La représentation
du soldat
pendant la Grande Guerre

21. Nanteuil la Fosse (Aisne), mai 1917
 
 

Un événement regrettable vient nous attrister un instant, un instant seulement, car le soldat est plus égoïste que le commun des mortels. Il souffre tellement lui même qu'il ne peut s'appesantir sur un événement, si triste soit-il.

Le tir au milieu des arbres exige une grande attention car on risque à chaque instant de jeter un obus sur une branche. C'est ce qui se produit malheureusement avec une pièce de la 10e batterie. Et le coup est si malheureux que le lieutenant Vaillant est tué sur le coup ainsi qu'un jeune arrivé de la veille. Un de nos camarades les plus anciens nommé Foncier est blessé si gravement qu'il en meurt quelques jours après. Et pourtant il me disait, la veille même : « Si cela recommence comme à l'Épine de Dallon, je recommence aussi à me faire porter malade. Je suis marié maintenant et ne veux pas me faire tuer ». Moins de vingt-quatre heures après, il était blessé grièvement. Quant au jeune,c'était un engagé volontaire et il avait choisi l'artillerie lourde pour être plus à l'abri. Le malheureux n'avait même pas encore écrit chez lui pour annoncer son départ au front.

Un événement de ce genre est de nature à faire croire à la fatalité car il atteint seulement des gens de grande prudence. Le lieutenant Vaillant sortait rarement de son abri. Pour une fois qu'il vient contrôler en personne le tir d'une pièce,il se fait tuer. Foncier, lui, savait se trouver une maladie quand le coin était dangereux. À quoi cela lui a-t-il servi ? Et quant au pauvre bleu, il avait devancé l'appel de sa classe pour ne pas aller dans l'infanterie. Il n'en avait pas moins été tué et avec quelle promptitude !





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« La représentation du soldat pendant la Grande Guerre »
Dossier du service éducatif et culturel de l’Historial de Péronne

© CRDP - Académie d’Amiens, septembre 2004
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