La représentation
du soldat
pendant la Grande Guerre

20. L'épine de Dallon (Aisne), le 11 avril 1917
 
 

La croix de guerre m'a toujours paru accordée à tort et à travers. Quelques soldats qui la méritent vraiment ne l'ont pas. À Flaucourt, trois conducteurs amènent un chariot de munitions. Un conducteur est tué, un autre gravement blessé. Le troisième soigne son camarade et ramène les attelages. Personne ne vante son acte. Il n'a rien.

Mais, en revanche, beaucoup de soldats qui ont des citations les méritent peu ou point.

À la suite d'une bataille, le général dit : « Il y aura quarante-huit croix pour le 180e bataillon de chasseurs à pied, cent-vint-cinq pour le 560e d'infanterie, six pour la 11e batterie du 121e ». Le commandant de batterie est fort embêté. Il y a bien plus de six hommes qui ont fait leur devoir. Il n'y en a pas autant qui se soient particulièrement distingués. Comment faire ? Le plus juste serait de tirer au sort. Il n'ose pas le faire et tout se trouve décidé au hasard.

Quant aux motifs, certains constituent un défi à la vérité. On voit souvent : « a continué à servir sa pièce sous un violent bombardement et est resté calme comme à la manoeuvre. »

Après quoi, le lieutenant déclarait pour soulager sa conscience : « Ce n'est pas fort juste et je crains que cela ne décourage plus les non décorés que cela n'encourage les décorés. Mais, nous rectifierons cela la prochaine fois. Et tout le monde finira par avoir la croix de guerre. »





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« La représentation du soldat pendant la Grande Guerre »
Dossier du service éducatif et culturel de l’Historial de Péronne

© CRDP - Académie d’Amiens, septembre 2004
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