La représentation
du soldat
pendant la Grande Guerre

9. Cappy (Somme), le 1er juillet 1916
 
 

Le premier juillet, nous tirons des obus asphyxiants, puis nous allongeons le tir : c'est l'heure de l'attaque. Bientôt le téléphone nous apporte les nouvelles : Dompierre, Becquincourt sont pris. Il y a de nombreux prisonniers.

Au bout de peu de temps, nous voyons apparaître les premiers. Ils arrivent par les bords du canal et sont accompagnés de soldats baïonnette au canon. Une curiosité intense s'empare alors de tout le monde : beaucoup s'esquivent pour aller voir les prisonniers. Bientôt ils reviennent rapportant des souvenirs : boutons, cigares, pain, biscuits. Le pain est bien noir mais les biscuits sont fort appétissants et les cigares ont bel aspect.

Après-midi je vois moi-même passer un groupe de prisonniers. Tous paraissent exténués et cela s'explique si on pense aux 8 jours de bombardement. Au milieu d'eux, un jeune homme qui paraît intelligent prend le journal que lui tend le sergent de garde. Et il lit les nouvelles pour les traduire ensuite à ses camarades. Celui-là n'a pas l'air mécontent de son sort. Quant aux autres il est difficile de savoir ce qu'ils pensent.

Beaucoup de soldats français regardent passer les prisonniers. Je ne remarque aucune parole mauvaise chez aucun. Il y a une différence très nette entre cette attitude et celle des civils de Sainte-Ménehould que j'ai vus l'an dernier. C'est une chose étonnante mais le soldat qui reçoit les coups de l'ennemi n'éprouve pas pour l'ennemi la même haine que le civil.





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« La représentation du soldat pendant la Grande Guerre »
Dossier du service éducatif et culturel de l’Historial de Péronne

© CRDP - Académie d’Amiens, septembre 2004
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