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Sélection d’objets

« Première
de couverture »

« Souvenirs de la Grande Guerre »

Le document représente la page de couverture d’une brochure publiée dans la seconde moitié de 1917 à l’adresse des instituteurs de l’Ecole de la République. Le fascicule dont l’origine n’est pas précisé est un hommage à l’institution scolaire, aux « hussards noirs » et à leur rôle depuis le début du conflit en tant que combattants et éducateurs de la nation. Il est également conçu comme un outil de re mobilisation des esprits dans un contexte marqué par une profonde crise sociale et politique, par des revers militaires et par l’effondrement de l’allié russe. L’ouvrage délivre, à cet effet, un argumentaire détaillé sur les missions dévolues à l’instituteur en tant qu’interlocuteur privilégié auprès des enfants et de leurs familles (chapitres sur l’Education physique, la Culture de la Terre, la Mobilisation de l’Or, les Restrictions...).

En accord avec cette double finalité, la page illustrée s’organise sur deux espaces reliant chacun deux temporalités.

A l’arrière-plan, se déploie l’espace symbolique : à droite, un énoncé calligraphié couleur bleu ciel,  décline de manière hyperbolique le triptyque de la  guerre des Alliés : la liberté, la civilisation, la justice.

A gauche, la partie illustrée renvoie au mythe fondateur de l’école républicaine. Sur un piédestal dédié à Jules Ferry, se dresse un autel de la patrie d’où émerge la figure de l’auteur des lois de l’école de la IIIe République qui en dresse les plans et les principes. En contrepoint, les vertus civiques de l’école sont signifiées par une allégorie féminine de la République. Les valeurs morales du projet républicain sont quant à elles représentées par la mère de famille, gardienne du foyer, prêtant serment d’allégeance de la mission reçue par l’Etat.

La perspective oblique du dessin permet de rattacher le mythe fondateur de l’école de la République au triptyque de la guerre patriotique.

Au premier plan, la scène nous ramène à l’actualité de la guerre et à ses devoirs comme le suggère la symétrie commune entre la bande supérieure de l’ouvrage et son intitulé rendant hommage « Aux enfants de l’Ecole de la République » et celle du bas où se détache l’image présente de deux enfants faisant cercle avec leur instituteur en uniforme autour d’un livre.

La scène fonctionne également de manière « indépendante » avec le mythe républicain par son approche sensible et intimiste de l’école en guerre : le vieil instituteur témoin vivant du sacrifice donné à la patrie, le jeune garçon tenu affectueusement par son maître, la jeune fille spectatrice attentive délaissant sa poupée, la position commune de recueillement en toute simplicité autour du livre. La vision singulière de la scène procède également du traitement focal du graphisme où se détache le jeune garçon placé au centre de la composition. Héritant de l’expérience et du savoir du maître, ce dernier est invité à se montrer digne de l’exemple donné par ses aînés combattant au front.

La leçon particulière de patriotisme destinée à l’enfant est reliée à l’échangeur mythologique situé à l’arrière-plan par le prolongement graphique. Le livre, tenu communément par l’instituteur et le garçon devient, de la sorte, religion du Livre : en tant que legs sacré de la Patrie et de la République; en tant que guide ouvrant une mission à l’enfance en guerre dont la portée hautement symbolique est signifiée par l’énoncé.

Le sujet est donc à la fois une ode à l’instituteur et à l’enfant de l’école de la République, à leur devoir singulier mis au service de la communauté nationale, de ses idéaux et de son épopée.

La représentation s’inscrit parfaitement dans la voie tracée par la culture de guerre en France, avec ses schémas culturels reliés à l’héritage révolutionnaire, à la France « phare de l’humanité »  dont le modèle avait été codifié et élargi sous la IIIe République. Une culture de guerre où le conflit a, cependant, sa spécificité propre en définissant une éthique de la nation, de la famille et de l’individu ; tensions culturelles que les figures singulières et pathétiques de l’instituteur et de l’enfant mettent en avant ainsi que le finalisme positiviste de l’énoncé (« triomphe de la civilisation »).

Le document s’accorde aussi avec la religion de guerre qui a marqué de manière spécifique la culture du conflit où l’enfant tient lieu de promesse d’un monde meilleur et d’une nouvelle étape de la civilisation, aspect ouvertement revendiqué dans l’ouvrage en question qui compare les instituteurs à des « apôtres » devant préparer la « marche incessante de l’humanité, vers plus de justice, vers une émancipation de plus en plus grande de l’individu, de la famille et de la nation. »


© CRDP de l’académie d’Amiens - Les Enfants dans la Grande Guerre, juin 2003.
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