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Le lendemain, je vois en gare un train de prisonniers.
« Regarde un peu, me souffle un camarade. Ils ont bien des têtes de Boches ». Je regarde et je vois des gens qui nous ressemblent étrangement : s'ils avaient nos uniformes on les prendrait pour des Français. Dans les questions de ressemblance, l'habit fait presque le moine.
« Adressez-leur la parole, me dit le sergent-major.
— Que voulez-vous que je leur dise ?
— Dites leur que Guillaume est foutu ».
Comme je juge inutile de dire une sottise, le sergent-major s'escrime lui-même: « Guillaume... Foutu » !!! Les malheureux Boches regardent d'un air abruti sans rien comprendre. À côté un soldat demande à un boche s'il va à Paris. « Paris ? demande-t-il.
— Nein » répond l'Allemand.
Un monsieur bien habillé s'approche du train et tend un cigare à un prisonnier. Celui-ci hésite comme s'il sentait un piège mais il avance tout de même la main « Ah non, dit le monsieur, ce n'est pas pour ta sale gueule ! » Et, content de son effet, il s'en va en souriant.
Dans l'ensemble, les soldats semblent harassés, heureux pourtant d'être débarassés de la guerre. Les officiers ont l'air tout à fait antipathiques.
Le lendemain nous voyons arriver des blessés allemands : « Ah ! Cochon, dit un monsieur à l'un d'eux. Tu voulais aller à Paris. C'est bien fait si tu es esquinté !» Ces paroles me semblent tout à fait injustes. Le pauvre diable n'a sans doute pas voulu aller à Paris. Et il est puni alors que tous ceux qui l'ont poussé sont bien tranquilles en arrière.
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