ou sachons périr
Un Français doit vivre pour elle
Pour elle un Français doit mourir ».

Une épouse

couplet:

« Partez, vaillants époux 
Les combats sont vos fêtes 
Partez, modèles des guerriers 
Nous cueillerons des fleurs, pour en ceindre vos têtes
Nos mains tresserons vos lauriers
Et, si le temple de mémoire
S’ouvrant à vos mânes vainqueurs
Nos voix chanterons votre gloire
Nos flancs porterons vos vengeurs ».

 

 


© CRDP de l’académie d’Amiens - Les Enfants dans la Grande Guerre, juin 2003.
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