La représentation
du soldat
pendant la Grande Guerre

12. Feuillères (Somme), le 28 septembre 1916
 
 

Au bout de quelques jours les Boches envoient de gros obus aux environs de la batterie puis le lendemain cinq plus petits. Nous nous demandons si ce tir est dirigé contre nous.

Le 28 septembre, nous avons à subir un véritable bombardement. Deux obus tombent assez près de nous, l'un court et l'autre long.

« Pas de doute, dis-je, cette fois, c'est pour nous. Les Boches règlent leur tir. »

Comme nous n'avons aucun abri sérieux, nous nous réfugions où nous pouvons. Les uns s'en vont avec moi à la sape des infirmiers. Ces messieurs les infirmiers n'ayant que peu de chose à faire, ont pu se creuser un abri solide. A peine sommes-nous arrivés que le bombardement reprend et pendant plus de deux heures il continue. Quand tout est fini nous sortons pour aller constater les dégâts. Presque tous les abris commencés sont effondrés. Toute la route est jonchée de terre et le pommier qui surplombe la position est entièrement dépouillé de ses feuilles et de ses fruits. Aux alentours de la batterie, il y a de nombreux trous d'obus. « Ils ont tiré deux-cent coups, explique Massin un infirmier, je les ai comptés.

 Et quels dégâts ont-ils fait ?

 Aucun, à ce qu'on peut voir jusqu'ici. Si nous avions eu l'ordre de tirer, nous n'aurions pu le faire et c'est tout. Et d'ailleurs s'il avait fallu tirer, une de nos batteries se serait chargée de faire taire la batterie boche. Donc deux-cent coups dans la lune.

 Et nous, quels dégâts faisons-nous ?

 Nous agissons de même. La méthode de réglage qui oblige à obtenir un coup court puis un long est excellente à coup sûr mais elle a le gros défaut d'avertir l'adversaire. Nulle surprise possible avec ce système. L'ennemi évacue le point visé puis revient après la tourmente. »




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« La représentation du soldat pendant la Grande Guerre »
Dossier du service éducatif et culturel de l’Historial de Péronne

© CRDP - Académie d’Amiens, septembre 2004
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