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Affiche américaine |
« Save your child » Alors qu’en novembre 1916, le Federal Reserve Board déconseille aux Américains de souscrire aux emprunts alliés sous la pression de Wilson qui veut donner davantage de poids à sa proposition de paix de décembre 1915, l’entrée en guerre des Etats-Unis provoque un profond bouleversement. Plusieurs institutions gouvernementales sont ainsi crées pour assurer la mobilisation des forces économiques. Développant une intense propagande, les autorités engagent la population américaine non seulement à soutenir financièrement les diverses oeuvres caritatives, mais aussi à acheter des timbres de guerre et à souscrire aux cinq grands emprunts organisés entre mai 1917 et avril 1919. Durant cette période, ce sont près de 2 500 images qui sont diffusées, soit plus de six affiches par jour. Leur impact est considérable puisqu’elles permettent de recueillir 21,5 milliards de dollars, de quoi couvrir, selon certains auteurs, les deux tiers des dépenses de guerre américaines. C’est une lithographie réalisée par Paus Herbert, publiée à New York, en 1917 ou 1918 (la date n’est pas précisée). Dans la zone centrale de l’affiche, un enfant nu mais chaussé se tient au poignet et à la main en bronze de la statue de la liberté. Un cadrage de format carré, au fond bleu intense, découpe un fragment de la célèbre statue en révélant notamment la main serrant le flambeau. Ces deux éléments iconiques que relie le geste de l’enfant se superposent plus qu’ils ne se fondent. En effet, l’enfant, le visage de face, le regard frontal et le corps de profil sont en haut et en bas du cadrage et instaure une transgression spatiale qu’induisent sa position et son geste. Hors du carré bleu, l’enfant impose un avant plan distinct tout en étant ancré dans le cadrage resserré de la statue de la liberté. Du flambeau s’échappe de façon rayonnante un faisceau de lignes jaunes ; il figure la flamme de la liberté et éclaire partiellement le corps de l’enfant. Ces obliques traversent et intègrent notamment les mots « save » et « your » de la phrase imprimée. Selon le même principe le mot « buy » se détachant en blanc sur fond bleu, se superpose à la base du flambeau et intègre, lui aussi, l’image. Ces deux verbes (sauver et acheter) sont mis en relation, l’un étant la conséquence de l’autre. Aux Etats-Unis moins directement sensibles à la réalité de la guerre, les campagnes n’hésitent pas à mettre l’accent sur les risques de la barbarie et sur de possibles déluges de malheurs. Point de vision de « féroces Huns » sur cette affiche, ce sont les menaces qu’ils font peser sur les valeurs américaines, jugées universelles, qui sont mises en exergue. Le slogan stigmatise ces fléaux : l’autocratie, la pauvreté mettent en péril les fondements constitutifs et historiques de la nation : la démocratie, la liberté, la croyance et la foi dans le progrès, la recherche d’un bonheur garanti notamment par le bien être matériel. La tentation pourrait être grande de voir dans l’enfant nu, asexué, d’une beauté « classique », un ange protecteur du peuple et du pays, cristallisant les vertus américaines. Néanmoins, sa position partiellement hors cadre, sa plasticité (la souplesse, les formes et les lignes du corps) et surtout ses chaussettes et souliers font de lui un enfant américain. Témoin de la guerre, il s’inscrit dans la temporalité. Image de pureté confortée par son âge et sa nudité, il semble incarner le modèle américain ancré dans le temps présent et résolument tourné vers l’avenir. |
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| © CRDP de lacadémie dAmiens - Les Enfants dans la Grande Guerre, juin 2003. Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire. |