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Partition |
« We want our Daddy dear, back home » Cette photographie montrant une enfant américaine au téléphone illustre le thème d’une chanson et fait la couverture d’un partition musicale éditée à New York. Le document n’est pas daté mais on peut facilement le rapporter aux années 1917-1918, temps forts de l’intervention militaire américaine en Europe et de la mobilisation culturelle qui l’accompagna. Par son impact populaire et l’approche sensitive qu’il permet, le support culturel fut un mode très prisé pour diffuser les valeurs patriotiques et sensibiliser l’opinion à l’effort de guerre. Ces objectifs ont aussi été facilités par les liens culturels entretenus de longue date avec l’Angleterre. Ainsi, la maison d’édition d’où provient notre document, dispose-t-elle d’un bureau à Londres. Limage de cette « fille au téléphone » est inspirée du titre dune ballade pour enfant. Sous forme de comptine, elle raconte l’histoire d’une enfant venant d’apprendre la naissance d’un petit frère. L’idée lui vient alors d’entrer en contact avec son père mobilisé en France pour lui faire savoir l’heureux événement et réclamer son retour au foyer. L’appel est techniquement impossible; mais soucieux de ne pas briser le rêve, le central téléphonique fait porter la requête de lenfant devenue refrain à la Maison Blanche, devant le Président. Le plus haut responsable du pays se montre compréhensif et bienveillant. A son tour, il donne suite au message qui cette fois codé parvient à son destinataire. Une représentation du rêve américain Parmi les exemplaires conservés à l’Historial, c’est le seul où la photographie a été préférée au dessin pour servir le thème de la chanson. Le choix n’est sans doute pas anodin : le réalisme du procédé entend de la sorte se saisir de la modernité exprimée dans la chanson pour la mettre en correspondance avec une certaine vision de la société américaine. L’espace intérieur apparaît confortable et spacieux, typique de la classe moyenne urbaine et cultivée. Il témoigne de la réussite d’un modèle social et plus largement d’un mode de vie où l’objet de communication fait figure de valeur emblématique. La relation établie à la guerre està cet effet conçue pour instruire ce modèle et les valeurs positives qui s’y attachent. Elle n’est explicitée qu’à travers le titre évoquant l’absence du père-soldat et la promesse de son retour. Transposés à l’image, ces thèmes se confondent avec la représentation du foyer. Telle une boucle dont il formerait le centre, l’espace familial se présente de fait comme élément constitutif et finalité du conflit, les deux termes étant réunis et déterminés par une foi partagée du progrès. Le foyer et l’objet symbole du temps présent participent donc de cette vision de l’avenir que l’imaginaire prêté à l’enfant a en quelque sorte anticipé. L’engagement militaire trouve ainsi sa pleine signification, relié à ce devenir humain et aux formes libératrices qu’on lui attribue. L image : à la rencontre de limaginaire et du réel La composition artistique s’accorde avec cette vision émancipatrice. La part de rêve est mise en exergue par la fillette sortie fraîchement de son lit. La blancheur de sa tenue éclaire l’atmosphère feutrée du salon ajoutant une note de magie à la candeur de la situation. A l’arrière plan, dans le prolongement du corps de la jeune fille, l’escalier laisse deviner le chemin qu’a emprunté l’enfant et le lien qui le rattache encore à son univers propre. La traduction plastique de la réalité du foyer est quant à elle traitée à partir de l’objet convoité. Son appropriation visuelle est dirigée par la perspective horizontale que dessine la disposition oblique du fauteuil avec le rebord de table arrondi. Dans le sens opposé, l’objet dressé en bord de table prolonge la verticalité du fauteuil accolé au pied de table. Surélevé le corps de l’enfant fait pendant à l’objet. Ce dernier prend ainsi une valeur éminemment stable, inscrite dans la réalité du foyer et de l’événement présent. La modernité du personnage de lenfant La modernité apparaît aussi à travers le regard porté sur l’enfant et la place qu’il tient au sein du système de valeurs familiales. L’appropriation de l’espace et d’objets habituellement réservés aux adultes invite à une lecture très souple des relations entre parents et enfants. C’est ce que nous laisse penser aussi la position nonchalante et inversée du corps de l’enfant sur le fauteuil paternel. D’autres aspects viennent également transgresser les hiérarchies supposées existantes ou pour le moins les conventions d’usage : l’initiative personnelle laissée à la jeune enfant ou encore le ton impératif et possessif qu’on lui fait tenir ( « We want … » « Give me France »). Une éducation à la participation et à la responsabilité dont le texte de la chanson se fait l’écho à travers l’action du président et le rôle qu’on lui fait jouer comme agent des institutions démocratiques et de l’initiative citoyenne. Cette permissivité du modèle éducatif n’est sans doute représentative que d’une frange cultivée et aisée de la population. Il interpelle néanmoins par son caractère novateur. Rapporté au contexte de l’époque, on a peine à imaginer cette image de « l’enfant roi » transposable aux sociétés européennes les plus avancées. C’est à ce titre qu’elle prend valeur initiatrice de notre contemporanéité. |
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| © CRDP de lacadémie dAmiens - Les Enfants dans la Grande Guerre, juin 2003. Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire. |
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