La représentation
du soldat
pendant la Grande Guerre

32. Logny (Ardennes), le 11 novembre 1918
 
 

Le lendemain matin , le bruit circule de la signature de l'armistice mais il n'est pas confirmé.

Pourtant, vers onze heures, un grand remue-ménage se fait dans le régiment d'infanterie voisin. La musique sort de son cantonnement suivie de la foule des troupiers. Pas de doute. Ça y est. Soudain, comme pour convaincre les plus incrédules, la Marseillaise retentit. Nous nous précipitons à notre tour. Une foule immense entoure les musiciens et l'aumônier de la division parcourt les groupes en brandissant la dépêche qui annonce la bonne nouvelle : « Voyez et ne doutez plus. »

La joie est considérable mais elle se manifeste peu. « Le voilà donc ce jour depuis si longtemps attendu et qu'on croyait ne jamais revoir. »

Mais la réflexion et surtout l'absence de vin empêchent la joie d'être débordante.


Le soir, il y a un grand concert à Chaumont-Porcien, la ville toute proche. Avec plusieurs camarades je m'y rends.

Nous avançons sur la route bordée d'arbres, de buissons et de prés. Nous jouissons vraiment de notre liberté et pour la première fois depuis longtemps. Quand nous étions au repos, nous avions toujours une arrière-pensée : celle de retourner au feu. Maintenant c'est fini : plus d'arrière-pensée. Et l'un d'eux nous traduit tout haut ce que les autres pensent tout bas : « Eh bien, mon vieux. C'est réglé, maintenant. Nous ramènerons nos os de cette épouvantable bagarre ; que de fois nous en avons douté ! »




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« La représentation du soldat pendant la Grande Guerre »
Dossier du service éducatif et culturel de l’Historial de Péronne

© CRDP - Académie d’Amiens, septembre 2004
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