La représentation
du soldat
pendant la Grande Guerre

24. Nieucapelle (Belgique), novembre 1917
 
 

Le major vient aussi nous rendre visite quelquefois.

« Savez-vous jouer au bridge, dit-il un jour à Legardez. C'est bien plus intéressant que vos mathématiques.

 Non, monsieur le major.

 Eh bien, si vous aviez été officier avant la guerre, vous n'auriez eu aucun avancement. Un jeune sous-lieutenant devait à l'occasion faire la partie avec son capitaine, son commandant ou son colonel. Si, par dessus le marché, il pouvait mener un cotillon, il était sûr qu'on faisait mousser ses qualités. Et il arrivait. Sinon, il passait pour un ours et moisissait dans les grades inférieurs. On ne dira jamais assez l'influence des talents mondains sur l'avancement des officiers. Et ne croyez pas qu'il n'en subsiste rien parce que c'est la guerre. Je connais un jeune sous-lieutenant qui est arrivé dans un groupe. Comme il n'est pas apte à faire la partie avec son capitaine, celui-ci profite de la première occasion pour l'expédier ailleurs. »




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« La représentation du soldat pendant la Grande Guerre »
Dossier du service éducatif et culturel de l’Historial de Péronne

© CRDP - Académie d’Amiens, septembre 2004
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